MAROC
16/01/2018 09h:41 CET

Projet de loi français "asile et immigration": "Je défends l'humanité de chacun", invoque Leila Slimani

Youtube / Regards

MIGRATION - Après sa tribune "un porc, tu nais ?" dans Libération, défendant le droit en tant que femmes de ne pas être importunées, mais aussi en tant qu'hommes de ne pas être rangé de facto comme un prédateur sexuel, la romancière franco-marocaine se livre, face à la caméra de #LaMidinale, dans un entretien avec le média Regards, pour revenir sur la désormais célèbre tribune des 100 femmes du journal Le Monde, mais aussi débattre d'autres sujets de société, et notamment du projet de loi polémique "asile et immigration", défendu par le gouvernement français pour contrôler les flux migratoires.

Interrogée sur la manière dont elle se situe, en tant qu'intellectuelle et romancière, dans ce débat qui divise la France, l'auteure regrette la façon le sujet de la migration est abordé et appelle à lutter en choisissant les bons mots, avec davantage d'humanité. "Cette façon de parler de la politique migratoire avec une grande froideur, avec un pragmatisme, en ne parlant que de chiffres, ça déshumanise les gens", défend-elle.

"C’est là où les mots sont très importants: remettre des mots, de la poésie, c’est remettre de l’individu, et c’est rappeler que se sont des âmes, des corps, des gens qui ont une histoire, qui ont des parents et qu’on ne pourra jamais, qu’on le veuille ou non, faire cette espèce de distinction entre des migrants économiques - qui viennent en fuyant la misère et seraient des sous-migrants - et les autres migrants qui fuient des situations terribles, politiques, la guerre, les viols, etc.", poursuit Leila Slimani.

"Le fait qu’ils soient des humains, le fait même qu’ils parcourent des distances pareilles, qu’ils meurent et qu’ils soient prêts à mourir fait qu’on ne peut pas les regarder avec une telle simplicité. Donc l’intellectuel doit ramener de la complexité et de l’humanité dans ce débat", ajoute l'auteure et représentante personnelle d'Emmanuel Macron pour la francophonie.

Un titre qui ne l'empêche pas d'exprimer son désaccord avec "la politique d'efficacité et de fermeté" promise par le chef d'État français, regrettant "une politique de gestion". "Je ne pense pas qu'en tant qu'être humain, il ait dans le fond une vision, je l'espère en tout cas, aussi gestionnaire de la chose", dit-elle du président français confronté à la question migratoire. "C'est pour cela que les intellectuels ne doivent pas se taire pour ramener le contrepoids, et pour rappeler qu'on ne pourra jamais traiter les gens comme ça", invoque-t-elle encore. Leila Slimani conclut en se disant "évidemment vigilante" quant à ce projet de loi pour lequel elle fera entendre sa voix "avec beaucoup de calme et de respect". "Je ne maîtrise pas tout et je ne ferai jamais comme si j'étais une spécialiste du sujet. Ce que je défends, c'est l'humanité de chacun".

LIRE AUSSI: