MAROC
09/01/2018 12h:39 CET

Le Boultek célèbre le nouvel an amazigh avec la diva du Moyen-Atlas, Hadda Ouakki

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Hadda Ouakki, la diva de la musique amazighe

CONCERT - Si pour beaucoup de Marocains la nouvelle année a déjà démarré, elle n’a, pour d’autres, pas encore commencé. Ce n’est en effet que le 13 janvier que la population amazighe fêtera le nouvel an.

À cette occasion, le centre Boultek de musiques actuelles, en partenariat avec l’ONG amazighe Tamaynut, accueillera l’année 2968 au Technopark de Casablanca le 12 janvier, en musique et en cuisine.

Alors que les célébrations du nouvel an amazigh sont traditionnellement plus présentes dans des régions du sud comme Agadir, le Boultek a souhaité mettre en avant cette fête peu médiatisée. "Les festivités n’ont pas un écho national", explique au HuffPost Maroc Hicham Bahou, co-fondateur du Boultek. “Nous organisons cette soirée pour marquer une part importante de la culture populaire marocaine qui a longtemps été mal assumée”.

Direction le Moyen-Altas

Le Boultek a donc essayé de recréer les fêtes traditionnelles amazighes dans les règles de l’art. Tapis berbères, poufs marocains... Les participants peuvent s’attendre à se retrouver, le temps d’une soirée, au coeur du Moyen-Atlas. Après une première édition en 2017 avec la troupe Inouraz, le Boultek revient cette fois-ci avec un programme varié.

“Nous voulons profiter de l’occasion du nouvel an pour proposer au public une programmation d'artistes qui restent encore cantonnés à un circuit plutôt communautaire”, explique Hicham Bahou. “Nous considérons ces artistes comme porteurs d'un patrimoine très important qu'il est urgent de préserver et de transmettre aux jeunes générations urbaines”, signale-t-il.

La soirée débutera avec le DJ casablancais Abderrahman Hafid, connu sous le nom de Mr. ID, qui aime mélanger la house et la techno à de la musique populaire avec des sonorités venues du Souss, d’Ahouache, mais aussi du chaâbi ou de la musique gnaoua.

Les participants auront ensuite l’occasion de découvrir le groupe de chanson folk amazighe “Amawas et Artuf”, avant d’accueillir la diva de la chanson amazighe Hadda Ouakki, accompagnée du chanteur Abdellah Zaharaoui.

Avec sa voix puissante et ses textes qui parlent d’amour, de vie et de rêves amazighs, Hadda est devenue, depuis les années 60, une icône de la musique du Moyen-Atlas. Le chemin de “l’Oum Keltoum des Imazighen” a pourtant été semé d’embûches, comme nous l'explique Mohammed Daghur, ancien président de Tamaynut et producteur amazigh.

“Elle voulait s’émanciper et chantait devant des hommes, pendant des soirées arrosées”, raconte-t-il. “Ce n’était pas évident pour une femme de le faire durant ces années-là, surtout avec le poids des traditions dans les zaouias berbères”, explique le producteur.

Véritable avant-gardiste, Hadda a dû fuir son village d’Aït Ishaq, pour être libre et poursuivre sa passion de la musique à Meknès, puis à Casablanca où elle a résidé pendant des années.

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L’Idosgass ne se fête pas sans une traditionnelle tagoula, une spécialité culinaire berbère à base de semoule de blé dur, d’orge ou de maïs servie avec de l’huile d’argan, du miel et du beurre. Les participants de la soirée du Boultek pourront découvrir la gastronomie berbère en se régalant de tagoula mais aussi de berkoukes, un plat préparé à base de légumes et de pâtes en forme de grains.

Plusieurs objets, accessoires et bijoux berbères seront également vendus durant la soirée pour les participants qui voudraient afficher fièrement leur “amazighité” de sang ou de coeur.

Aux origines du nouvel an amazigh

Le nouvel an amazigh correspond à l’intronisation, 950 ans avant J.-C, de Chichong, un jeune soldat originaire d’une tribu amazighe de Libye qui a pu mettre fin aux persécutions des pharaons sur les peuples amazighs et d’Afrique du Nord en général, nous raconte Mohammed Daghur. Cette ascension au trône a marqué le début de 400 ans de règne des Amazighs en Égypte ancienne.

L’Idosgass, ou nouvel an en amazigh, représente également une célébration des richesses de la terre puisqu’il marque le début de l’année agricole, explique Daghur. Selon le producteur, ce serait une des raisons pour laquelle le gouvernement devrait reconnaître le nouvel an amazigh comme fête nationale et jour férié pour les Marocains.

“Cela fait 50 ans qu’on essaie d’officialiser notre jour de l’an”, se désole-t-il, rappelant l'officialisation en 2018 de ce jour an Algérie. “Mais une célébration nationale ne serait rien sans de véritables efforts de reconnaissance du patrimoine amazigh notamment dans les manuels d’histoire, qui rapportent souvent des faits erronés sur les Berbères”, déplore-t-il. Une situation qui a, selon lui, entraîné un manque de sentiment de fierté et d’appartenance à la population amazighe chez les Marocains.

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