MAROC
24/01/2018 06h:31 CET | Actualisé 24/01/2018 06h:31 CET

Jawad Bendaoud n'est pas jugé pour crime terroriste mais son procès n'en est pas moins hors norme

BFMTV / AFP

PROCÈS - C'est un événement judiciaire pas comme les autres. Plus de deux ans après les attentats du 13 novembre 2015, le procès de Jawad Bendaoud s'ouvre ce mercredi 24 janvier devant le tribunal correctionnel de Paris. Il est accusé d'avoir logé deux jihadistes, dont l'un des cerveaux présumés des attaques, Abdelhamid Abaaoud, et son complice Chakib Akrouh. Aux côtés du prévenu, Mohamed Soumah, soupçonné d'avoir joué les intermédiaires entre lui et les terroristes.

Ce procès ne fait pourtant pas partie du dossier du 13 novembre 2015. Jawad Bendaoud devait en effet être initialement jugé pour crime d'"association de malfaiteur terroriste en vue de préparer un attentat", avant que les juges d'instruction, fautes d'éléments, ne décident de requalifier les faits en "recele de malfaiteurs terroristes", ce qui constitue un délit et non plus un crime. Il n'encourt donc plus 20 ans, mais 6 maximum.

Ce qui n'empêche pas le procès de revêtir aujourd'hui une dimension hors normes, pour plusieurs raisons.

La risée des attentats

Le procès de Jawad Bendaoud est le premier procès en lien avec les événements du 13 novembre... et peut-être l'un des seuls que la justice pourra traiter. À part Salah Abdeslam, qui pour le moment a choisi de rester mutique, il n'y a en effet aucun autre terroriste en vie pour répondre des événements de ce soir-là. Ce sera donc l'une des rares occasions pour les Français d'avoir des éléments de réponse.

Et les Français, Jawad, ils le connaissent bien. "C'est le premier visage que l'on a pu voir dans les médias, le premier nom que l'on a pu relier avec les attentats, explique Jean-Baptiste Boursier, journaliste de BFMTV, sur France Inter. Le pays était totalement choqué, traumatisé (...) et cet homme est arrivé. Il est venu de lui-même vers les journalistes".

Ce soir-là, alors que son appartement se fait saccager par le Raid, Jawad Bendaoud se confie sur BFMTV: "J'étais pas au courant que c'était des terroristes, moi. (...) On m'a demandé de rendre service, j'ai rendu service". Une interview et une phrase qui vont être repris sur les réseaux sociaux et dans le monde, faisant de lui la risée des attentats. "Ça a eu un effet cathartique. C'était le guignol exutoire", résume sur France Inter Sarah Brethes, première journaliste (AFP) à l'avoir interrogé ce soir-là, par hasard. Alors qu'il se défend face aux journalistes, assurant de pas avoir su qui il hébergeait, Jawad se fait embarquer par la police. Il restera en garde à vue sept jours et sept nuits, durée exceptionnelle.

"Entre 300 et 350 personnes constituées partie civile"

Au-delà de cet aspect médiatique, ce procès est hors-norme dans sa dimension. Entre 300 et 350 personnes se sont constituées partie civile et d'autres devraient se faire connaître à l'ouverture ce mercredi. À cet effet, trois salles d'audiences, dont deux avec des retransmissions vidéos, ont été prévues pour que les victimes puissent assister aux débats. Parmi elles, plusieurs dizaines attendent d'être relogées: les voisins de Jawad, qui habitaient dans l'immeuble saccagé pendant l'assaut du Raid, n'ont toujours pas de logements, deux ans après les faits. "Le plafond s'est effondré. On a tout perdu", se désole Ahmed auprès du journal français 20 Minutes. Il vivait dans l'appartement juste en dessous de celui prêté aux terroristes.

"On attend d'être enfin reconnu comme victime, on était en première ligne et on nous refuse ce droit", confie Salima au quotidien. Certaines familles ont perdu toutes leurs économies, des personnes ont été blessées par balles, d'autres ont été traumatisées après des heures passées cachées dans leurs appartements en attendant la fin de l'assaut. Pourtant, le statut de "victime du terrorisme" leur a été refusé parce que les terroristes ne les ont pas directement menacés.

saint denis november

Alors, une quarantaine de propriétaires ou locataires de l'immeuble comptent se constituer partie civile, de même que la mairie de Saint-Denis. Avec ce procès, ils espèrent obtenir justice ou au moins avoir des réponses. Une centaine d'avocats est prévue pour représenter ces 300/350 personnes, mais seulement une dizaine sera autorisée à plaider, dans un souci d'économie de temps. Le procès est déjà prévu sur une durée assez exceptionnelle pour un délit: trois semaines.

À occasion particulière, système de sécurité particulier

La présidente du tribunal et ses assesseurs ont réclamé des mesures de protection pendant ces trois semaines de procès. Des forces de l'ordre seront déployées à l'intérieur comme à l'extérieur de la salle d'audience. En cause, la volonté de sécuriser les trois salles censées accueillir les très nombreuses parties civiles, mais aussi éviter les débordements, notamment ceux de Jawad Bendaoud en personne.

En effet, depuis son arrestation, Jawad a comparu à trois reprises devant le tribunal de Bobigny: pour avoir mis le feu à sa cellule, pour trafic de cocaïne et pour avoir insulté et menacé de mort des policiers. Des audiences agitées, Jawad Bendaoud, à bout de nerfs, laissant éclater sa colère au tribunal... Il a été plusieurs fois expulsé de ses audiences, maîtrisé par ses gardiens.

Délinquant multirécidiviste, il avait par ailleurs déjà purgé huit ans de prison, notamment pour coups mortels sur son meilleur ami avant les attentats du 13 novembre.

Un temps menacé par la protestation des surveillants de prison, le procès de Jawad Bendaoud pourra bien débuter mercredi 24, après que les forces de l'ordre ont libéré l'accès à Fresnes, prison dans laquelle il est incarcéré.

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