TUNISIE
18/01/2018 10h:00 CET

"45% des nouveaux inscrits à l'Ordre national des médecins ont quitté la Tunisie" annonce le secrétaire général du CNOM

45% des nouveaux médecins, inscrits à l’Ordre en 2017, ont quitté la Tunisie. C'est ce qu'a annoncé, Nezih Zghal, secrétaire général de l’Ordre national des médecins, sur les ondes de RTCI. Selon lui, ce chiffre a plus que quadruplé au cours des cinq dernières années. “En 2012, le taux de médecins ayant quitté le pays frôlait les 9%” a-t-il regretté en précisant qu’une flexion a été observée à partir de 2014 pour monter en flèche récemment.

Un chiffre effrayant qui reflète la dégradation de la situation du pays et son incapacité à retenir ses compétences au cours de ces dernières années, a-t-il estimé.

“D’ailleurs, ce ne sont pas que les jeunes qui sont en train de partir” a-t-il souligné en ajoutant “qu’il y a aussi des moins jeunes, des médecins expérimentés …”. Bref ce sont plusieurs médecins qui ont “choisi de quitter l’hôpital public, non pas pour le privé, mais pour les pays du Golfe” a-t-il expliqué.

En effet, face à l’incapacité de l’État à “payer à sa juste valeur” ses médecins, ces derniers trouvent dans ces pays de nouvelles perspectives offrant à la fois une valorisation plus onéreuse et une carrière plus prometteuse.

Selon lui, c’est surtout le manque de moyens des hôpitaux qui pousse les jeunes médecins à partir à l’étranger. “Il est difficile de demander aux jeunes médecins de rester dans les hôpitaux lorsque ces derniers n’offrent plus rien aussi bien pour les médecins que pour les patients” a-t-il expliqué.

Zghal est revenu sur les nouvelles mesures sociales prises en faveurs des 600 mille chômeurs dont notamment la gratuité des soins dans les établissements publics. “Je ne vois pas comment un hôpital déficitaire pourra soigner gratuitement ce grand nombre de patients” s’est-t-il notamment interrogé en évoquant les problèmes de financement défectueux vis-à-vis de la CNAM et de la Pharmacie Centrale.

Responsabilité civile médicale des professionnels de la santé: Un projet de loi déposé en conseil des ministres

Invité pour donner des éclaircissements à propos de la responsabilité civile médicale des professionnels de la santé, le secrétaire général de l’Ordre national des médecins a annoncé qu’un projet de loi sera prochainement soumis à l’ARP. “Les travaux de la commission, chargée de l’élaboration de ce projet loi et mise en place en 2016 à l’époque de Saïd Aïdi, viennent d’être achevés” a-t-il fait savoir.

Il a indiqué que le draft est fin prêt et sera déposé dans les jours à venir en conseil des ministres pour être présenté ensuite devant les députés. Il a, également, tenu à préciser que les complications qui peuvent survenir suite à un acte chirurgical ne sont pas forcément dues à une faute médicale d’où l'importance de déterminer les responsabilités.

Les médecins ne sont pas les seuls à avoir choisi de quitter le pays pour trouver de nouvelles opportunités ailleurs. Selon une dernière étude réalisée par l’Union des professeurs universitaires chercheurs tunisiens, 4 mille enseignants universitaires ont émigré à l’étranger et 80% comptent aussi quitter le pays et ce, selon les statistiques de l’institut tunisien des études stratégiques.

En effet, d'après le secrétariat d’Etat chargé de la migration et des Tunisiens à l’étranger ce sont les universitaires et les chercheurs qui se placent au premier rang des compétences tunisiennes qui partent à l’étranger et ce, avec un taux de 24% sur un total de 80% des compétences tunisiennes émigrantes.

Selon le rapport arabe sur le savoir (2009) basé sur l'indicateur de migration des cerveaux de la Banque Mondiale, la Tunisie se classe au premier rang des pays "expulseurs de compétences", juste après la Syrie qui arrive en tête.

Conscient de l'ampleur du phénomène, le Chef du gouvernement Youssef Chahed a annoncé la mise en place d'une stratégie globale pour attirer les compétences tunisiennes à l'étranger et les associer à l'œuvre de développement et de modernisation du pays.

Il a dans ce sens mis l'accent sur la responsabilité des établissements éducatifs et universitaires, les centres de recherche et de formation, l'administration et les entreprises économiques dans l'instauration d'un environnement propice au développement des compétences individuelles et collectives "de manière à les encourager à créer et à innover dans tous les domaines scientifiques et techniques".

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), 94.000 Tunisiens ont quitté la Tunisie en six ans vers l'Europe.

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