TUNISIE
25/01/2018 11h:01 CET | Actualisé 25/01/2018 11h:34 CET

La délocalisation des entreprises européennes en Tunisie commence à poser problème pour l'UE, déclare Taoufik Rajhi

Le ministre auprès du chef du gouvernement chargé des grandes réformes, Taoufik Rajhi, est revenu sur le classement de la Tunisie sur la liste des paradis fiscaux, dans une interview accordée à Express FM.

D'autres raisons se cacheraient derrière le classement de la Tunisie comme paradis fiscal

Le ministre a estimé que la délocalisation en Tunisie de plusieurs entreprises européennes a commencé à poser problème à l'Union Européenne, affirmant que celle-ci n'a pas vraiment le choix car ces entreprises sont généralement à la recherche de compétences et de personnes qualifiées, que la Tunisie est en mesure de leur offrir.

Il considère qu'à cause du vieillissement de la population européenne, les entreprises se dirigent de plus en plus vers la délocalisation, ce qui serait probablement une des causes du classement de la Tunisie comme paradis fiscal. Une sorte de manœuvre politique visant à dissuader les entreprises européennes de s'installer dans d'autres pays qui peuvent leur fournir une main d'oeuvre beaucoup moins coûteuse, ou encore des taxes moins importantes.

"J'espère que la Tunisie continuera à attirer les entreprises européennes et étrangères en général, car elle dispose de tous les atouts nécessaires au niveau des compétences, mais aussi de la jeunesse de sa population" a-t-il déclaré.

Il a également estimé que la délocalisation est synonyme de plus de chômage pour l'UE, ce qui l'aurait poussée à prendre des mesures politiques de dissuasion, notamment le classement de la Tunisie comme paradis fiscal.

Pour la Tunisie, les bienfaits de la délocalisation sont nombreux, et comme dit Rajhi, "attirer les investisseurs étrangers aidera à mieux préserver la valeur du dinar, et créera de l'emploi".

Quant au retrait de la Tunisie de la liste noire des paradis fiscaux et son placement sur la liste grise, Rajhi a annoncé qu'une réunion de discussion se tiendra vers la mi-février, au cours de laquelle seront définies les dispositions nécessaires à la sortie de ladite liste.

"Ils veulent clairement que nous levions les avantages offerts aux sociétés exportatrices, chose qui est contraire à notre politique" a-t-il ajouté.

Le Gouvernement versus le FMI

À la déclaration du porte-parole du FMI qui avait exprimé sa compréhension envers la réaction des Tunisiens par rapport aux mesures d'austérité de la loi de Finances 2018, ajoutant que leurs situations ne pourra s'améliorer que par ce genre de réformes économique, le ministre Taoufik Rajhi a estimé qu'il est tout a fait juste de passer par de grandes réformes économiques afin de pouvoir réaliser une meilleure croissance économique.

Le porte-parole du FMI avait également souligné le fait que la Tunisie souffre d'une crise régionale qui a touché et touche encore la quasi-totalité des pays de la région MENA. Les conflits, la corruption, la faible croissance et la hausse du taux de chômage ont, selon la même source, touché toute la région, y compris la Tunisie. Cette crise a donc imposé la mise en place des mesures plus strictes, et de réformes structurelles qui a eu son impact sur la Tunisie.

Rajhi n'est cependant pas d'accord sur ce point, considérant que le contexte régional n'a pas eu un impact important sur la Tunisie, car celle-ci dispose de spécificités qui sont souvent avantageuses, comme la chute du prix du baril de pétrole, qui par contre, est préjudiciable pour les pays du Moyen-Orient, principalement producteurs de pétrole.

Selon le FMI, pour augmenter ses revenus, l’État tunisien doit améliorer sa fiscalité et son système de collecte des taxes, en luttant contre l'évasion fiscale, en plus d'entreprendre des réformes, mais aussi améliorer le climat d'investissement, et favoriser le financement.

