TUNISIE
26/01/2018 12h:18 CET

Slim Chiboub se confie et raconte "son 14 janvier 2011" (VIDÉO)

Slim Chiboub, le gendre du président déchu Zine El Abidine Ben Ali, s’est confié récemment à Akher Khabar Online pour donner sa lecture de la situation actuelle du pays et livrer son témoignage concernant le 14 janvier 2011, le jour où tout a basculé.

“Le 14, j’étais en Libye”

Dans la foulée des événements de colère et tension survenus en 2011 en Tunisie, Chiboub s’est déplacé le 12 janvier, à la capitale libyenne, Tripoli. Il a, d’ailleurs, rencontré le colonel Mouammar Kadhafi qui a exprimé sa volonté de soutenir la Tunisie. Et c’est le volet économique qui était au coeur du débat avec le colonel et d’autres hauts dirigeants libyens, a souligné Chiboub. “J’ai eu des échos positifs. Ils m’ont promis de mettre en place un portefeuille d’investissement en faveur de la Tunisie qui sera lancé le lundi d’après” précise-t-il.

Ayant, pourtant, l’intention de revenir en Tunisie l’après-midi du 14 janvier, Chiboub s’est trouvé coincé en Libye. Il a été informé que l’aéroport de Tunis-Carthage a été fermé et qu’il est impossible de se rendre à Tunis dans ces circonstances. Ainsi, il s’est contenté de suivre, de loin, le déroulement des événements cruciaux et les moments charnières de l’histoire de la Tunisie.

Prochaine étape, Abu Dhabi

“Samedi le 15 janvier, je me suis rendu à Abu Dhabi” a-t-il poursuivi en évoquant la vague de mensonges relatée par la chaîne d’informations Al Jazeera. Il a démenti, par ailleurs, son arrestation à Ben Guerdane. “Des photos et vidéos truquées ont été diffusées pour faire tomber le régime” a-t-il estimé avant d’ajouter que “c’est une mise en scène d’Al Jazeera”.

Il a noté que tout a été mis en oeuvre pour faire passer une image faussée de l’ancien régime. “L’image d’un régime criminel, affaibli” a-t-il lancé.

Chiboub a, réprouvé, d’autre part, le fait que des parties officielles ont fait irruption dans sa maison durant son absence, peu après la révolution.

Un plan machiavélique visait l'ancien régime

Interrogé sur la capacité du régime Ben Ali de tenir le coup et réussir à calmer les protestations, Chiboub a estimé que ce dernier ne pouvait rien faire. Selon lui, un projet a été façonné, à une grande échelle, pour écarter les régimes en Tunisie, en Libye, en Egypte et en Syrie. “Ils ont voulu changer les régimes” a-t-il poursuivi en évoquant leur intention de vouloir mettre les islamistes au premier plan et les faire participer au pouvoir.

Le peuple n'a rien gagné de la révolution

“Le peuple tunisien n’a pas profité du soulèvement du 14 janvier” a martelé Chiboub. D’après lui, seuls les partis politiques et quelques élites ont tiré profit de cet air de changement.

Chiboub a, par ailleurs, livré sa lecture de la situation actuelle de la scène politique. Il a évoqué “une crise” au niveau des leaders du pays. À ses yeux, la plupart des dirigeants sont des “égos surdimensionnés” qui ne pensent qu'à leurs propres intérêts.

Le régime présidentiel est plus approprié à la Tunisie

Concernant l'adoption du régime parlementaire par la Tunisie, Chiboub a estimé qu’il est plus judicieux de retourner vers un régime présidentiel. D’après lui, la dégradation des indicateurs économiques traduisent l’échec du nouveau régime. “Le pouvoir est divisé. Le navire n’avance pas si trois capitaines le conduisent en même temps” a-t-il souligné.

Pour lui, la meilleure solution est de laisser les commandes entre les mains du président de la République. Et quant à ceux qui soutiennent l'idée d'un accaparement du pouvoir, Chiboub a proposé la mise en place d’un mécanisme de contrôle du président de la République, défini par la constitution.

Admiration pour Abir Moussi, la seule à avoir défendu le RCD

Chiboub a également évoqué Abir Moussi, secrétaire général du parti destourien, qui selon lui a été fidèle au RCD, contrairement à des figures historiques et leaders du parti. Il a exprimé son admiration quant à sa détermination, et ce malgré quelques réserves. “Tous les figures symboliques du RCD se sont éclipsés. Elle est la seule à avoir défendu le parti et protester contre sa dissolution”.

Il est à rappeler que l'homme d'affaires s'était installé aux Emirats arabes unis après la fuite de son beau-père en Arabie saoudite à la suite du soulèvement populaire en janvier 2011.

Il n'était rentré en Tunisie qu'en novembre 2014 et un mandat de dépôt avait alors été émis à son encontre concernant un contrat de consulting passé avec le groupe industriel français Alstom, avait indiqué un de ses avocats.

Slim Chiboub avait été accusé de trafic d'influence, selon le Parquet.

Il est notamment connu pour avoir été le président du club de l'Espérance sportive de Tunis (EST).

La libération de Slim Chiboub intervient à deux jours de la célébration du cinquième anniversaire de la révolution ayant chassé Ben Ali du pouvoir après 23 ans règne sans partage, à savoir le 12 janvier 2016.

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