TUNISIE
25/01/2018 11h:44 CET | Actualisé 25/01/2018 14h:06 CET

À la rencontre de Taher Jaoui, artiste de l'intuition (INTERVIEW)

Anai Paz

Né à Tunis, Taher Jaoui est un artiste contemporain qui vit et travaille actuellement à Berlin.

Après plusieurs expositions à l'étranger, l'artiste présentera ce weekend "7OUT YEKEL 7OUT", à la galerie Ghaya à Sidi Bou Saïd. Le titre fait référence à la sentence populaire "les gros poissons mangent les petits" (7out yekel 7out wou 9elil ejehed imout), un proverbe qui, selon l'artiste, résume de nombreux aspects de notre civilisation.

Il signe ici sa deuxième exposition personnelle en Tunisie mais aussi la première qu'il consacre intégralement à ses travaux de peinture.

De passage à Tunis pour l'événement, il se confie au HuffPost Tunisie pour faire l'état des lieux de son parcours artistique.

HuffPost Tunisie: Vous vous apprêtez à présenter une exposition d'ampleur en Tunisie, qu'est ce que cet événement a de particulier par rapport aux précédents?

Taher Jaoui: C'est la première exposition entièrement consacrée à la peinture à Tunis, j'en avais déjà réalisé une entre peintures et collages chez Musk and Amber à Tunis, à l'époque je faisais plus de collage. Depuis je ne fais que de la peinture.

Cette exposition est aussi une sorte d'accomplissement personnel car j'arrive à une sorte de maturité, à la maîtrise de différents matériaux et techniques, l'huile, l'acrylique, le fusain. J'ai travaillé depuis deux ans en laboratoire, à essayer de faire une sorte de synthèse de tout ce que j'ai pu pratiquer, étudier, etc. En fait, j'ai mis en place un style personnel sur le lequel je travaille depuis deux ans.

Le fait que ce soit à Tunis est aussi un challenge, la Tunisie est en quelque sorte l'Europe du Sud. En Tunisie on a l'habitude d'un art figuratif. Je suis sûr que lors de cette exposition on me posera la question "qu'est-ce que tu veux dire par ça? Ça veut dire quoi?". Ce que j'essaie de dire, c'est que, comme c'est plus abstrait, c'est un travail de feeling, plus qu'un travail intellectuel.

J'ai envie de faire rêver, qu'on se sente comme si on regardait un film d'animation, un dessin animé. Ma démarche consiste en une incitation au rêve et à l'imaginaire.

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Après Tunis où vous avez grandi, puis Paris, vous avez choisi de vous installer à Berlin pour vivre et produire vos oeuvres. Qu'est-ce qui vous a attiré?

C'est une démarche personnelle. J'ai une formation d'ingénieur, je viens d'une famille de scientifiques qui m'a poussée dans ces études. J'ai fait une prépa à Tunis puis une école d'ingénieur et j'ai continué mes études à Paris. Après j'ai eu envie d'arrêter, de quitter Paris et de faire autre chose car j'étais créatif mais je faisais des choses que je ne montrais pas.

Je suis allé vers Berlin à cause de son atmosphère créative, il y a moins de stress et j'avais envie d'apprendre une nouvelle langue une nouvelle culture.

J'ai aussi compris beaucoup de choses sur cette ville, qui reste moins professionnelle que Paris ou d'autres grandes villes où sont les gros réseaux de galeries.

Cela fait quatre ans que je suis à Berlin, mais je développe encore mon réseau à Paris depuis un an. J'ai travaillé un an sur

deux ateliers à Paris et là je reviens vraiment à Berlin.

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Vous êtes donc un artiste visuel 100% autodidacte. Qu'est ce qui vous a poussé à vous consacrer à la pratique artistique?

J'avais d'abord commencé une carrière d'acting en parallèle, mais elle m'a un peu frustrée. Quand j'ai commencé le collage et je me suis désintéressé petit à petit du cinéma. Je voulais être entièrement indépendant, ne pas dépendre d'une équipe, d'un projet.

J'ai commencé la peinture en 2007, mais je ne montrais ce que je faisais à personne.

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Le communiqué de votre dernière exposition évoque de multiples références comme Cy Twombly, l'expressionnisme abstrait, et d'autres grands noms et mouvements de l'art moderne et contemporain. Ce sont des influences que vous revendiquez?

Oui, complètement, que ce soit Cy Twombly plus pour le trait, Basquiat pour les couleurs mais aussi tous les grands noms de la fin de la seconde guerre mondiale, De Kooning, Pollock, Rothko, etc. mais aussi d'autres moins connus comme Arshile Gorky, que j'adore, et qui m'inspire quant à lui plus pour son énergie.

J'utilise aussi des mouvements plus récents comme le street-art, les comics, bandes dessinées mais aussi l'art africain, des tribus. Le musée du Quai Branly à Paris est un peu mon église à moi, j'y vais presque une fois par mois car je m'intéresse aux oeuvres et aux énergies qui s'y dégagent comme les masques qui incarnent des esprits.

Après j'utilise aussi beaucoup ce que j'ai appris en acting, je vois la peinture comme une improvisation sur scène. J'essaie d'exprimer ce que je ressens sur le moment.

Mon projet est de continuer et de ne pas m'arrêter, j'ai trouvé ma voie, maintenant c'est à moi de faire évoluer mon travail, je considère ça comme une mission.

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