ALGÉRIE
08/01/2018 12h:11 CET | Actualisé 08/01/2018 12h:11 CET

Plus de 200.000 Salvadoriens menacés d'expulsion des Etats-Unis

Kevin Lamarque / Reuters
U.S. President Donald Trump speaks as he departs for Camp David from the White House in Washington, U.S., January 5, 2018. REUTERS/Kevin Lamarque

Le ministère de la Sécurité intérieure (DHS) doit annoncer lundi la suppression d'un statut spécial qui protège de l'expulsion plus de 200.000 Salvadoriens résidants illégalement aux Etats-Unis, un nouveau signe du durcissement de la politique migratoire américaine.

Ce statut de protection temporaire (TPS) est destiné aux réfugiés qui ne peuvent rentrer dans leur pays en raison de conflits armés, de catastrophes naturelles ou d'autres conditions temporaires extraordinaires. Il avait été instauré en mars 2001 pour le Salvador après deux tremblements de terre dévastateurs qui avaient fait plus de 3.000 morts. Les Salvadoriens représentent actuellement près de 60% des bénéficiaires du TPS, qui permet de travailler légalement mais sans recevoir certaines allocations.

L'administration Trump qui a déjà annoncé l'abrogation du TPS pour près de 60.000 Haïtiens, plus de 5.000 Nicaraguayens et un millier de Soudanais, estimant que les "conditions extraordinaires mais temporaires (...) n'existaient plus" pour eux.

Le dispositif a toutefois été prolongé jusqu'en juillet pour 57.000 Honduriens, alors que le pays est depuis plusieurs mois en proie à des violences après la réélection contestée du président Juan Orlando Hernandez.

Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson avait estimé en novembre que plus de 300.000 migrants d'Haïti et d'Amérique centrale ne devraient plus bénéficier de ce statut spécial, ouvrant ainsi la porte à leur expulsion.

Selon le Washington Post, les Salvadoriens bénéficiaires du TPS auront jusqu'en septembre 2019 pour quitter le territoire ou trouver d'autre moyen d'obtenir un permis de résidence. Le DHS doit annoncer officiellement sa décision lundi dans la journée.

"C'est une décision dégoûtante qui va briser des milliers de familles", a réagi Joe Crowley, élu démocrate de New York qui accueille une importante communauté.

Selon le Centre d'études des migrations, le Salvadoriens sont bien intégrés avec un taux d'emploi de 88%, et résident en majorité en Californie (25%) et autour de la capitale fédérale (20%).

Système 'laxiste'

En décembre, le sénateur démocrate du Maryland Ben Cardin s'est inquiété des effets dévastateurs de la mesure sur les expulsés et sur le Salvador, en proie à une criminalité généralisée avec notamment le groupe ultraviolent MS-13 et à la pauvreté, ainsi que sur leur famille alors que plus de 190.000 enfants de bénéficiaires du TPS ont la nationalité américaine.

"Depuis près d'une décennie, le Salvador connaît l'un des pires taux d'homicide par habitant au monde", a-t-il écrit dans une lettre au DHS. Il a également mis en doute "la capacité du gouvernement salvadorien à recevoir près de 200.000 ressortissants".

Selon lui, cette vague d'expulsion "pourrait faire empirer des conditions déjà précaires dans le pays et faire augmenter les pressions vers l'émigration".

La lutte contre l'immigration clandestine et l'expulsion des résidents illégaux est l'un des chevaux de bataille de Donald Trump, qui veut réformer un système "laxiste" permettant "à beaucoup trop de gens dangereux" de rentrer aux Etats-Unis.

Dès son entrée en fonction, en janvier 2016, il a signé un décret migratoire qui interdit de façon permanente le franchissement des frontières américaines aux ressortissants de sept pays en majorité musulmans (Yémen, Syrie, Libye, Iran, Somalie, Corée du Nord et Tchad).

Ce décret a fait l'objet d'une intense bataille judiciaire, ses détracteurs dénonçant un ciblage discriminatoire de dizaines de millions de musulmans.

Puis il a mis dans la balance le sort de 690.000 jeunes arrivés clandestinement alors qu'ils étaient enfants, qui ont obtenu de l'administration Obama un permis de travail et une garantie qu'ils ne seraient pas expulsés. Donald Trump espère monnayer le maintien de ce programme avec l'oppostion démocrate en échange du financement de son projet de mur à la frontière du Mexique.

Après l'attentat de New York perpétré par un Ouzbek le 31 octobre, il a annoncé la fin du "Programme de loterie de visas de diversité", un tirage au sort qui offre chaque année un permis de résidence (carte verte) à 50.000 étrangers.

Il veut également mettre un terme au système de regroupement familial, appelé "migrations en chaîne" par les conservateurs anti-immigration.

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