TUNISIE
19/01/2018 14h:37 CET | Actualisé 19/01/2018 17h:48 CET

Ce lien étrange que font plusieurs sites d'information entre les manifestations en Tunisie et celles en Iran

Image de gauche: Zoubeir Souissi/Reuters... image de droite: Stringer/Anadoly Agency/Getty images
collage
Image de gauche: Zoubeir Souissi/Reuters... image de droite: Stringer/Anadoly Agency/Getty images

Plusieurs sources médiatiques, controversées ou plus ou moins sérieuses, font actuellement le lien, pour le moins inattendu, entre les manifestations en Tunisie, et celles survenues en Iran, ces dernières semaines.

Les sources de ces théories surprenantes sont un journal canadien mondialisation.ca connu pour être conspirationniste, le site d'information Open Democracy, la chaîne de télévision russe Russia Today (RT), ou encore Ron Paul Institute for Peace and Prosperity, une fondation américain créée par l'ancien membre du congrès et ex candidat à la présidence, Ron Paul, qui avait repris les mêmes affirmations.

Les théories avancées par deux de ces sources, sont totalement différentes, mais ont néanmoins un point commun qui mérite de s'y intéresser, à savoir, un probable lien entre les manifestations tunisiennes et iraniennes.

Le fait que ces manifestations soient survenues dans la même période, pour à peu près les mêmes raisons sociales, ou encore le fait qu'il s'agisse de deux pays musulmans, ne justifient pas l'établissement d'un lien entre les deux pays, à travers des analyses, certes différentes, mais qui convergent à un moment donné.

Open Democracy, un site d'information proche du parti britannique des travailleurs, avance la théorie selon laquelle la défaite de l'État Islamique en Irak et en Syrie, et sa perte de contrôle sur toutes les zones en Irak, l'aurait amené à repenser sa stratégie de terreur, en s'appuyant essentiellement sur ses affiliations au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Asie du Sud.

Selon cette source, le nombre de partisans de Daesh à travers le monde aurait atteint quelque 40.000 personnes, encore impliquées. L'analyse d'Open Democracy s’appuie sur de nombreuses expertises qui considèrent que les partisans de l'État Islamique constituent des cellules dormantes à travers l’Europe, l'Afrique du Nord et l'Asie du Sud, et aspirent à un "rêve utopique", celui de "participer à un nouveau type de société qui pourrait les aider à sortir d'un avenir sombre avec peu de perspectives."

Open Democracy estime que des facteurs communs sous-jacents auraient contribué à éveiller les manifestations en Tunisie et en Iran. Parmi ces facteurs, le journal avance l'intensité et la violence des manifestations, estimant que celles-ci indiquent souvent un lien direct avec des éléments takfiristes, ou même des terroristes souhaitant profiter de la précarité de la situation.

Un autre point commun que relève Open Democracy, est le fait que les deux manifestations soient menées par des jeunes, frustrés par l'absence de perspectives d'avenir. Selon lui, il existerait un sentiment anti-austérité, qui constitue également un lien entre les deux manifestations.

Toujours selon la même source, beaucoup de jeunes Tunisiens et Iraniens vivent une crise socio-économique, les mettant dans une situation précaire et frustrante qui favorise leur recrutement par l'État Islamique.

De son côté, le centre canadien de recherche sur la mondialisation (ou Center for Research on GlobalizationCRG), ainsi que le média russe RT, ont fait une comparaison de la couverture médiatique internationale des manifestations dans les deux pays.

En effet, les deux sites d'information critiquent vivement la couverture médiatique des deux mouvements de protestation, affirmant que cette différence "flagrante" dans la médiatisation serait alimentée par des intérêts américains.

Le spectre américain

Selon le centre de recherche canadien, les États-unis ainsi qu’Israël souhaiteraient renverser le régime iranien, notamment à travers une grande campagne de désinformation, ayant souvent recours à des images et vidéos d'autres pays, ou encore des images de films, afin de dépeindre une situation politique critique de l'Iran.

Le centre indique qu'à travers les vidéos des médias locaux iraniens, on constate bien que les manifestations sont loin d'être graves, mais ont cependant été trop médiatisées. Les manifestations en Tunisie, selon le CRG, sont beaucoup plus sérieuses, compte tenu de leur concentration, proportionnellement à l'Iran, mais n'ont pratiquement pas été couverts par les médias étrangers.

"Les protestations en Tunisie représentent tout ce que les États-Unis auraient souhaité qu'il se passe en Iran" affirme l'article.

