TUNISIE
18/01/2018 10h:28 CET | Actualisé 18/01/2018 11h:42 CET

Vers l'abolition de la dot, l'octroi du nom de famille de la mère, l'égalité dans l'héritage? Les symboliques de ces réformes

L'abolition de l'institution de la dot, la mise en place d'une procédure permettant à la femme d'opter pour l'égalité dans l'héritage, la possibilité pour la mère d'octroyer son nom de famille à son enfant, sont autant d'annonces relayées par certains médias, présentées comme étant les propositions finales de la commission des libertés individuelles et de l'égalité, rattachée à la présidence de la République.

Ces annonces sont "imprécises", a rétorqué Bochra Bel Haj Hmdia, la présidente de ladite commission, sur sa page Facebook, en précisant que les propositions finales seront celles présentées et adoptées par le président de la République.

À noter que la commission des libertés individuelles et de l’égalité, chargée de présenter un rapport relatif à l'amélioration des libertés individuelles conformément à la Constitution de 2014, mais également aux standards internationaux, terminera ses travaux le 20 février prochain. Son rapport sera remis par la suite au président de la République.

Quelles sont les symboliques de ces réformes?

Quoiqu'imprécises, ces propositions ont fait les grands titres des médias, suscitant une vague de réactions. Des composantes de la société civile et des institutions comme le Centre de recherches, d'études, de documentation et d'information sur la femme (CREDIF) se sont félicitées de ces réformes.

Pourquoi tant d'enthousiasme ou de critiques? La présidente de l'association tunisienne des Femmes Démocrates, Monia Ben Jémia, revient pour le HuffPost Tunisie sur la symbolique de telles réformes "très importantes du Code du Statut Personnel (CSP) ", selon elle, et tant réclamées par les militants pour les droits humains en Tunisie.

"Nous demandons l'égalité absolue dans l'héritage, par conséquent on rejette la procédure optionnelle qui laisserait à la femme le choix d'opter ou pas pour la parité. La procédure qui fait peser le choix sur la femme ne fera qu'accentuer la pression sur elle", a insisté la présidente de l'ATFD.

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Concertant le système de la tutelle parentale, Monia Ben Jémia revendique une autorité parentale partagée entre le père et la mère. Idem pour l'octroi du nom de famille. "En Espagne par exemple, le nom de la famille de la mère est mentionné après celui du père", a-t-elle donné comme exemple à suivre.

Qu'en-est-t-il de l'institution de la dot, devenue plus une tradition qu'un don financier important chez certaines familles tunisiennes? L'article 13 du Code du Statut Personnel conditionne la consommation du mariage par l'acquittement de la dot pour l'homme en énonçant: "Le mari ne peut, s'il n'a pas acquitté la dot, contraindre la femme à la consommation du mariage. Après la consommation du mariage, la femme, créancière de sa dot, ne peut qu'en réclamer le paiement. Le défaut de paiement par le mari ne constitue pas un cas de divorce".

La charge symbolique de la dot est pernicieuse, explique la militante féministe. "Une fois la dot payée, cela sous-entend que l'homme peut contraindre sa femme à consommer le mariage, c'est une incitation claire au viol conjugal", a-t-elle martelé. Et d'ajouter: "Payer pour pouvoir consommer le mariage relève d'un acte d'achat de la femme" a-t-elle renchéri.

L'esquisse même de telles réformes a soulevé un tollé entre les teneurs d'une égalité intégrale entre hommes et femmes, et ceux qui brandissent les préceptes religieux contraires, alors leur concrétisation est-elle possible? "Nous sommes optimistes, le débat sur l'héritage par exemple, était tabou il y a quelques années, aujourd'hui, on en parle publiquement. Ouvrir un débat public sur ces sujets est salutaire", a conclu Monia Ben Jémia.

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