ALGÉRIE
18/01/2018 05h:54 CET

Procès ce matin à Ghardaia de militants FFS jugés pour "terrorisme" et "incitation à prendre les armes contre l'Etat"

Margarita Almpanezou via Getty Images
Ghardaïa is located in northern-central Algeria in the Sahara Desert and is part of a pentapolis, a hilltop city amongst four others, built almost a thousand years ago in the M’Zab valley.

A Ghardaia ce matin, s’ouvre le procès de plusieurs militants du FFS et d’activistes d’associations locales poursuivis de neuf chefs d’inculpation dont des crimes d’une gravité extrême, telles que des infractions terroristes, constitution d’association de malfaiteurs dans le but de renverser le régime, incitation des citoyens à prendre les armes contre l’autorité de l’Etat et atteinte à l’intégrité territoriale du pays.

Le FFS dénonce une “cabale judiciaire contre ses militants de Ghardaïa” et affirme que ses militants “seront jugés sur la base d’un dossier monté de toutes pièces par les services de sécurité”.

Pour l’avocat des pévenus, Maître Abdelhaq Mellah, ce procès s’inscrit “dans la série des harcèlements de militants et d’élus du FFS et du RCD à Ghardaia dans le but de briser toute opposition”.

Les prévenus sont au nombre de cinq, l’un d’entre eux est en détention préventive depuis un peu plus d’une année, un deuxième est absent et les trois autres sont actuellement en liberté, selon Me Mellah.

Les prévenus sont des militants connus à Ghardaia qui, selon leur avocat, ont “joué un très grand rôle” pendant les affrontements violents qui ont éclaté dans la région du Mzab en 2015 pour aider à ramener le calme:

“Ils étaient membres d’un comité de coordination durant les événements violents, ils étaient sur le terrain et ont coopéré avec tout le monde, y compris les instances officielles administratives et sécuritaires pour aider à rétablir la paix”.

Ainsi, se désole Maître Mellah, ces hommes qui ont “été très actifs pendant les événements violents sont, maintenant que la paix semble être revenue, poursuivis et harcelés”.

La plainte à l’origine de ce procès très attendu aujourd’hui à Ghardaia est partie, explique encore Me Mellah, de la “directrice d’un établissement scolaire où est scolarisé l’enfant de l’un des prévenus”. Le parent d’élève avait publié sur un site d’informations locales un texte où il se plaignait des “conditions de scolarisation” - et la directrice aurait jugé que ce texte était “diffamatoire” contre sa personne.

Selon Maître Abdelhaq Mellah c’est ce fait divers qui a constitué l’étincelle à l’origine de ce procès contre les militants du FFS. D’ailleurs, dit Me Mellah, “on reproche aux prévenus des délits politiques qui touchent à la liberté d’expression, parce qu’ils se sont exprimés sur les réseaux sociaux en faisant des prises de position politique”.

A la question de savoir si ces “positions politiques” ont à voir avec l’autonomie du Mzab, Maître Mellah répond sans équivoque: “Ils ne se sont pas exprimés du tout en faveur de l’autonomie du Mzab, parmi eux il y en a un qui a écrit sur sa page Facebook “سلطة فاسدة و سلطة مفسدة” (pouvoir corrompu et corrupteur), c’est écrit comme cela dans l’acte d’accusation”.

Pour Me Mellah mais aussi pour un autre avocat, Me Noureddine Ahmine qui a défendu de nombreux prévenus dans des affaires politiques de la région du Mzab: “Ce sont d’autres lois qui s’appliquent à Ghardaia”.

D’ailleurs, Me Ahmine qui a été l’un des membres fondateurs avec Ali Yahia Abdenour en 1989 de la Ligues algérienne de défense des droits de l’homme, est lui aussi poursuivi en justice pour “harcèlement à corps constitué” dans le cadre de l’exercice de sa profession, affirme-t-il:

“Ici à Ghardaia, on n’est pas dans l’Etat, toute voix discordante doit être tue”, dit Me Ahmine qui sera présent ce matin aux côtés de prévenus du FFS et qui aura à affronter lui-même le juge le 5 février prochain.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.