Pour le CRG, plus les manifestations en Iran sont violentes, plus c'est bénéfique pour les États-Unis, alors que pour le cas de la Tunisie, une instabilité dans le pays ne serait pas la bienvenue, surtout qu'il a été établi que les États-unis avaient installé au moins une base militaire en Tunisie, suite à une enquête de l'US Air Force sur une agression sexuelle qui avait dévoilé l'existence d'une base militaire américaine en Tunisie. Le président de la République Béji Caid Essebsi avait alors nié l'existence d'une base américaine mais avait admis que les États-unis utilisaient des bases militaires tunisiennes pour leurs opérations.

"La relation étroite entre la Tunisie et les États-Unis, ainsi que l'importance capitale de la Tunisie en tant que base d'opérations militaires américaine en Afrique, sont probablement responsables du manque d'intérêt des médias pour les manifestations tunisiennes, qui ont été de grande ampleur" ajoute l'article.

Toujours selon le centre canadien: "Les Tunisiens sont majoritairement opposés à la présence américaine dans leur pays, et cela les rend particulièrement hostiles au régime de Caid Essebsi, qui sert les intérêts des États-unis".

Selon le CRG, la coopération militaire entre la Tunisie et les États-Unis date de l'époque de Ben Ali. Plusieurs politiques de ce dernier auraient été perpétuées par les gouvernements qui se sont succédés, y compris la coopération militaire avec les États-unis. L'article s'appuie sur la décision de l'administration Obama de tripler l'aide militaire, et la nomination de la Tunisie en tant qu'allié majeur non membre de l'OTAN en 2015.

Ainsi, au vu de tous ces intérêts, il est logique de penser qu'une instabilité en Tunisie ne pourrait que mettre en péril la coopération militaire tuniso-américaine, surtout si ces manifestations aboutissent à un renversement du régime, comme l'indique l'article.

Le journal russe RT a quant à lui, dans un article intitulé "Les troubles en Iran et en Tunisie provoqués par une crise économique. Alors pourquoi l'Occident met-il l'accent sur Téhéran?", cité Saïd Sadek, professeur de sociologie politique à l'université américaine du Caire, qui aurait déclaré que la couverture médiatique excessive et souvent trompeuse adoptée par les médias américains de la situation en Iran, serait due à la rivalité historique entre les deux pays.

Le journal a jugé également le tweet du président américain Trump comme indiquant un souhait de faire tomber le régime Iranien.


"L'Iran échoue sur tous les fronts malgré l'accord conclu avec l'administration Obama. Le grand peuple iranien a été réprimé pendant de nombreuses années. Ils ont faim et ont besoin de liberté. Avec les droits de l'homme, les richesses de l'Iran sont en train d'être pillés. Il EST TEMPS DE CHANGER"


La main du FMI

Qualifiant les prêts du Fonds Monétaire International (FMI) de "prêts toxiques", le CRG trouve ici une autre raison au silence des médias sur les manifestations en Tunisie. Selon le centre de recherche, les mesures d'austérité décidées par le gouvernement tunisien dans la loi de Finances 2018, lui auraient été imposées par les prêteurs d'argent, notamment le FMI, comme il avait fait avec la Grèce, l'obligeant à "adopter des réformes néolibérales".

"Les dirigeants tunisiens sont dans le dilemme de maintenir ces mesures d'austérité et de risquer plus de perturbations, ou de les abandonner et risquer de mettre en colère les futurs maîtres du pays" écrit le CRG.

En conclusion, l'article estime que dans le cas de manifestations dans un pays militairement allié aux États-unis, les médias détournent le regard, aussi violentes ces manifestations soient-elles.

Le Centre for Research on Globalization, également connu sous le nom de Centre de recherche sur la mondialisation, est une ONG canadienne "qui est devenue la source principale d'informations sur le nouvel ordre mondial et la 'guerre contre le terrorisme' menée par Washington" indique le site de l'ONG.

Celui-ci ajoute donner des informations "rarement couvertes par les médias dominants". "À l'ère de la désinformation médiatique, nous nous sommes principalement concentrés sur les 'vérités non révélées' " ajoute le site.

Le site a été fondé par Michel Chossudovsky, un économiste canadien connu pour la diffusion de nombreuses théories du complot. Ancien conseiller économique au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), au Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), à l'Organisation internationale du travail (OIT) et à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il fonde Centre for Research on Globalization le 09 septembre 2011.

Selon Conspiracy Watch, forme d'observatoire qui essaye de décortiquer les théories du complot, mais aussi selon plusieurs autre sources, le CRG "compte parmi les principaux vecteurs de conspirationnisme sur l'Internet".

LIRE AUSSI

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.