TUNISIE
26/01/2018 12h:25 CET

Al-Azhar critique la Tunisie qui "abaisse la femme" après les annonces sur l'abolition éventuelle de la dot

Amr Dalsh / Reuters
An Egyptian muslim woman walks after prayer in Al-Azhar mosque as restoration work is conducted ahead of Pope Francis’ visit, in Cairo, Egypt April 27, 2017. Picture taken April 26, 2017. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

L'institution religieuse sunnite égyptienne d'Al Azhar a condamné les annonces concernant l'abolition de l'institution de la dot, l'égalité en héritage en Tunisie alors que ces questions n'ont pas encore été tranchées dans la commission des libertés individuelles et de l'égalité.

Al-Azhar a déjà tranché en fustigeant les fatawas "marginales" qui émanent de la Tunisie, rapporte le journal égyptien"Al bawaba". Mohamed Chahat El Jondi, de l'institution religieuse, estime que la Tunisie "poursuit son abaissement de la dignité de la femme en s'attaquant aux constantes de l'Islam". Pour lui, la dot existe dans le Coran et la Sunna, et il faut baisser son coût et non pas l'abroger.

Dans le même contexte, Oussema Abed, de la commission des affaires religieuses du Parlement égyptien considère que l'annulation de la dot conduirait à affaiblir l'institution du mariage.

Le religieux d'Al-Azhar comme le député égyptien appellent la Tunisie à tenir compte des fatwas d'Al-Azhar, seule référence en la matière, selon eux. Ils appellent également à une campagne d'Al-Azhar pour contrer les fatwas "marginales".

À noter que ce n'est pas la première fois qu' Al-Azhar intervient dans la politique tunisienne en matière de réformes sociétales. Les propositions de Béji Caid Essebsi sur l'égalité dans l'héritage et le mariage à un non musulman ont donné lieu à des réactions hostiles de leur part.

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L'institution de la dot est considérée par la députée et présidente de la commission des libertés individuelles et de l'égalité, Bochra Bel Haj Hmdia comme une atteinte à la dignité de la femme. Cette institution conditionne la consommation du mariage par l'acquittement du mari d'une dot en faveur de sa femme (article 13 du CSP). La femme peut refuser de consommer son mariage si son mari n'a pas donné la dot. "Ceci est rabaissant pour la femme, assimilée à une marchandise que l'on vend!", a-t-elle fustigé, en précisant que les discussions se focalisent, non pas sur la dot, mais sur le fait de lier la consommation du mariage à son paiement.

Quant à la présidente de l'association tunisienne des Femmes Démocrates, Monia Ben Jémia, elle pointe de doigt la charge symbolique pernicieuse de la dot. "Une fois la dot payée, cela sous-entend que l'homme peut contraindre sa femme à consommer le mariage, c'est une incitation claire au viol conjugal", a-t-elle déploré. Et d'ajouter: "Payer pour pouvoir consommer le mariage relève d'un acte d'achat de la femme" a-t-elle souligné.

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