TUNISIE
14/01/2018 10h:28 CET | Actualisé 14/01/2018 10h:29 CET

Tunisie: Le 7eme anniversaire de la révolution entre célébrations et grogne sociale

ANIS MILI via Getty Images
Tunisian workers shout slogans against the government in front of the Tunisian General Labour Union (UGTT) headquarters in Tunis as they mark the seventh anniversary since the uprising that launched the Arab Spring, on January 14, 2018. / AFP PHOTO / Anis MILI (Photo credit should read ANIS MILI/AFP/Getty Images)

La Tunisie marque ce dimanche 14 janvier 2018 le 7e anniversaire de sa révolution dans un contexte de vive tension sociale, comme en témoignent de récents troubles, en raison de la persistance des mêmes maux -pauvreté, chômage, corruption- à l'origine de la chute de la dictature.

Plusieurs manifestations à l'appel de partis et de syndicats sont prévues pour marquer l'anniversaire du soulèvement qui provoqua la chute de Zine el Abidine Ben Ali après 23 ans de règne sans partage et fut le point de départ des révoltes arabes.

En milieu de matinée, sous un important dispositif de sécurité, des centaines de partisans du mouvement Ennahdha se trouvaient déjà sur l'avenue Habib Bourguiba, épicentre de la contestation de janvier 2011, a constaté une journaliste de l'AFP. Un groupe de musique donnait une atmosphère de fête sur l'artère, ornée pour l'occasion de drapeaux tunisiens.

Cet esprit festif promettait toutefois d'être grandement éclipsé par la grogne sociale qui frappe plus que jamais l'ultime pays rescapé du Printemps arabe.

Sept ans après le départ de Ben Ali, qui vit en exil en Arabie saoudite, nombre de Tunisiens estiment avoir gagné en liberté mais perdu en niveau de vie.

Malgré le succès relatif de sa transition démocratique, la Tunisie ne parvient pas, en effet, à s'extirper de la morosité économique et sociale. Au cours de la semaine écoulée, des manifestations pacifiques et des émeutes nocturnes ont secoué plusieurs villes.

'Couffin vide'

Alimentée par un chômage persistant, la grogne sociale a été exacerbée par des hausses d'impôts prévus dans le budget 2018, grignotant un pouvoir d'achat par ailleurs éprouvé par une inflation en hausse (plus de 6% fin 2017).

Les protestataires réclament la révision du budget voté en décembre, mais aussi une lutte plus efficace contre la corruption, autre mal qui perdure.

Devant le siège du puissant syndicat UGTT à la Place Mohamed Ali, un millier de personnes commençaient à exprimer dimanche matin ce vif mécontentement, à l'image de Foued El Arbi, brandissant un couffin vide avec la mention "2018".

"Ce couffin vide résume notre situation médiocre sept ans après la révolution", a fustigé ce professeur de philosophie.

Dans son allocution ce grand rassemblement des syndicalistes, le secrétaire général de la centrale syndicale, Noureddine Taboubi, a souligné que les revendications formulées lors de la révolution de 2011 sont encore d'actualité. Il a affirmé que l'organisation syndicale comprend la colère populaire et oeuvre à la mise en place de nouvelles mesures capables d'améliorer la situation telles que l’augmentation des allocations accordées aux familles défavorisées, l’augmentation du SMIC, la révision du système de compensation et la mise en place d’une Loi de finances complémentaire.

L'UGTT a appelé, par ailleurs, à une marche en centre-ville, tout comme le Front populaire (opposition). Des centaines de manifestants du Front se sont, ainsi, rassemblés à l'avenue Habib Bourguiba. Placée sous le signe, "la Tunisie récupère sa révolution", cette marche nationale a été marquée notamment par la présence de différentes figures emblématiques du Front comme Hamma Hammami, Mongi Rahoui et Mbarka Brahmi.

Le président Béji Caïd Essebsi a, lui, décidé de marquer l'évènement en se rendant au même moment dans le quartier populaire d'Ettadhamen, en banlieue de Tunis, où des heurts nocturnes ont opposé des jeunes contestataires aux forces de sécurité au cours de la semaine écoulée, et ce pour inaugurer une maison de jeunes.

'Libres, mais affamés'

La révolution tunisienne avait été déclenchée par l'immolation par le feu le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid -une ville dans l'arrière pays déshérité- du vendeur ambulant Mohamed Bouazizi, excédé par la pauvreté et les humiliations policières. Sous la pression populaire, le président Ben Ali avait pris la fuite le 14 janvier. Ce soulèvement a fait 338 morts.

Pour la politologue Olfa Lamloum, les troubles sociaux des derniers jours "révèlent une colère portée par les mêmes (personnes) qui s'étaient mobilisés en 2011 et n'ont rien obtenu".

"Cela fait sept ans qu'on ne voit rien venir. On a eu la liberté, c'est vrai, mais nous sommes plus affamés qu'avant", a résumé à l'AFP Walid, un chômeur de 38 ans rencontré à Tebourba, près de Tunis, un des fiefs de la contestation actuelle.

Le mouvement social a été lancée début janvier à l'appel de "Fech Nestannew" ("Qu'est-ce qu'on attend?"), dont les instigateurs, issus de la société civile, réclament davantage de justice sociale, en réaction aux hausses d'impôts décidées dans le cadre du nouveau budget

En difficulté financière, notamment après la crise du secteur touristique liée à une série d'attentats jihadistes en 2015, la Tunisie a obtenu en 2016 un prêt de 2,4 milliards d'euros sur quatre ans du Fonds monétaire international (FMI). En échange, elle s'est engagée à une réduction de son déficit public et à des réformes économiques.

Le président Essebsi, qui a rencontré samedi les responsables des partis au pouvoir, du patronat et de l'UGTT, a reconnu que le climat social et le climat politique n'étaient "pas bons".

En soirée, le gouvernement a promis un plan d'action qui doit toucher plus de 120.000 bénéficiaires. Il coûtera plus de 70 millions de dinars (23,5 millions d'euros), a indiqué le ministre des Affaires sociales, Mohamed Trabelsi.

Il prévoit une aide à l'accès à la propriété pour les familles pauvres, des mesures visant à assurer "une couverture médicale pour tous", et une augmentation de l'allocation sociale en faveur des familles nécessiteuses, qui passera de 150 dinars (50 euros) à 180 et 210 dinars (60 et 70 euros) en fonction du nombre d'enfants, soit une augmentation d'au moins 20%.

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