ALGÉRIE
28/01/2018 10h:09 CET

Yémen: des séparatistes s'emparent du siège du gouvernement à Aden

MOHAMMED HUWAIS via Getty Images
Yemeni fighters of the southern separatist movement loyal to exiled President Abedrabbo Mansour Hadi, who were detained by Shiite Huthi rebels, wait at Sanaa airport before flying to the southern city of Aden as they were released as part of a prisoner exchange with the Huthis on August 10, 2015. Seven fighters are expected to board a plane of the International Committee of the Red Cross (ICRC) with its president Peter Maurer who is on a visit 'to highlight the dire humanitarian situation in the

Des forces séparatistes se sont emparées dimanche du siège transitoire du gouvernement yéménite à Aden (sud), la deuxième ville du pays, après des affrontements meurtriers avec l'armée loyaliste qui compliquent encore davantage la recherche d'une solution.

Les affrontements entre l'armée gouvernementale yéménite et des forces séparatistes à Aden ont fait au moins 15 morts, dont trois civils, et 33 blessés, selon un bilan recueilli par l'AFP auprès de quatre hôpitaux.

Le Yémen du sud était un Etat indépendant avant sa fusion avec le Nord en 1990, et le mouvement séparatiste est resté très puissant.

Depuis qu'il a été chassé en 2015 de la capitale Sanaa par les rebelles Houthis soutenus par l'Iran, le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi a pour sa part établi sa capitale "provisoire" à Aden. Mais il y est contesté depuis des mois par le mouvement sudiste.

L'ancien gouverneur d'Aden, Aidarous al-Zoubaidi, limogé en avril 2017 par M. Hadi, a en effet annoncé en mai 2017 la mise en place d'un Conseil de transition du sud, placé sous sa présidence pour "diriger les provinces du sud et les représenter à l'intérieur et à l'extérieur" du pays.

Et les tensions entre les deux parties se sont récemment aggravées: il y a une semaine, le Conseil de transition du sud a publié une déclaration demandant "des changements (...) dans le gouvernement" et donnant à Hadi "une semaine" pour les mettre en œuvre.

Cet ultimatum, au terme duquel le Conseil avait menacé d'organiser un sit-in pour "chasser le gouvernement", a expiré dimanche matin.

Malgré la présence de forces de la coalition sous commandement saoudien --qui intervient au Yémen depuis près de trois ans en soutien au gouvernement Hadi--, des incidents ont éclaté lorsque des unités de l'armée loyaliste ont tenté d'empêcher des séparatistes d'entrer dans la ville, selon des sources sécuritaires.

Dans une déclaration, le Premier ministre du Yémen, Ahmed ben Dagher, a dénoncé un "coup de force" séparatiste et demandé à la coalition arabe emmenée par Ryad d'intervenir pour éviter le chaos.

"Ici, à Aden, un coup de force est en cours contre (l'autorité) légitime", a dit M. ben Dagher.

"Nous espérons et attendons que les Emirats arabes unis et tous les membres de la coalition (arabe intervenant au Yémen) s'occupent de cette crise qui se dirige vers une confrontation militaire totale. C'est la condition pour sauver la situation", a-t-il ajouté.

Les Emirats, qui font effectivement partie de la coalition arabe, ont entraîné et soutiennent une force appelée "Ceinture de sécurité" dans le sud. Or, cette force soutient le Conseil de transition de M. Zoubaidi.

Dans l'après-midi, des affrontements à l'arme lourde se poursuivaient dans plusieurs quartiers d'Aden, où écoles et magasins ont fermé dès les premières heures de la matinée, selon des habitants.

L'aéroport a aussi été fermé et la ville semblait totalement paralysée.

Dès samedi soir, la coalition arabe avait, dans un communiqué publié à Ryad, exprimé son inquiétude et appelé au "calme" et à la "retenue".

Elle avait souligné l'importance pour les différents groupes politiques yéménites de "tenir compte de leur responsabilité nationale" pour achever ensemble la "libération" du Yémen et la "défaite des miliciens Houthis iraniens".

La coalition avait précisé qu'elle suivait de près la situation "dans la capitale provisoire (Aden) et le débat dans les médias à propos de demandes pour corriger certains déséquilibres" dans la politique du gouvernement Hadi, une allusion aux récentes demandes du Conseil sudiste d'Aidarous al-Zoubaidi.

La coalition avait enfin appelé les parties en conflit dans le sud à adhérer au "dialogue" et à éviter la "division" qui "mine les institutions de l'Etat".

Le camp rebelle, qui contrôle Sanaa et le nord du Yémen, avait lui-même connu des divisions et des affrontements en décembre lorsque les Houthis avaient tué leur allié, l'ex-président Ali Abdallah Saleh, et évincé ses forces de la capitale.

La guerre au Yémen a fait plus de 9.200 morts et près de 53.000 blessés depuis mars 2015 et aucune solution n'est en vue.

Selon l'ONU, le Yémen est le théâtre de "la pire crise humanitaire du monde" avec des risques de famine à grande échelle.

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