TUNISIE
17/01/2018 13h:18 CET

Pour cette spécialiste de la Tunisie, le gouvernement tunisien ne peut pas revenir sur la loi de Finances s'il veut garder le financement du FMI

La spécialiste de la Tunisie et du Moyen-Orient à la Fondation Carnegie Endowment for International Peace, Sarah Yerkes, est revenue dans une interview, sur les violentes protestations qu'a connu la Tunisie en ce début d'année.

Auteure de plusieurs analyses de la situation politique et socio-économique de la Tunisie, Sarah Yerkes a déclaré lors de cette interview, que les protestations sont dues à politique d'austérité menée par le gouvernement, laquelle découle de recommandations étrangères, notamment de la part du Fonds Monétaire International (FMI), ainsi que d'autres institutions donatrices.

"La frustration des Tunisiens a petit à petit évolué, avec la succession des difficultés économiques. Leur insatisfaction s'est accrue et l'application de ces nouvelles mesures de la loi de Finances 2018, leur a donné quelque chose de tangible pour protester" a-t-elle déclaré avant d'ajouter: "Ils descendent dans la rue parce que c'est ce qui a fonctionné pour eux en 2011. Ils ne pensent plus que le gouvernement soit en mesure de les aider".

À la question si oui ou non ces protestations pourraient être une menace pour le pouvoir en place, Sarah Yerkes estime que bien que les manifestations furent violentes, elles sont cependant restées relativement petites et éparpillées, et n'auraient donc pas pu constituer une menace pour le gouvernement.

Elle a par ailleurs souligné un usage de la force plus important que d'habitude de la part des forces de l'ordre, pointant du doigt un usage excessif du gaz lacrymogène et de la matraque. "Nous avons vu un recours à une force excessive de la part de la police, même dans le centre-ville" a-t-elle ajouté.

Sarah Yerkes a également dénoncé des arrestations arbitraires, auxquels de simples manifestants pacifiques n'ont pas échappé.

"Il faut aussi savoir que ces manifestations sont politisées, et surviennent à l'approche des élections municipales. Les Tunisiens n'ont pas adhéré aux affirmations de Youssef Chahed qui avait assuré que 2018 sera la dernière année difficile pour le pays. Et avec les appels à manifester de la part des partis d'opposition, le chef du gouvernement les a ouvertement accusé d'exploiter les manifestants pour servir leurs propres intérêts politiques" déclare Sarah Yerkes.

D'un autre côté, la politologue a estimé qu'en dépit de toutes ces protestations, le gouvernement ne peut pas abandonner la loi de Finances, ni même les mesures d'austérité venues dans ladite loi, s'il veut garder le financement du FMI.

"Ce que le gouvernement peut éventuellement essayer de faire, c'est de prendre certaines mesures à court terme, pour calmer la douleur des plus démunis. Il doit absolument arrêter d'avoir recours à la force, car cela ne fera qu'attiser les tensions et rajouter de l'huile sur le feu, ce qui pourrait se retourner contre lui sur le long terme".

Depuis plusieurs mois, la spécialiste de la Tunisie tente d'attirer l'attention du gouvernement américain sur l'évolution de la transition démocratique en Tunisie.

Ainsi, en juin 2017, Sarah Yerkes avait appelé l'administration américaine à soutenir davantage la Tunisie dans sa lutte contre le terrorisme.

Publié sur Carnegie Endowment for International Peace sous le titre "Nous avons besoin de la Tunisie pour combattre l'État Islamique", elle avait mis en garde contre l'impact de la réduction de l'aide américaine à la Tunisie qui pourrait s'avérer être "dangereuse", non seulement pour la Tunisie, mais aussi pour les Etats-unis.

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