Alors que le FMI déclare avoir demandé un nombre de mesures sociales comme par exemple le programme de départ volontaire à la retraite, Taoufik Rajhi assure que ces dispositions ont été proposées par le gouvernement tunisien, qui avait pris ces initiatives comme solutions à la crise sociale.

La dimension sociale

Le ministre a également déclaré que les mesures d'austérité économiques sont accompagnées par des mesures sociales en faveur des plus démunis, afin de compenser l'impact de la loi de Finances pour ceux qui ne pourront pas supporter ces changements indispensables.

"La dimension sociale a bien été prise en considération. Il faut que vous sachiez que le gouvernement ne penche pas vers les riches, mais vers les pauvres. Mais cela ne veut pas dire qu'il est contre la classe aisée, car en appuyant le secteur privé et les investisseurs, on réduit le chômage. Il ne faut plus accuser ce gouvernement de pencher en faveur des riches, car nous défendons la classe pauvre plus que les autres" a-t-il ajouté.

Interrogé sur l'application de l'impôt sur la fortune, le ministre a assuré que la question est en cours d'être étudiée et sera appliquée en temps et en heure, ajoutant que la délicatesse de cette loi réside dans le fait qu'elle soit juste et assure une certaine égalité.

Il a également souligné que la politique menée par le gouvernement ne peut pas être qualifiée de politique "d'austérité", mais de "rigueur".

"Allez voir en Grèce, ou au Portugal, vous saurez en quoi consiste vraiment une politique d'austérité. En Grèce, des salaires ont été réduits de 30 et 40%. En France aussi, des salaires avaient été gelés pendant 8 ans. Nous n'avons rien fait de cela, c'est pourquoi je ne considère pas cette politique comme une politique d'austérité" souligne Taoufik Rajhi.

Le ministre Rajhi a par ailleurs indiqué que la quasi-totalité des augmentations de taxes décidées dans la loi de Finances 2018, serviront à financer l'augmentation programmée des salaires, ainsi que les caisses de compensation, tandis qu'une petite partie ira aux investissements.

La sortie sur le marché financier international et la dévalutation du dinar

S'agissant de la sortie de Banque Centrale sur le marché financier international, et l'emprunt obligataire d'un milliard de dollars américains, Rajhi a expliqué que cette action doit être faite avant le mois décembre, anticipant un changement de la politique monétaire américaine qui prévoirait une hausse des taux d'intérêt. Selon lui, le taux d’intérêt sur cet emprunt sera de l'ordre de 6% environ.

Le porte-parole du FMI avait affirmé qu'aucune demande de dévaluation du dinar tunisien n'a été émise par le FMI dernièrement, encore moins un ajustement brusque, ce à quoi Rajhi a répondu qu'il n'y a aucune intention de mise en place de flottement monétaire, mais de flexibilité qui est indispensable pour l'économie du pays, et l'export plus particulièrement, alors qu'un régime de change fixe porterait préjudice à la compétitivité des entreprises tunisiennes.

Quant à la baisse des réserves de change en dessous de 90 jours, Rajhi estime que ce n'est pas très grave, accusant les économistes d'exagération, sans pour autant proposer des solutions.

Il a également affirmé que tous les indicateurs actuels vont vers une stabilisation de la valeur du dinar, et non pas vers plus de dépréciation. "Il faut arrêter de penser que le dinar va encore chuter, il n'y a rien qui l'indique, au contraire, tout laisse à penser que sa valeur se stabilisera. La reprise du tourisme, les récoltes record d'huile d'olive, l'exportation du phosphate, la retour progressif de la croissance, ou encore les différents emprunts, sont tous de bons indicateurs qui vont contribuer à l'augmentation des réserves de change. Je reste optimiste quant à l'avenir du dinar tunisien" affirme Rajhi avant d'ajouter que "le plus grand danger reste la hausse du prix du pétrole".

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.