MAROC
23/01/2018 12h:54 CET | Actualisé 23/01/2018 13h:02 CET

Nouveaux ministres: "Une sélection royale qui ne veut plus de bureaucrates" (analyse)

MAP

ANALYSE - Cinq nouveaux ministres ont fait hier leur entrée dans le gouvernement. Des ministres pas comme les autres, à en croire le politologue Mustapha Sehimi, pour qui leur profil tranche avec une longue tradition purement partisane. "Les partis n’ont plus la maîtrise exclusive de la sélection de leurs ministres. Ils n’ont plus qu'à faire des propositions. Leurs deux premières listes de candidats ont été rejetées et c’est la troisième qui a été retenue", déclare-t-il au HuffPost Maroc.

C’est une leçon que le roi Mohammed VI a voulu donner, suite au limogeage, le 24 octobre 2017, de leurs prédécesseurs, une décision légitimée par le rapport de la Cour des comptes sur les dysfonctionnements d’exécution du programme "Al Hoceima- Manarat Al Moutawassit". Mustapha Sehimi estime ainsi que le souverain a sélectionné des profils mieux adaptés à la mission qu’ils sont appelés à accomplir.

"C’est une sélection royale. Le roi ne veut plus de ministres bureaucratiques, fonctionnaires, gestionnaires qui ne sont pas à la hauteur des exigences", affirme le politologue. Et de préciser que "la sélection royale" a opté pour des managers et des réformateurs, ce qui explique le temps relativement long que ce processus a nécessité. Un processus dans lequel le chef du gouvernement a joué un rôle qualifié par Mustapha Sehimi de "marginal". "Le chef du gouvernement n’a eu aucune marge de manœuvre dans ce processus. Il y a été tout simplement une boîte aux lettres, ce qui signale l’affaissement du chef du gouvernement au sein de son équipe gouvernementale, mais aussi au sein de son parti, le PJD".

Sur les profils des 5 nouveaux ministres, le politologue relève un point commun: "l’expertise". "Il s’agit d’une expertise particulière confortée et appuyée par un engagement, des actions et des implications. Leur sélection ne s’est pas basée uniquement sur leur CV", fait-t-il remarquer.

Pour ce qui est des ministres PPS, Mustapha Sehimi estime qu’ils ont tous les deux une légitimité partisane illustrée, en particulier, par Abdelahad Fassi Fihri. Ce dernier a été nommé ministre de l'Aménagement du territoire, de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Politique de la Ville, pour succéder à Nabil Benabdellah. Économiste, membre du bureau politique du PPS, il en est aussi l’un des principaux rédacteurs des programmes économiques. Le politologue rappelle également que Abdelahad Fassi Fihri dispose d’une large légitimité au sein du PPS où il est militant depuis 40 ans. Il est, par ailleurs, président de la commission de préparation du congrès national du PPS prévu en mai prochain. "C’est un pilier du PPS qui peut apparaître comme élément fédérateur de succession à Nabil Benabdellah. En tout cas, c’est un profil intéressant qu’il faudra suivre de près au prochain congrès", prévient Mustapha Sehimi, en connaissance de cause.

Le deuxième PPSiste, Anas Doukkali, qui devient ministre de la Santé, à la place de Houcine El Ouardi, représente, lui, la nouvelle génération du parti du Livre. "Il était dans la liste des jeunes du PPS de 2007 et 2011", rappelle-il, précisant que ses fonctions de directeur général de l’ANAPEC ne lui permettaient pas toujours d’assurer une présence au sein du parti. "Il n’en était pas non plus membre politique. Il est la jeune génération par excellence", ajoute le politologue.

Concernant les ministres MP, le choix s’est porté sur des profils très technocratiques, des compétences qui n’ont pas marqué leur présence aux réunions du MP. Saïd Amzazi, nommé ministre de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, remplace donc Mohamed Hassad à la tête d’un département stratégique. "Said Amzazi représente un profil intéressant. A la présidence de l’Université Mohammed V de Rabat qu’il dirigeait, il a suscité une dynamique. Il s’y était installé dans le cadre d’un schéma de réforme nouvelle génération", explique Mustapha Sehimi qui connait de près Saïd Amzazi. Pour lui, ce dernier a entamé un chantier aussi large que riche de réformes donnant la priorité au pluralisme linguistique, aux programmes de formation adaptés et au numérique. "C’est un profil qui tranche par rapport à celui des autres ministres. Dans le gouvernement actuel, le profil de Said Amzazi est comparable à un seul ministre: Moulay Hafid Elalamy. Le genre de profil ouvert sur la modernité, la nouvelle économie de la connaissance, du savoir et du numérique, au contraire de Mohamed Sajid et Mohamed Laaraj, par exemple", précise le politologue.

Quant au deuxième profil MP, Mohamed El Gharass, nommé secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, chargé de la formation professionnelle, il succède à Larbi Bencheikh. Il a été secrétaire général par intérim au ministère de la Jeunesse et des sports après avoir été directeur au sein du même département depuis 2004. Mohamed El Gharass est membre du conseil national du MP. Pour Mustapha Sehimi, il reste aussi l’un des membres les plus proches de l’équipe Mohand Laenser et serait même l’un de ses "poulains".

Sur le cinquième et nouveau élément du gouvernement, Mohcine Jazouli, c’est un homme d’affaire qui a réussi à s’imposer. Nommé ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, chargé de la Coopération africaine, il s’est illustré dans le créneau du consulting en créant la première enseigne marocaine "Valyans consulting". "Il s’est affirmé comme champion national dans son domaine. Au volet international de ses activités, il a accompagné plusieurs projets en Afrique", précise Mustapha Sehimi. Et de souligner que le profil de Mohcine Jazouli marque un tournant: "ce n’est pas un diplomate classique", dit le politologue.

Pour ce dernier, si le choix, cette fois, ne s’est pas porté sur un ambassadeur au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération, c’est pour une raison claire. "Ce choix est dicté par la nouvelle politique africaine du Maroc tournée essentiellement vers les projets économiques, le partenariat, les études, l’accompagnement de l’implantation des entreprises et la coopération Sud-Sud", estime-t-il. Et d’ajouter que Mohcine Jazouli a réussi à se faire une place dans des pays d’Afrique en démarchant dans le consulting, un secteur dominé par les cabinets français et anglo-saxons.

"On ne fait plus plaisir aux partis, l’heure est aux réformateurs!", conclut Mustapha Sehimi.

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