MAROC
26/01/2018 06h:12 CET | Actualisé 26/01/2018 09h:53 CET

Ces étudiantes marocaines dénoncent le harcèlement de rue dans une vidéo devenue virale

Capture d'écran / one minute TV

INTERNET - Les rôles sont inversés! Un groupe de quatre jeunes étudiantes en communication et journalisme se sont filmées en train de harceler des jeunes hommes dans la rue. La vidéo, qui était initialement un projet scolaire, a été reprise sur Facebook et certains médias en ligne, et est vite devenue virale, cumulant des centaines de milliers de vues.

Elles s'appellent Imane Abahri, Wafae Baghouani, Kaoutar Aboutir et Ahlam Chiadmi. Elles ont toutes les quatre 19 ans et sont étudiantes à l'Institut Supérieur de l'Information et de la Communication (ISIC) de Rabat. Dans une vidéo qu'elles ont réalisé ensemble, dans les rues de Rabat, elles se mettent en scène pour dénoncer le harcèlement dont sont victimes les femmes au quotidien. Mains aux fesses, sifflements, regards suggestifs, contact physique dans les transports en commun mais aussi drague lourde et douteuse... Elles interpellent des jeunes hommes et reproduisent des actions habituellement subies par le femme. Et le résultat est assez surprenant.

Bien que la vidéo prenne des allures de campagne de lutte contre le harcèlement, elle n'en est pas une. "C'était à la base un travail scolaire dans le cadre d'une matière en communication. Nous devions réaliser une vidéo sur un thème au choix. Nous avons tout naturellement décidé de parler de harcèlement", explique au HuffPost Maroc, Wafae Baghouani.

Et si le choix de leur vidéo s'est porté sur ce sujet, c'est avant tout une question de vécu et d'histoires personnelles. La nécessité d'en parler s'est faite ressentir. "Nous avons toutes les quatre été confrontées à des situations de harcèlement au cours de notre vie. L'actualité au Maroc, les agressions et les récents faits-divers, ou encore le hashtag #MeToo, nous ont motivées à en parler", poursuit la jeune étudiante. "Nous avions réalisé deux vidéos, avec en premier lieu un court métrage où des garçons harcelaient des filles. Puis après réflexion, on s'est dit que ce serait plus percutant d'inverser les rôles, que le message serait plus fort".

Une fois l'idée approuvée, elles ont écrit le scénario, cherché des figurants pour le tournage, et intégré à leurs vidéos des interviews où elles expliquent le cheminement qui a conduit à ce projet. Pour le montage, elles ont bénéficié de l'aide d'un de leurs professeurs, propriétaire du média One Minute Tv, où la vidéo a été dévoilée à plus grande échelle. "C'était l'idée de notre professeur de publier la vidéo sur Facebook, mais on ne pensait pas qu'elle deviendrait aussi virale", confie Wafae.

Et si c'était à refaire? La démarche serait peut-être légèrement revue, notamment au niveau du montage, qui n'est pas à la hauteur du résultat qu'elles espéraient. "Le but était de faire une vidéo un peu dramatique, mais la musique et la façon dont est montée la vidéo donnent l'impression que nous voulons en faire quelque chose d'un peu humoristique, de pas sérieux", regrette la jeune étudiante. Dans les commentaires, certains internautes leur reprochent ainsi de "ne pas être sérieuses", que leur vidéo "ne résoudra pas les problèmes de harcèlement" ou encore qu'elle est "inutile".

"Certains sont même allés plus loin en nous insultant et nous disant qu'on s'éloigne de la religion... Mais on s'en fiche, car de manière générale, les commentaires sont positifs et encourageants, beaucoup de gens ont salué notre initiative", ajoute Wafae.

À la fin de la vidéo, les filles sont face à quatre garçons et retirent un ruban adhésif noir qui recouvre leurs bouches, une métaphore du silence qu'elles ont trop longtemps observées. Puis elles crient en choeur: "Wash hasito bina?" ("ressentez-vous notre souffrance?"). Quelques mots qui résument l'esprit de cette vidéo, qui ambitionne une prise de conscience de la part des hommes sur la question du harcèlement, un phénomène "bien trop banalisé", selon ces jeunes filles. C'est pourquoi elles ont décidé de mettre leur vidéo à disposition des associations qui souhaiteraient faire de la prévention à ce sujet. En attendant, le projet connaît une belle notoriété et le débat est de nouveau lancé.

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