MAROC
18/01/2018 14h:41 CET | Actualisé 18/01/2018 14h:51 CET

Le scandale immobilier Paradise Beach débattu au parlement britannique

Parliamentlive

SCANDALE - Un nouveau pas de plus dans l'affaire Paradise Beach Golf Resort, un projet immobilier de grande envergure soutenu par l'État marocain, au point mort depuis onze ans et dans lequel 800 investisseurs s'estiment floués. Soutenue par des députés britanniques, l'affaire a été débattue mercredi 18 janvier au parlement britannique et portée par Thomas Brake, parlementaire du parti libéral-démocrate anglais.

D'autres personnalités politiques britanniques, comme Stephen McCabe du parti travailliste et Alistair Burst, du parti conservateur, prennent partie pour les victimes de cette arnaque immobilière et ont débattu l'affaire lors d'une session au parlement de Westminster à laquelle ils se préparent depuis quelques mois.

"Ces gens ont investi leurs économies entières pour la plupart dans ce qu'ils pensaient être une pension de rêve au Maroc et pour cet investissement, ils n'ont rien reçu en retour", a déclaré Tom Brake à l'assemblée, avant de retracer une brève chronologie des événements.

En 2007, 800 européens, en majorité des Britanniques, mais comprenant aussi des MRE, des Espagnols et des Irlandais, investissent près de 35 millions de livres dans un projet de la société Prestige Properties. Un parcours de golf 18 trous, des piscines, des hôtels et 800 appartements de luxe devaient être construits entre Tanger et Assilah, sur des terres de l'État. Ce dernier apporte alors son soutien et une convention est signée entre les ministres du Tourisme, de l'Industrie, de l'Économie et des finances, et le promoteur Larbi Tadlaoui, Marocain alors résidant à Londres.

En 2009, les travaux s'arrêtent brutalement, sans explication. Le chantier est aujourd'hui encore à l'abandon. Neuf ans après le versement des acomptes allant de 300.000 dirhams à un million de dirhams, certains des acquéreurs anglais sont décédés sans avoir vu leur résidence. D’autres, MRE comme Européens, attendent réparation et que la justice statue sur le dossier. Larbi Tadaloui est cependant écroué pour "fraude" et purgera une peine de 18 mois de prison.

"Des pressions diplomatiques sont nécessaires"

Tom Brake reproche à l'État marocain d'essayer de se décharger de toute responsabilité dans ce dossier qui traîne depuis de longues années et auquel aucune solution concrète n'a été apportée. Un porte parole du gouvernement marocain avait rejeté en janvier 2017, dans une déclaration au Télégraph, que l’affaire ait un quelconque lien avec le gouvernement, ajoutant que le Paradise Beach and Golf Resort "est un projet d'investissement privé contractés entre des parties privées".

Mais Tom Brake ne l'entend pas de cette oreille. "Ce sur quoi on s'accorde, c'est que le gouvernement marocain est derrière ce projet. Des ministres ont exprimé leur soutien à ce projet et ont signé une convention. Aujourd'hui, ils clament que c'est une affaire privée qui n'a rien à voir avec eux. C'est quelque chose que nous n'acceptons pas, d'autant que le gouvernement marocain a vanté les mérites de ce projet (...) qui est porté par la Banque Centrale Populaire, qui appartient partiellement à l'État. (...) C'est là également une preuve évidente de la connexion entre le gouvernement et ce projet", défend le député libéral.

"Le gouvernement marocain doit arrêter de se cacher et prétendre qu'il n'a rien à voir avec cette affaire", ajoute pour sa part un député dans l'assistance. Des pressions diplomatiques sont nécessaires pour trouver une solution juste afin que ces 800 personnes soient dédommagées."

"Ce ne sont pas des gens très riches qui ont investi, ils ont été séduit par ce projet et y ont mis les économies de toute une vie car ils y ont vu un projet sécurisé", avance le député Alistair Burst, du parti conservateur. Il en appelle au gouvernement britannique à faire le nécessaire pour lancer le dialogue avec ses homologues marocains, dont le ministère du Tourisme et des Affaires étrangères. "Nous voulons davantage d'investissements britanniques au Maroc et nous souhaitons que les relations entre les deux pays soient solides", a-t-il avancé.

De nouvelles manifestations prévues

Un collectif de victimes a d'ailleurs été créé en 2009, suite à l'arrêt brutal des travaux, pour défendre leurs intérêts. Ils mènent depuis des actions pour tenter de se faire rembourser les sommes d'argent investies. Le collectif, rassemblant plus de 500 signataires, avaient adressé une lettre au roi Mohammed VI, le 27 mars 2017, et au cabinet de Theresa May, Première ministre britannique. Une autre missive avait été envoyée à Benkirane, alors en fonction. Des lettres restées sans réponse. Une rencontre avec l'ambassadeur du Maroc au Royaume-Uni n'aurait apparement pas non plus apporté les solutions espérées.

Le 10 octobre dernier cependant, une réunion à Londres réunit Alistair Burt, Secrétaire d’État anglais pour le développement international et Secrétaire d’État pour le bureau des Affaires Etrangères et du Commonwealth, le ministre du Tourisme du Maroc, Mohammed Sajid, et la secrétaire d’État en charge du Tourisme, Lamia Boutaleb. L'affaire "Paradise Beach & Golf Resort" est au coeur des discussions, mais peu d'avancées significatives auraient été proposées d'après le collectif.

Les victimes ont alors de nouveau fait appel à la justice marocaine, et seront reçus le 30 janvier prochain, au côté de la représentation Diplomatique Britannique et du FCO (Foreign and Commonwealth office), par le juge Mustapha Fezazi, au tribunal de Tanger.

Après plusieurs sièges devant l'ambassade du Maroc à Londres, une énième manifestation se tiendra le 9 avril prochain afin d'alerter davantage les pouvoirs publics. Deux autres manifestations à Tanger et Rabat sont en préparation, selon Claire Payne, à la tête du collectif. "Nous n'avons pas fixé de dates, cela dépendra de ce que statuera le tribunal de Tanger le 30 janvier prochain", précise-t-elle au HuffPost Maroc.

Un dossier sombre qui peine à s'éclaircir et qui risquerait de ternir la volonté du Maroc, engagé dans de grands chantiers à l’échelle internationale, d'attirer davantage d'investisseurs.

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