TUNISIE
29/01/2018 10h:09 CET | Actualisé 29/01/2018 12h:57 CET

Tunisie: Si vous dépensez plus de 90 dinars par mois, vous n'êtes pas considéré comme "pauvre", selon l'INS

Zohra Bensemra / Reuters
A girl stands beside her makeshift shelter at a shantytown in Tunis October 22, 2011. The shantytown, known as the January 14 Revolution neighbourhood, was built by people who were forced to leave the homes they were renting after the revolution that ousted President Zine al-Abidine Ben Ali. Their homes have no gas, electricity, or water and residents hope the the new government will re-house them in decent accommodation. Tunisia will vote on Sunday in its first democratic election which could s

Le citoyen Tunisien qui dépense plus de 1085 dinars par an, soit près de 90 dinars par mois, n'est pas considéré comme "pauvre", selon une déclaration du directeur général de l'Institut National de la Statistique (INS), Hedi Abidi, sur les ondes de Shems FM.

Selon Abidi, le nombre de personnes sous le seuil de la pauvreté en Tunisie a atteint un million 694 mille individus, indiquant que celui-ci varie entre les régions. Ainsi, 1085 dinars de dépenses par an représentent le seuil dans les grandes villes, alors que dans les zones communales, le seuil est de 1050 dinars par an, et 952 dinars dans les zones non communales.

Abidi a par ailleurs souligné qu'il n'existe pas vraiment de méthodologie qui permette de définir les différentes classes sociales, et que cela est spécifique à chaque pays, selon ce qu'il considère comme appartenant à la classe moyenne, aisée, ou pauvre.

"En Tunisie, depuis que nous avons commencé à calculer le seuil de pauvreté, nous avons adopté l'estimation de la pauvreté pécuniaire, comme dans tous les pays similaires, et qui est la même méthodologie utilisée par la Banque Mondiale".

Le nombre de pauvres dans les zones communales est, selon l'INS, de l'ordre de 775 mille individus, et 919 mille dans les zones non communales.

Le taux de pauvreté en Tunisie a cependant reculé en comparaison avec l'année 2010. Ainsi, les dépenses de consommation effectuées par personne et par an se sont établies à 3871 dinars en 2015, contre 2601 Dinars en 2010, soit un accroissement de 48.8% sur la période 2010-2015.

Il est ainsi passé de 20,5% en 2010 à 15,2% en 2015. Toutefois, la pauvreté dans les zones non communales a atteint la barre des 26%.

Après leur publication en 2015, les chiffres de l'INS avaient fait couler beaucoup d’encre, à tel point que le député de Nidaa Tounes, Fadhel Ben Omrane, a affirmé que l'institut induisait l'opinion publique en erreur, chose que le directeur de l'Institut avait rejeté en bloc, affirmant l’indépendance de l’institution et la fiabilité des chiffres avancés.

Des chiffres en contradiction avec les statistiques internationales

Contrairement à ce qu'a affirmé Hédi Abidi, la Banque Mondiale ainsi que de nombreuses institutions adoptent une méthode de calcul différente, basée sur le revenu et non les dépenses.

Selon la dernière étude de la Banque Mondiale (2015), le seuil mondial d'extrême pauvreté s'est établi à 1,9$ par personne par jour, ce qui équivaut actuellement à 4,580 dinars tunisiens, environ 137 dinars par mois.

Ceci étant dit, le seuil de pauvreté en Tunisie n'est pas forcément en dessous de la moyenne mondiale, puisque comme il a été souligné, le facteur de calcul n'est pas le même.

Selon l'ONU, 800 millions personnes dans le monde vivent en dessous du seuil d'extrême pauvreté.

Selon la commission européenne de statistiques Eurostat, le seuil de pauvreté en France est de 994€ par personne par mois, l'équivalent de 2942 dinars (plus de 32 fois le seuil en Tunisie, indiqué par l'INS).

Le pays européen le plus pauvre selon Eurostat serait la Roumanie avec 396€ par personne par mois, ce qui équivaut à 1172 dinars tunisiens (environ 13 fois le seuil en Tunisie, calculé par l'INS).

Aux États-Unis, le seuil de pauvreté par personne se calcule par le revenu annuel. Ainsi, selon le Bureau fédéral du recensement (Census Bureau), celui-ci a été en 2016, de 12082 $ par personnes par an, soit environ 33$ par personne par jour. (Environ 2940 dinars tunisiens, plus de 32 fois le seuil tunisien indiqué par l'INS).

Sur le plan continental, la Ligue algérienne pour la Défense des droits de l’Homme (LADDH), avait mené en 2016 une étude sur 4500 ménages, afin de déterminer le pourcentage d'Algériens vivant sous le seuil de pauvreté. L'étude s'est alors basée sur un taux de pauvreté de 1.25$ par jour, adoptant un taux de change en PPA, qui attribue le même pouvoir d’achat à une somme donnée dans différents pays, et facilite ainsi la comparaison des revenus dans des pays différents.

L'étude a montré qu'un Algérien sur trois vit sous le seuil de pauvreté, c'est à dire avec moins de 1,25$ par jour, l'équivalent de 90 dinars tunisiens par mois. Le seuil est alors égal au seuil indiqué par l'INS.

Le seuil de pauvreté au Maroc est également de 1,25$ par personne par jour, ce qui fait qu'un Marocain sur dix vit avec moins de 2$ par jour (4,8 dinars tunisiens), selon le rapport de 2015 de l'ONU.

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