MAROC
10/01/2018 14h:16 CET

Sit-in sur le chantier du barrage Toudgha: Les manifestants ne comptent pas baisser les bras

Tinghir press

CONFLIT SOCIAL - "Nous continuerons notre sit-in coûte que coûte!". Le président de l’Association Irhalen à Tinghir, Zaid Takrouit, s’insurge contre l’expulsion par la force des manifestants qui observaient, depuis le 15 novembre, un sit-in sur le chantier de la construction du barrage Toudgha dans la localité de Tamtatouchte.

Ce mercredi matin, la préfecture de la province de Tinghir a en effet mis en exécution sa mise en garde publiée hier par la voie d’un communiqué. Dans ce dernier, elle a prévenu que les autorités locales "seront contraintes de recourir à la force publique", conformément à ce que prévoit la loi. Sur ordre du parquet donc, les habitants de la région qui bloquaient la construction du barrage Toudgha devaient être forcés de quitter les lieux aujourd’hui. "Ils sont arrivés en force, très tôt ce matin, et ils ont commencé à expulser les grévistes, femmes, hommes, enfants, sans ménagement aucun", fustige Zaid Takrouit.

Acteur associatif et syndical, ce dernier affirme que les manifestants, qui seraient au nombre de plusieurs centaines, ne tarderont pas à retourner sur les lieux. "Nous campons sur notre position et la force ne nous fera pas changer d’avis", assure-t-il.

11 manifestants arrêtés

11 manifestants ont été arrêtés et seront déférés devant la justice, pour refus d’obtempérer malgré les avertissements, précise la préfecture dans un autre communiqué publié ce mercredi. Des sources locales ont estimé, pour leur part, que le nombre des arrestations est de 13 personnes, dont une femme, alors que 10 autres auraient été transportées à l’hôpital.

A la section locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Tinghir, la situation est qualifiée de "préoccupante". "Une trentaine de véhicules ont investi les lieux et les forces de l’ordre ont encerclé toute la zone", déclare au HuffPost Maroc le président de la section locale de l’AMDH, Tantaoui El Adnani. Et de préciser que les forces de l’ordre n’ont pas encore quitté les lieux (à l'heure de l'écriture de ces lignes).

"Les habitants de Tamtatouchte ont des revendications qui nous semblent tout à fait légitimes. Ils veulent être indemnisés pour la perte de leur propriété (dédiée au pâturage des troupeaux de moutons) avalée par le projet du barrage", explique ce responsable, soulignant que "les habitants ne se sont jamais opposés au projet".

Plusieurs tentatives de désamorcer cette crise n’ont pas abouti. Les autorités préfectorales se sont réunies avec les manifestants pour ouvrir un dialogue à l’initiative du gouverneur. "Un accord a été conclu et consigné dans un PV daté du 23 décembre dernier", indique la préfecture, précisant que cet accord a été scellé par les autorités territoriales avec "l’ensemble des parties dont les élus, les organisations de la société civile et les représentants des protestataires". Sauf que ces derniers ne représentaient apparemment pas l’unanimité puisque certains d’entre eux "ont rejeté tous les canaux du dialogue et persistent à entraver injustement les travaux du barrage Toudgha", souligne la préfecture.

"En fait, certains habitants de Tamtatouchte ont bien été indemnisés. Une commission centrale de Rabat était venue à Tinghir où elle a tenu des réunions avec les autorités territoriales. C’est là où une liste des personnes devant être indemnisées a été dressée. Ceux qui manifestent aujourd’hui n’ont pas été concernés par cette liste pour des raisons que nous ignorons", explique Tantaoui El Adnani. Et de préciser que ces manifestants représentent presque un quart des habitants de ce village.

Une indemnisation trop faible pour les manifestants

L’offre des autorités locales aurait déplu aux manifestants. Selon le président de la section locale de l’AMDH, on leur a offert "7 dirhams pour le mètre carré", alors que les premiers indemnisés avaient eu droit à plus, environ 50 dirhams.

La préfecture a tenu à rappeler, dans son communiqué, que le projet du barrage dont les travaux sont bloqués par le sit-in représente "une revendication de l'ensemble de la province compte tenu de la sécheresse et du besoin en eau que connaissent plusieurs régions et du rôle de ce projet dans la prévention des inondations".

Si les manifestants reconduisent leur sit-in, la préfecture devra trouver des solutions. Le HuffPost Maroc a essayé de joindre le gouverneur de Tinghir à plusieurs reprises pour connaître les mesures qu’il compte prendre, mais on nous a affirmé, à la préfecture, qu’il était en réunion.

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