MAROC
16/01/2018 13h:14 CET

À Tendrara, les habitants revendiquent la libération des manifestants détenus (TÉMOIGNAGE)

Tendrara/Facebook

FIGUIG - Depuis jeudi dernier, Tendrara peine à retrouver son calme. Le décès d’un élève percuté par un camion près du souk hebdomadaire, et l’arrestation de jeunes ayant manifesté leur colère contre le retard pris par les secours, ont définitivement marqué cette commune rurale de Figuig. C'est du moins la profonde conviction de certains jeunes à Tendrara: "Ici, c’est un Hirak qui commence à se faire sentir. Le climat de tension est monté d’un cran depuis jeudi", témoigne au HuffPost Maroc un jeune de Tendrara. Préférant garder l’anonymat, il confie que la tension qui envahit la petite localité a soulevé un vent de colère et de panique.

"La manifestation du jeudi a été spontanée, suscitée par l’accident mortel. Mais la présence massive des forces de l’ordre a eu pour effet de la transformer en affrontement. Sept jeunes de 18 à 29 ans, notamment ceux qui tentaient d’encadrer la manifestation, ont été interpellés. Ils ont été présentés en état de détention provisoire au parquet, hier après-midi, et une nouvelle audience est prévue jeudi. Nous ne savons pas si des charges seront retenues contre eux", raconte-t-il. Et d’estimer que la tension a été en grande partie nourrie par le maintien d'"une présence imposante des forces de l’ordre et par ces détentions".

Lundi, toute la commune a décrété une grève au cours de laquelle s’est arrêtée toute activité (taxis, commerces), selon cet habitant. Les autorités locales ont alors tenté d’apaiser cette tension en invitant les représentants des habitants au dialogue. "Les conseillers de la commune rurale et le président du conseil provincial se sont réunis avec un comité d’habitants qui compte aussi des parents de jeunes détenus suite à la manifestation", indique notre source qui était présente à cette réunion.

Les autorités locales ont écouté les revendications des habitants et promis d’y donner suite. "Elles ont ainsi levé l’état de siège qui commençait à peser sur les esprits à Tendrara", précise ce jeune. Quant aux revendications des habitants, dont la première est la libération des détenus, les habitants devront prendre leur mal en patience.

"Ce qui est certain, aujourd’hui, c’est que les habitants ne veulent plus vivre dans la marginalité. Les conditions les plus fondamentales de la dignité humaine sont absentes dans cette commune", confie ce jeune, précisant que l’attente des habitants "a dépassé le stade du tolérable". "Nous n’avons aucun médecin ici. Nous revendiquons notre droit de disposer d’une unité médicale opérationnelle dotée d’équipements de première nécessité", explique-t-il. Et d’ajouter que les jeunes souffrent, dans leur grande majorité, du chômage. "Aucune usine, pas de projets socio-économiques de développement. Nous sommes presque tous au chômage malgré nos diplômes", regrette ce jeune qui a intégré une association réunissant diplômés chômeurs pour revendiquer unanimement le droit au travail et chercher des alternatives.

Et les revendications des habitants de Tendrara ne s'arrêtent pas là: des écoles à proximité et des moyens de transports sont ainsi réclamés. Une jeune militante associative a confié au HuffPost Maroc que les habitants de la commune passent parfois des journées à attendre des autocars qui ne s’arrêtent que rarement. "Cette commune est un simple passage où les moyens de transport n’ont aucune obligation de s’arrêter", dit-elle avec amertume.

Pourtant, à en croire ce représentant des habitants, ce problème de transport devait être résolu. "Il y a près de deux ans, par la voie d'un accord, les autorités locales et provinciales avaient promis de régler le problème. Mais rien n’a été fait à ce jour", déplore-t-il. Et de préciser que le président du conseil provincial de Figuig s’est engagé auprès des habitants de Tendrara à ce que les revendications des habitants et leurs besoins fassent l’objet d’une réunion élargie avec les élus et en présence du président de la région en vue d'aboutir à des solutions. "Nous attendons que cela aboutisse à du concret!", prévient-il.

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