MAROC
09/01/2018 13h:21 CET

Les Moulins du Maghreb: 100 ans et pas une seule ride

DR

SAGA - Très peu d'entreprises marocaines peuvent se targuer d'avoir atteint le siècle d'existence. La Société nouvelle des Moulins du Maghreb (SNMM) en fait partie. Véritable fleuron de l'industrie meunière, le doyen des minotiers marocains fête cette année son centenaire. Et comme tout vétéran qui se respecte, SNMM s'enorgueillit de nombreux faits d'armes qui remontent, pour certains, au début du protectorat français au Maroc.

Derb El Kébir au lendemain de la Première Guerre mondiale

Fondé en 1918 dans la rue de la Garonne en plein milieu du quartier prolétaire de Derb El Kébir, le premier moulin industriel d'Afrique avait coûté la bagatelle de 6,5 millions de francs de l'époque. L'entreprise portait alors le nom de Société des Moulins du Maghreb et était filiale des Grands Moulins de Paris dont le siège social se trouvait sur le prestigieux boulevard Saint-Germain de la capitale française.

La mission était claire: réussir à combler les besoins de la Zone Nord du Royaume, réputée être la plus densément peuplée. Les locaux de compagnie seront d'ailleurs le témoin privilégié du boom urbanistique de Casablanca. Désertique à ses débuts, le voisinage du moulin connaît en effet, en l’espace de quelques années, la floraison de quartiers et de zones urbaines composant l’actuel arrondissement d’El Fida. "Si vous remarquez actuellement l'emplacement de SNMM, vous vous rendez compte que tout s'est créé autour du moulin, de la halle aux grains (rehba) aux divers commerces", indique Chakib Alj, PDG du groupe Moulins du Maghreb contacté par le HuffPost Maroc.

Un diplôme d'honneur signé par le général Lyautey

Quelques années plus tard, les machines tournent à plein régime et l'activité de transformation des produits céréaliers est boostée par la croissance agricole que connaît le Maroc. Le moment idoine de lancer sur le marché (dès 1927) la célèbre marque de blé tendre, le "Cheval", symbole de fidélité et de noblesse, explique-t-on au niveau du groupe. Le moulin de Casablanca se distingue également lors d'événements. C'est ainsi qu'il décroche en 1931 un diplôme d'honneur, signé par le général Lyautey lors d'une exposition coloniale.

moulins du maghreb

Le minotier continuera ainsi sur sa lancée pendant de longues années en développant son activité puisqu'il acquiert en 1951 un moulin à Berrechid. Il faut attendre 1969 pour que l'entreprise assiste à un revirement majeur: un changement d'actionnariat en faveur de la famille Alj qui rachète l'activité à BNP Paribas et la rebaptise "Société nouvelle des Moulins du Maghreb".

La farine marocaine exportée à... Cuba

Un gros travail est alors opéré par Alj père puis par son fils, Chakib, qui reprend les commandes. Ce dernier tentera même de se diversifier à l'international et enclenche une activité exportatrice dans les années 1990 et début des années 2000. SNMM couvre alors les marchés algérien, libyen et d'autres pays d'Afrique. La farine marocaine atteint même Cuba. Pourtant, ces échanges, qui enregistraient jusqu'à 14.000 tonnes d'exportations par mois au plus fort de la dynamique, cessent brutalement en 2003. "Nous avons été contraints de nous retirer suite à l'installation de moulins dans les pays qu'on adressait", précise Chakib Alj. Le groupe sort également de la Libye à cause des tensions que connaît la région et des problèmes de paiements qui en découlent

Aujourd’hui et au bout d’un siècle de progression, la SNMM se positionne parmi les plus importantes minoteries à l’échelle continentale avec ses moulins opérationnels 24h/24 et 7j/7, et une capacité totale de production de 6.500 quintaux (qx) par jour répartis entre ses trois unités. La première a été créée en 1981 et dispose d'une capacité d’écrasement de 1.500 qx par jour de blé tendre. Elle est destinée exclusivement à la fabrication de la farine boulangère. Les deux autres unités, également sur le site de Casablanca, ont une capacité d'écrasement de 3.000 et 2.000 qx de blé tendre par jour.

Bimo, Paul, Mc Donald's, ou encore le Relais de Paris comme clients

Le groupe peut également compter sur 3 autres installations à Berrechid, Meknès et Bouznika. "Nous avons racheté l'usine de Berrechid en 1951 et celle de Meknès en 2015 et nous avons créé celle de Bouznika en 2005", souligne le patron du groupe qui ajoute que ces acquisitions ont permis aux Moulins du Maghreb de couvrir stratégiquement des zones à port potentiel agricole et à fort potentiel de consommation. Fruits de partenariats entre le groupe Alj et d'autres investisseurs, ces unités commercialisent d'autres marques (Gato, Mouli) et écrasent essentiellement du blé tendre, mis à part une meunerie à Bouznika spécialisée dans le blé dur avec une capacité de 2.500 qx par jour.

Bénéficiant de l’expertise de sa société sœur Gromic, spécialisée dans l’importation et la commercialisation des céréales depuis 1993, la SNMM produit et commercialise une gamme variée de farines principalement utilisées dans l'industrie de la boulangerie. Un domaine que le groupe maîtrise à la perfection, ce qui lui a valu la confiance de nombreux grands noms du secteur. SNMM compte en effet parmi ses clients Mondelez Maroc (Bimo), Maroc Buns Industrie (Mc Donald's), Sawamag (Endomi), Delis (Paul), Atelier Gourmand, Antouki, KFC, Reda Food ou encore Le Relais de Paris.

Le secteur de la minoterie au creux de la vague

Couvrant l’ensemble du territoire national, avec une capacité de livraison dans toutes les régions du pays, la SNMM dispose de sa propre flotte de camions. Et histoire d'apporter un nouveau gage de sérieux, les Moulins du Maghreb sont certifiés depuis 10 ans à la norme ISO 9001 dans toutes ses versions, en plus de l'agrément de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA).

Une diversification qui permet aux Moulins du Maghreb de revendiquer près de 10% des parts de marchés dans un environnement comptant plus de 130 moulins... qui ne sont pas tous structurés. "Le secteur de la minoterie passe par un creux depuis 5 ans déjà. Nous bataillons pour essayer de tirer le secteur vers le haut, mais cela ne pourra pas se faire tant que la farine nationale est subventionnée", déplore Chakib Alj, également président de la Fédération nationale de la minoterie. À l'en croire, la configuration actuelle a poussé certains opérateurs à s'appuyer uniquement sur la farine nationale qui représente pour certains d'entre eux 50% ; voire 80% de leur activité. "Comment voulez-vous qu'un minotier soit concurrentiel s'il n'a pas investi depuis 30 ans? Privés de la farine nationale, ils sauront plus travailler."

LIRE AUSSI: