TUNISIE
17/01/2018 14h:24 CET

L'UTICA dans l'attente de l'après Bouchamaoui

Nicolas Fauqué via Getty Images
Wided Bouchamaoui, president of the UTICA, the labor union of the Tunisian employers, the only woman of the National Dialogue Quartet, 2015 Nobel Peace Prize. In his office in the UTICA a few hours after the announcement of the Nobel prize for Tunisia (Photo by Nicolas Fauqu��/Corbis via Getty Images)

Plusieurs membres de l'UTICA ont déploré, mercredi, le retrait de la candidature de la présidente sortante de l'UTICA, Wided Bouchamaoui, au nouveau bureau exécutif de l'organisation, d'après les témoignages recueillis par l'Agence TAP. Ils ont aussi, formulé de grandes attentes envers le nouveau bureau qui sera issu des élections.

Khalil Ghariani, membre du bureau exécutif sortant chargé des relations sociales, a déclaré "c'est avec regret que nous accueillons cette nouvelle. Nous avons exprimé, jusqu'à la dernière minute, notre souhait qu'elle demeure toujours à la tête de la centrale patronale, mais il s'agit là d'une décision personnelle que nous respectons".

Partageant le même point de vue, Hichem Elloumi, vice-président sortant de l'UTICA, a regretté cette décision, estimant que Bouchamaoui a su gérer l'équipe du bureau exécutif et qu'elle a réalisé un travail fructueux au profit de la Centrale et aussi du pays.

De son côté, Kamel Ben Yaghlane, membre de l'UTICA chargé du suivi de la loi de sauvetage des entreprises, a qualifié le retrait de Bouchamaoui de "salutaire", considérant qu'elle a toujours été à la hauteur des attentes de la centrale patronale, et qu'elle a choisi de se retirer après avoir assuré tous les conditions de réussite de ce congrès électif.

"Elle a voulu se retirer dès le départ, mais elle a tenu, avant tout à finaliser tous les préparatifs du congrès, y compris l'ensemble des congrès régionaux", a-t-il noté.

Ben Yaghalane a exprimé finalement son souhait que celui qui sera élu à la tête de l'organisation patronale soit sûr de lui et surtout transparent.

Le président de la Chambre syndicale nationale des promoteurs immobiliers (CSNPI), Fahmi Chaâbane a de son côté, adressé ses remerciements à l’ancienne présidente de l’organisation patronale pour "les efforts qu’elle a consentis en faveur de l’UTICA, de ses affiliés et de l’économie nationale", formulant le souhait que "le congrès puisse aboutir à l’élection d’un bureau exécutif et d’un président assez forts pour défendre les intérêts de l’entreprise et des secteurs".

Toujours selon lui, "le contexte est bien difficile et tous les secteurs s’attendent à un soutien moral fort et à une vraie capacité de négociations de la part de leurs nouveaux élus".

Pour sa part, la présidente de la chambre régionale des femmes chefs d'entreprises de l'Ariana et vice-présidente de la chambre nationale des femmes chefs d'entreprises, Sirine Dimassi, a estimé que "l’enjeu pour le nouveau bureau sera de capitaliser sur tout ce qui a été entrepris par l’ancienne présidente de l’UTICA".

Dimassi a aussi souhaité "une meilleure représentativité de la femme chef d’entreprise au sein du bureau exécutif de l’organisation patronale", faisant remarquer que "le souci commun qui doit animer tous les affiliés et les décideurs de cette organisation, est celui de concilier entre le développement de l’entreprise économique et le renforcement de leur capacité d’emplois, notamment dans les régions".

Pour sa part, le membre du bureau exécutif sortant de l'UTICA, Hamadi Kooli, a manifesté son regret quant au retrait de la candidature de Wided Bouchamaoui, soulignant "que le plus important, est que la Tunisie poursuive sa marche, indépendamment des noms".

Kooli a, en outre, considéré que "le nouveau bureau aura à affronter deux problèmes majeurs à savoir l’économie parallèle et l’instabilité sociale", estimant que "la résolution des maux du pays dépendent en grande partie de la capacité de traiter ces deux problèmes".

"Ce n’est pas une mission facile, mais cela reste possible par le dialogue et la concertation entre toutes les parties prenantes", a-t-il encore souligné.

Pour une plus grande coopération entre le public et le privé

En cette conjoncture difficile que connait la Tunisie et tant que les indicateurs économiques sont au rouge, le rôle du patronat est de plus en plus important dans l'encadrement et la préservation du tissu économique du pays, s'agissant notamment des secteurs en difficulté, tels que l'artisanat, la mécanique, le cuir et le textile.., .a indiqué Hichem Elloumi, qui a occupé le poste de vice-président dans le bureau sortant de l'UTICA, dont le 16ème congrès s'est ouvert, mercredi, à Tunis.

L'homme d'affaires, le plus connu des candidats pour le nouveau bureau, a ajouté dans une déclaration à l'agence TAP, qu'outre le rôle qui lui incombe, le patronat est invité, aujourd'hui, à contribuer à booster l'économie du pays."Tous les hommes d'affaires doivent participer efficacement à la relance économique, à travers l'impulsion de l'emploi, de l'exportation et de l'investissement", a-t-il noté, soulignant l'impératif d'opter pour une coopération fructueuse entre les secteurs privé et public.

Il a aussi estimé que le secteur privé est "sans doute le moteur de l'économie du pays", appelant le gouvernement à lui accorder le soutien nécessaire pour qu'il mène au mieux son rôle.

Des revenus insuffisants

Les revenus de l’Union tunisienne, de l’industrie du commerce et de l’artisanat (UTICA) demeurent encore insuffisants pour couvrir toutes les dépenses de l’organisation patronale, a indiqué Béchir Boujday membre du bureau exécutif sortant et porte-parole officiel du congrés.

Intervenant lors d’un point de presse organisé en marge du 16éme congrès électif de l’UTICA, Boujday a précisé que le budget de l’organisation patronale est encore déficitaire, selon le rapport financier, sauf que ce déficit est en tain de diminuer, a-t-il dit, espérant une amélioration des ressources de la Centrale patronale afin que cette dernière atteigne son autonomie financière.

Le congrès électif auquel participent 2180 congressistes coïncide avec la célébration du 71ème anniversaire de l’organisation patronale. Il aboutira à l’élection des 31 membres qui formeront le nouveau bureau exécutif dont 21 membres seront élus par les congressistes.

Sur les 10 autres membres, la moitié (5 membres) seront élus par les 24 présidents régionaux de l’organisation et le reste (5 membres) le seront par les 18 fédérations professionnelles.

Après avoir adopté les rapports moral et financier les congressistes discuteront des différentes problématiques auxquelles sont confrontés les bureaux régionaux de l'UTICA.

À 18 heures, une deuxième séance sera tenue pour faire connaître les différents candidats au nouveau bureau exécutif national. A l’issue de cette séance l’opération de vote démarrera et les résultas seront ensuite annoncés vers minuit, sinon plus tard.

Plus tôt dans la journée, Wided Bouchamaoui, présidente de l'UTICA s'est retirée de la course à la présidence pour "des raisons personnelles" a-t-elle affirmé. Elle a réfuté d'éventuelles les pressions internes et externes dont elle aurait été sujette pour se désister.

Revenant sur ce congrès électif de l'UTICA, elle souhaite que "les politiciens s'éloignent de nous" ajoutant que "l'UTICA est unie" mais que "certains partis essayent de faire présenter des listes et faire porter des candidats".

Portée à la tête de l'UTICA depuis 2011, Wided Bouchamaoui quitte donc sa présidence 7 ans après. Elle a réussi à placer l'institution comme acteur incontournable après la révolution. Sa participation au Quartet du dialogue national lui a permis d'obtenir le prix Nobel de la Paix en 2015.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.