MAROC
22/01/2018 11h:51 CET

Flexibilisation du dirham: Moody's au secours de Jouahri

EMMANUEL DUNAND/AFP/GettyImages
A sign for Moody's rating agency is displayed at the company headquarters in New York, September 18, 2012. AFP PHOTO/Emmanuel Dunand (Photo credit should read EMMANUEL DUNAND/AFP/GettyImages)

NOTATION - Il fallait s’y attendre: l’entrée en vigueur du nouveau régime de change plus flexible du dirham a suscité un bal de réactions. Institutions, banques et cabinets spécialisés internationaux y sont allés de leurs commentaires et analyses, au risque parfois de faire grincer les dents du côté marocain. Ce n’est pas le cas de Moody’s. L’agence de notation, la dernière à s’être prêtée au jeu, vient de sortir une note au ton conciliant qui abonde dans le sens de Bank Al-Maghrib (BAM).

Aucune perturbation majeure ne viendra déranger le dirham

Contrairement à JP Morgan qui avait prédit une dépréciation de 7% du dirham marocain en an, Moody’s n’anticipe aucune perturbation majeure de la devise ou de dépréciation suite à la réforme. Une stabilité qui est expliquée par le fait que l’élargissement progressif des bandes de fluctuation du dirham s’est opéré dans un contexte stable marqué par "un déficit du compte courant globalement conforme aux fondamentaux entre 4% et 5% sur les deux prochaines années" et "adossé à un important coussin de change équivalant à environ six mois de couverture des importations".

Même en cas de perturbations imprévues de la balance des paiements, scénario écarté par Moody’s, l’accès du Maroc à la ligne de liquidité de précaution (LPL) de 3,5 milliards de dollars sur deux ans que le Fonds monétaire international a approuvée en juillet 2016 fournira un filet de sécurité supplémentaire au Royaume, précise l’agence. Rappelons en ce sens que le gouverneur de BAM, Abdellatif Jouahri, avait avoué que le Maroc lorgnait déjà du côté d’une ligne modulable (LCM), mieux notée et beaucoup plus avantageuse que la LPL.

Le Maroc n’est pas l’Égypte

L’agence de notation balaie également d’un revers de main les parallèles qui ont été faits entre le Maroc et l’Égypte pour justifier le risque de dépréciation. Selon elle, si les taux de change nominaux des deux pays avec les partenaires commerciaux sont restés globalement stables depuis 2010, reflétant leurs parités respectives, la vraie différence se situe du côté de l’inflation. Au Maroc, cette dernière s’est en effet maintenue à 1,2% en moyenne entre 2010 et 2015 ce qui a assuré "un large alignement des taux de change effectifs et réels, sans indication d’écarts de tendance significatifs entre eux".

Cela n’a pas été le cas de l’Égypte dont l’inflation de 10% sur la même période a provoqué une appréciation du taux de change effectif réel, entraînant une forte dépréciation en 2016 au moment de l’émission et une hausse temporaire des taux d’inflation à plus de 34% au plus fort de la crise en juillet 2017. Certes, la dévaluation opérée par l’Égypte a permis de rétablir la compétitivité extérieure du pays et incité le rétablissement de sa marge de change à son niveau de 2010, mais les configurations sont différentes et Moody’s ne prévoie pas de pressions d’ajustement similaires au Maroc.

Le système bancaire ne risque rien, il n’est pas assez gros

Il faut dire aussi que si les risques directs du système bancaire liés à la libéralisation progressive du taux de change marocain sont limités, ce n’est pas uniquement à cause de la résilience du système et des bons fondamentaux. Les besoins de financement des banques marocaines en devises étrangères sont surtout très modestes, rappelle Moody’s. Les dépôts en devises ne représentent ainsi que 4,6% du total des dépôts (estimés à 40,9 milliards de dirhams) et le recours des banques aux réserves de change de la banque centrale est également faible (environ 500 millions de dirhams).

Même les opérations des banques avec leurs clients en devises restent relativement limitées et concernent essentiellement les opérations d’import-export, qui se sont élevées respectivement à 40 milliards et 26 milliards de dirhams au troisième trimestre 2017. La majorité d’entre elles étaient des transactions au comptant.

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