ALGÉRIE
21/01/2018 13h:36 CET | Actualisé 24/01/2018 04h:32 CET

"Il n'a jamais été question de déclasser la Casbah d'Alger du patrimoine mondial" (UNESCO)

Mariusz Kluzniak via Getty Images

“La dés-inscription de la Casbah d’Alger de la liste du patrimoine mondial n’a jamais été mentionnée”, a affirmé au HuffPost Algérie la représentante de l’UNESCO Mme Nada al Hassan en marge de la réunion internationale d’experts sur la conservation et revitalisation de la Casbah d’Alger qui s’est ouverte ce matin à Alger.

“De toutes façons ce n’est pas l’UNESCO qui classe ou déclasse mais le comité du patrimoine mondial”, a expliqué Nada al Hassan, “ce qui nous intéresse en revanche c’est de voir ce qui est fait, s’il y a un véritable engagement dans l’effort de préservation et on peut voir que pour ce qui est de la Casbah d’Alger c’est le cas, c’est même très fortement le cas, mais la situation du site est tellement complexe qu’il faut peut-être réfléchir à réorienter le tir. Pour nous, ce qui est important est de le faire de manière à mettre les habitants de la Casbah et le développement durable au centre de cet effort”.

C’est ainsi que la représentante de l’UNESCO a répondu à une rumeur qui courait notamment parmi les journalistes et certains participants à cette conférence sur la Casbah où il se disait que l’UNESCO aurait décidé de venir voir de ses propres yeux le degré d’avancement (ou de délaissement) du plan de conservation de la Casbah avant de procéder à un “déclassement” du patrimoine mondial pour “sanctionner un Etat algérien coupable de ne pas faire assez” pour préserver le plus vieux quartier de la capitale”.

Il n’en est donc rien, la Casbah d’Alger demeure sur la liste classée patrimoine mondial ou pour être plus correct: elle n’est pas menacée d’être mise sur la liste des “sites en péril”.

Et l’Etat algérien a en fait décidé de faire une très forte présence ce matin à l’hôtel Aurassi où se tient la réunion des experts sur la conservation de la Casbah d’Alger, pas moins de quatre ministres ont fait acte de présence: le ministre de la Culture, la ministre de l’Environnement, celui de l’Habitat et enfin le ministre du Tourisme, sans parler du wali d’Alger, Abdelkader Zoukh.

La Casbah d’Alger a rejoint la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1992. Mais ce n’est qu’en 2005 qu’un décret exécutif crée et délimite le "secteur sauvegardé" de la Casbah d'Alger. Le plan de sauvegarde de la Casbah sera élaboré en plusieurs phases dans les années qui suivent.

En 2013, 24 milliards de DA ont été attribués pour la mise en oeuvre de ce plan qui couvre quatre communes de la wilaya d’Alger (la Casbah, Bab el Oued, Alger Centre et Oued Koriche), une surface de 105 hectares, une population de 52 000 habitants et 1816 bâtisses.

Des présentations détaillées de ce plan et des travaux d’avancement ont été faites ce matin par le directeur de l’Office national des biens culturels protégés, M. Abdelouahab Zekkagh, la directrice de l’Agence nationale des Secteurs conservés, Mme Sadqi Karima mais aussi M. Berkoun le directeur des équipements publics de la wilaya d’Alger, car il faut relever que le plan de sauvegarde de la Casbah a été transféré en 2016 de la tutelle du ministère de la Culture aux services de la wilaya d’Alger.

Lire aussi: Le plan de sauvegarde de la Casbah d'Alger par les chiffres

Ces présentations seront débattues demain lundi 21 janvier où nombreux sont les participants à cette conférence qui prédisent des “discussions animées si ce n’est houleuses”.

Il est intéressant de souligner que les organisateurs de cette réunion où sont invités aussi plusieurs représentants d’expériences étrangères dans la préservation de vieilles villes (El Qods, Rio, Turin et Istanbul notamment) ont pris le soin de rassembler des urbanistes et architectes algériens autour de discussions et débats qui ont eu lieu le mois dernier pour préparer les recommandations qui seront faites à cette conférence.

L’UNESCO et l’Etat algérien, mais aussi le tissu associatif et les urbanistes algériens qui tentent de produire de la réflexion sur l’avenir de la Casbah d’Alger sont donc tous réunis au sommet pendant trois jours pour faire le bilan de ce qui a été effectué jusque-là et proposer de nouvelles pistes de travail. Si personne à cette conférence ne parle encore ouvertement d’échec du plan de sauvegarde, beaucoup n’en pensent pas moins, ils attendent patiemment de pouvoir prendre la parole lorsque l’heure des débats sera enfin arrivée.

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