TUNISIE
18/01/2018 05h:26 CET | Actualisé 18/01/2018 07h:10 CET

Mouvements sociaux en Tunisie: Le député français Jean-Luc Mélenchon salue le mouvement "fech nestanew"

Robert Pratta / Reuters
Jean-Luc Melenchon of the French far left Parti de Gauche and candidate for the 2017 French presidential election, attends a political rally in Dijon, April 18, 2017. REUTERS/Robert Pratta

Le député français Jean-Luc Mélenchon, fondateur du parti de gauche La France insoumise (FI) et actuel président de son groupe parlementaire à l'Assemblée nationale, s'est exprimé sur les récents soulèvements sociaux en Tunisie sur son blog L'ère du peuple, mardi 16 janvier.

S'affranchir d'un angle généralement "anxiogène" imposé par les médias étrangers

L'homme politique français, qui s'est montré touché par ces derniers événements, avait, en effet, joint son ami et camarade tunisien, Hamma Hammami - secrétaire général du Front Populaire - en Tunisie jeudi dernier, afin, notamment, de recueillir son analyse sur le sujet.

"J’avais besoin de ce contact pour avoir une évaluation aussi objective que possible", rapporte Jean-Luc Mélenchon.

Un rapprochement qui s'est révélé nécessaire, d'abord à cause de l'ampleur des manifestations qui ont rassemblé des milliers de personnes, ensuite pour s'affranchir de l'interprétation généralement exagérée des médias français face à de tels événements.

"L’information est arrivée sur nos médias sous l’angle habituel anxiogène sous lequel est traité toute révolution. On a d’abord entendu parler du mort et des blessés parmi les forces de l’ordre", explique-t-il. "J’ai compris entre les mots et les images que les manifestations sociales étaient puissantes, que le système en était déjà à tenter de démonétiser le mouvement à coup de provocations pour produire les images attendues d’un chaos attribuable à 'la rue' ".

Les échecs post-révolution

Concernant les sources des protestations, le fondateur de La France insoumise pointe du doigt le dénigrement de la question sociale, qui s'est paradoxalement renforcé après la révolution.

Il revient aussi sur l'échec des dernières interventions internationales - du FMI, de la Banque mondiale et du gouvernement français - sur l'économie locale. "Le PS (Parti Socialiste) français et son gouvernement soutenaient le gouvernement du PS tunisien alliés aux islamistes" pendant que les islamistes "tentaient de faire fuir les touristes pour prendre à la gorge les ressources du pays" poursuit-il en prenant l'exemple du musée du Bardo.

Dans cet article qu'il titre "Le pays où on demande 'qu’est ce qu’on attend ?' ", Jean-Luc Mélenchon rend hommage à la campagne protestataire "fech nestanew" ("qu’est ce qu’on attend?"), dont il salue l'efficacité, "un mot d’ordre simple et mobilisateur" qui traduit l'impatience de la population à propos des changements sociaux.

Revendiquer la poursuite d'une révolution inaboutie

L'espoir de changements sociaux est en effet resté inassouvi après la révolution, laissant la justice sociale au point mort puis dégradée par la dernière loi de finances de l'État, elle-même imposée par les contraintes du FMI en échange de ses prêts. "Bien que ces potions (NDLR: les actions du FMI) n’aient jamais guéri personne dans le monde, elles ont été appliquées une nouvelle fois sans états d’âme", s'indigne le député, réputé pour son franc-parler.

"Depuis l’intervention du FMI, non seulement rien ne s’arrange mais le niveau de vie se dégrade pour tous les secteurs de la société", a-t-il ajouté, déplorant l'augmentation de la TVA et la création de nouvelles taxes.

Seule la transition démocratique a porté ses fruits, marquée par l'adoption de la nouvelle constitution or "la révolution ne séparait pas les revendications démocratiques de celles pour plus de justice sociale", rappelle Jean-Luc Mélenchon, soutenant que les dernières manifestations ne sont pas symptomatiques d'une "contre-révolution" mais au contraire de la revendication de son prolongement.

Le soulèvement légitime et "majoritairement pacifique" d'une jeunesse "éduquée"

Visiblement séduit par le caractère spontané du mouvement "fech nestanew" qui fait, selon lui en effet, échos au mouvement de 2011, le politicien dépeint une vague sociale dynamique, une nouvelle fois portée par la jeunesse tunisienne indépendamment de toute force syndicale.

Le caractère "majoritairement pacifique" des actions menées par une jeunesse locale "éduquée, diplômée mais lourdement frappée par le chômage" est également mis en avant par ses propos.

"Plus d’un dénonce dans les violences nocturnes la main des organisateurs traditionnels du désordre dans de telles circonstances, ceux qui ont intérêt à discréditer le mouvement et à criminaliser les manifestants", rapporte Jean-Luc Mélenchon, déplorant la mort d'un manifestant à Tebourba le 9 janvier dernier.

La nécessité d'un moratoire sur la dette tunisienne

À la fin de son article, le politicien français affiche sans surprise, son ferme soutien au Front populaire tunisien et à son porte-parole, Hamma Hammami, affirmant que celui-ci "s’efforce d’offrir un débouché politique et une sortie de crise par le haut". Il réclame notamment la renégociation de la dette tunisienne, "premier poste de dépense du budget tunisien".

"Évidemment, une partie importante de cette dette est odieuse et illégitime puisqu’elle a servi à enrichir le clan Ben Ali lorsqu’il était au pouvoir", rappelle Jean-Luc Mélenchon.

Il ajoute d'autre part qu'en refusant d'annuler cette dette, "les pays européens ont une grande responsabilité dans les politiques d’austérité injustement infligées aux Tunisiens".

Dans l'élan de cette dénonciation des actions économiques européennes, il affirme sans détour que: "Les Européens, toujours riches en bonnes paroles, sont comme d’habitude férocement attachés à ne rien changer à leurs méthodes pourtant inefficaces et finalement ruineuses quand les États s’effondrent et que les cohues humaines commencent à se mettre sur le chemin de l’exil."

"Le moratoire sur la dette tunisienne coûtera infiniment moins cher que le prix du chaos auquel poussent les « économistes » européen et les autres larbins du lobby de la dette", conclut-il.

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