TUNISIE
17/01/2018 11h:14 CET | Actualisé 21/01/2018 09h:45 CET

Elle avait porté plainte contre Tariq Ramadan: La franco-tunisienne Henda Ayari revient sur son parcours et ses liens avec sa mère tunisienne sur Europe 1

JOEL SAGET via Getty Images
French writer and feminist activist Henda Ayari, poses during a photo session in Paris, on November 24, 2017.Muslim feminist activist Henda Ayari, told Le Parisien newspaper that she was raped violently by Islamic scholar Tariq Ramadan. / AFP PHOTO / JOEL SAGET / BLACK AND WHITE VERSION (Photo credit should read JOEL SAGET/AFP/Getty Images)

Henda Ayari est une franco-tunisienne qui était convertie au salafisme avant de devenir l'icône de la libération des femmes des jougs de la radicalisation religieuse. Son livre autobiographique "J'ai choisi d'être libre" est un témoignage poignant d'une radicalisation "ordinaire" de beaucoup de jeunes en France et ailleurs.

Elle raconte dans l'émission "Hondelatte raconte" sur les ondes de Europe 1, son itinéraire. Née en 1976 à Rouen, la jeune femme a des origines tunisiennes du côté de sa mère, originaire de la ville de Boumehal (banlieue sud de Tunis) plus précisément. C'est là-bas, en rentrant pour les vacances qu'elle a failli être mariée à un Tunisien, un mariage arrangé mais qu'espérait sa mère, qui était elle-même victime d'un mariage forcé. Elle s'est rétractée au dernier moment en préférant faire des études de psychologie à Rouen. Cet épisode n'est que le premier pas dans du gouffre dans lequel elle allait sombrer.

En entamant ses études, la jeune femme se lia d'amitié avec des amies très pieuses, l'une d'elles l'initiait aux préceptes du salafisme. Henda était une proie facile. Sa mère -divorcée- la blâmait tout le temps, lui prédisant un avenir "de débauchée ou de fille violée", la mettant en garde contre le fait de perdre sa virginité. C'est ainsi que Henda commence d'abord par mettre le voile, "pour rechercher son amour" a-t-elle affirmé.

"Ça été très dur pour elle de quitter sa Tunisie natale. Quand elle arrivé en France, c'était pour elle l'endroit où les gens n'étaient pas de son monde. La seule chose qu'elle voulait, c'était retourner dans son pays et me ramener avec elle. Et à cause de moi, elle a dû rester en France parce que mon père ne voulait pas que je retourne avec elle en Tunisie" raconte Henda Ayari.

Après une enfance difficile, elle commençait une vie d'adulte tumultueuse, tiraillée entre sa culture française et arabe. Née en France, sa mère lui rappelait qu'ils étaient des arabes. "Je cherchais mon identité", raconte-t-elle.

"L'islam m'offrait une famille, une communauté qui m'acceptait", contrairement à sa mère, explique-t-elle.

Henda va jusqu'au bout en acceptant de se marier avec un salafiste, qu'elle venait juste de connaitre. Elle appréciait son côté protecteur et surtout elle espérait fonder une famille pour "vivre en paix" et se débarrasser de la pression de sa mère.

La paix, tant espérée, elle s'éloignait au fil des années passées avec un mari chômeur, extrémiste et violent. Imprégnée des dogmes religieux, elle n'avait pas demandé le divorce, prenait son mal en patience, en vivant avec les aides sociales de la France.

Elle a eu trois enfants entre temps. La rupture avec son mari a eu lieu quand, ayant pitié de son beau-père, elle décida de l'inviter chez eux, contre l'avis de son époux en froid avec son père après la rupture de ses parents, et qui prenait le parti de sa mère. Son époux avait alors déserté le foyer conjugal. Henda, désormais seule, était la proie des "frères" salafistes dont l'un prétextant vouloir l'aider en l'absence de son mari voulait "plus si affinités". Dès lors, la jeune femme commençait à voir plus clair, indignée par l'obscénité qui se dissimule derrière cette louange de la vertu. Elle avait mis alors en place un stratagème pour fuir avec ses enfants et elle avait réussi à le faire.

"Aujourd'hui, je vis ma spiritualité encore plus intensément qu'avant parce que quelque part j'ai repris le contrôle de ma vie, de moi même, de mon esprit (...) je me considère maintenant libre", confie-t-elle.

En publiant son livre, Henda Ayari espère mettre en garde les jeunes comme elle qui, ayant des failles affectives, peuvent dériver facilement vers le salafisme, la drogue ou les sectes, alerte-t-elle.

Elle a aussi fondé l'association "Libératrices" pour accompagner des femmes radicalisées et qui ne veulent pas se diriger vers les associations ou les institutions françaises pour demander de l'aide.

Henda Ayari a été élue parmi les 11 femmes les plus puissantes de l'année selon le magazine américain le "New York Times". Ce choix revient, en effet, à sa mobilisation pour dénoncer le harcèlement sexuel. Inspirée par la campagne du #MeToo, Henda Ayari s'est attaqué au célèbre islamologue Tariq Ramadan et l'accusant de viol.

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