MAROC
30/01/2018 07h:18 CET | Actualisé 30/01/2018 14h:11 CET

Le Maroc d'antan vu par des photographes européens exposé à Marrakech (PHOTOS)

EXPO - C’est une rétrospective inédite que propose la Maison de la photographie de Marrakech. Des photos prises entre 1860 et 1960 dans différentes villes du Maroc seront exposées du 22 janvier au 22 novembre 2018. Les curieux auront donc l'opportunité, tout au long de l'année, de venir découvrir cette exposition tirée de la large collection personnelle des fondateurs de l'espace artistique, Patrick Manac'h et Hamid Mergani, qui voulaient rassembler une mémoire sur le Maroc au Maroc.

"Chacun de nous deux avait sa collection, j'avais des photos d'Afrique en général avec quelques photos au Maroc mais, depuis que nous avons eu l'idée de cette exposition, nous nous sommes mis à acquérir plus de photos du Maroc trouvées dans différents pays d'Europe", raconte au HuffPost Maroc Patrick Manac'h.

"Le premier regard photographique sur le Maroc était européen, notre défi était de rapporter au Maroc une partie de cet héritage commun", explique le co-fondateur qui habitait à Paris lorsque le projet n'était encore qu'une idée.

Depuis la création du musée en 2009, la collection des deux passionnés de photographie s’est agrandie jusqu’à réunir aujourd'hui près de 15.000 images illustrant plus d'un siècle du pays vu par des photographes européens et d'autres marocains.

Les visiteurs découvriront donc lors de cette exposition intitulée "Le Maroc des photographes", plus de 130 de ces photos parmi lesquelles se trouvent celles du secrétaire personnel du Maréchal Lyautey de 1921 à 1934, Didier Madras, qui a développé son talent de photographe dans le but d'illustrer ses nombreux ouvrages qu'il écrivait sur le royaume tels que “Au sud de l'atlas, vers le pays des casbahs”, “Dans l’ombre du Maréchal Lyautey, Souvenirs (1921-1934)”, ou encore “Au soleil de Marrakech”.

didier madras

Archives Maison de la Photographie de Marrakech.

D'autres noms connus figurent parmi la liste des artistes, notamment celui de l'Allemand Adolf de Meyer qui n'a également pas lâché sa caméra lors de son passage à Tanger, ce qui a permis d'avoir une série de portraits décrivant les Marocains de l'époque.

antonio cavilla

L'une des figures de la photographie du 19e siècle, l'Italien Antonio Cavilla, sera également exposée. Le photographe est connu pour ses nombreuses clichés de la ville du détroit où il résidait.

"Pour les étrangers, le Maroc c'était principalement Tanger", indique Manac'h pour expliquer les nombreuses photographies retrouvées de la ville d'il y a deux siècles.

Quelques photographes ont choisi de résider quant à eux dans d'autres villes du pays, comme le Français Flandrin qui a vécu à Casablanca pendant 20 ans ou encore Felix qui a fait de Marrakech sa maison mais aussi son studio en plein air, pendant plus de 50 ans. Muni de sa caméra, il a capturé le brouhaha des souks, l'enthousiasme effrayant du rituel de Boujloud, ou encore la sérénité des montagnes enneigées de l'Atlas que l'on perçoit depuis la ville ocre.

Le type de photographies exposées est donc très diversifié puisqu'il ne s'agit pas seulement d'images des monuments historiques de la ville ou de son architecture, mais aussi des scènes de la vie quotidienne, "comme des femmes à l’abreuvoir, au cimetière, ou à un mariage", illustre Manac'h, qui ajoute que le thème de la musique et de la danse est très présent.

Les Marocains eux-mêmes, toutes classes sociales confondues, semblaient inspirer ces photographes étrangers ce qui a permis aujourd'hui d'avoir "des portraits en abondance" d'après Manac'h, comme les femmes berbères qui ont bien voulu laisser le photographe Jean Besancenot les prendre en photo.

jean besancenot

Archives Maison de la Photographie de Marrakech.

Le Maroc, cette Californie

Cependant, cette spontanéité des scènes et du sujet de la photo n'était pas toujours présente. Dans les années 1870, les photographes étrangers mettaient en scène des décors et personnages pour "construire une image du pays", comme l'explique Manac'h.

"Les photographes rassemblaient un musicien - que l’on avait peut-être seulement déguisé de la sorte -, une femme à côté, une architecture, une poterie, de la broderie, des bijoux, pour donner l’idée d’un Maroc rêvé", raconte Manac'h. "Cinquante ans plus tard, le regard est beaucoup plus développé, la photographie est plus égalitaire et on s'intéresse à l'autre pour sa réalité pas pour l’idée qu’on en a", ajoute-t-il.

À l'exception de ces mises en scène, les visiteurs ne peuvent pas réellement, d'après Manac'h, distinguer entre des photographies prises par des étrangers et celles prises par des Marocains.

L'exposition inclut notamment des artistes marocains comme le photographe de confession juive Joseph Bouhsira, qui avait pu prendre en photo l'intérieur des maisons marocaines. "Il était plus facile pour un photographe de rentrer dans des maisons juives que dans des maisons arabo-musulmanes", explique Manac'h.

joseph bouhsira

Archives Maison de la Photographie de Marrakech.

D'autres photos plus "scientifiques" font aussi partie de la série, notamment celles du site de Volubilis prises par l'archéologue Henri Poisson de La Martinière. "Le ministère français de l’instruction public envoyaient des scientifiques et des photographes en missions lors des fouilles archéologiques menées au Maroc", explique Manac'h.

À travers cette série, les fondateurs de la Maison de la photographie espèrent retracer visuellement l'évolution du Maroc mais aussi comprendre un peu plus la "manière de penser de l'époque" en Europe et au Maroc.

“On a toujours ce rêve de se construire ailleurs", explique Manac'h. "Ces photographes cherchaient une Californie et le Maroc leur paraissait comme telle, une terre nouvelle où tout était encore à construire”, conclut-il.

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