MAROC
06/01/2018 06h:57 CET

Pour la première fois, des startups marocaines participent au CES de Las Vegas

Gary Shapiro, president and CEO of the Consumer Technology Association speaks before the Nvidia keynote address at CES in Las Vegas, January 4, 2017.  REUTERS/Rick Wilking
Steve Marcus / Reuters
Gary Shapiro, president and CEO of the Consumer Technology Association speaks before the Nvidia keynote address at CES in Las Vegas, January 4, 2017. REUTERS/Rick Wilking

INNOVATION - L'événement est à marquer d'une pierre blanche. Pour la toute première fois, des startups marocaines participeront au fameux Consumer Electronic Show (CES), dont la 51e édition se tiendra du 9 au 12 janvier 2018 à Las Vegas. Rendez-vous annuel incontournable des constructeurs en nouvelles technologies, le CES accueille grands groupes et startups qui rivalisent d'ingéniosité pour présenter leurs réalisations. Le salon a de tout temps été le lieu où ont été dévoilées de nombreuses innovations majeures du siècle, de la première caméra (1981) aux montres connectées, en passant par le Blu-ray ou les consoles de jeux.

First in Africa

"Non seulement le Maroc participera pour la première fois à cet événement, mais c'est également la première fois qu'un pays africain y est représenté. C'est dire l'importance de notre participation", annonce avec fierté au HuffPost Maroc Saïd Benhajjou, président du Cluster électronique, mécatronique et mécanique du Maroc (CE3M). Car il faut dire que le Maroc, et le continent africain de manière générale, n'est pas perçu dans la carte mondiale comme un pays d'innovation technologique, selon Benhajjou. Avec sa participation, le royaume compte bien changer cette impression, d'autant plus que sept des startups marocaines présentes dans quelques jours à Las Vegas ont pu décrocher leur place à l'Eureka Park, espace dédié à l’innovation et à l’accès très restreint, prisé par un grand nombre de startups à l’échelle mondiale.

Parmi les startups innovantes représentant le Maroc, des innovations et des projets aussi divers qu'un système d'aide à la conduite intelligente connectée, des publicités interactives dans les avions, un système miniature et portable permettant de détecter la tuberculose, ou encore une application mobile qui teste le taux d'hydratation de la peau. Au total, ce sont ainsi 9 startups qui présenteront des innovations technologiques révélées pour la première fois au grand public. Une participation organisée par le CE3M et le Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), avec le soutien du ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Économie numérique, de l’Agence marocaine de développement des investissements et exportations (AMDIE), de la Fédération nationale de l’Électricité, de l’Électronique et des Énergies renouvelables (FENELEC), ainsi que de l’Ambassade des États-Unis à Rabat et du consulat américain à Casablanca.

Une question de maturité

Mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de participer à cet événement? À en croire le président de CE3M, c'est uniquement une question de maturité. "Les impératifs économiques étant ce qu'ils sont, le Maroc était surtout orienté 'manufacturing'. C'est ce qui nous a permis de créer une base industrielle avec plusieurs entreprises qui se sont installées au Maroc, que ce soit dans l'aéronautique, dans l'automobile ou dans le ferroviaire", rappelle Benhajjou. Or, depuis 2010, et avec l'initiative des clusters, la notion d'innovation a réellement été mise en avant. "C'est à travers ces clusters et les projets collaboratifs que le tissu entrepreneurial marocain a acquis sa maturité", ajoute-t-il.

L'idée a germé lors d'une rencontre entre la délégation marocaine et l'ambassade américaine au Salon international de l'aéronautique du Bourget à Paris. Il s'agissait de lancer un projet d'innovation à grande échelle incluant les enfants, afin d'inculquer le concept dès leur jeune âge. C'est lors de ces discussions que l'idée d'une participation marocaine au CES a été soumise. "Comme l'ambassade américaine avait déjà travaillé avec une délégation de visiteurs pour une précédente édition du CES, cela rentrait complètement dans ses attributions. Elle nous a alors obtenu des accès", raconte le président du cluster. Mais la contribution de l'instance diplomatique s'arrête puisque l'initiative est purement marocaine.

Seules 9 startups sur 100 ont réussi le test

Pour la préparation de la participation marocaine, le CE3M avait initié le processus de sélection des startups depuis plus de 6 mois, avec le lancement d’un appel à projets et la constitution d’un jury élargi à l’ensemble de ses partenaires économiques et institutionnels. À l’issue des auditions et des délibérations, plus de 75 projets ont été présélectionnés sur la centaine de candidatures reçues et uniquement 9 startups ont été retenues et acceptées par les organisateurs américains. Les différents projets retenus "sont en phase avec les tendances de l’innovation" dans le secteur de l’électronique, mais également dans des domaines applicatifs comme la réalité virtuelle augmentée, la domotique, Smart Grid, les Smart-Cities et les objets connectés en général, précise-t-on au niveau du cluster.

Pour rappel, le CES accueillera cette année près de 300.000 visiteurs, plus de 5.000 exposants et 900 startups de 158 pays différents.

CES: Attention, salon exigeant!

Véritable point de ralliement des plus grands décideurs et influenceurs du secteur des nouvelles technologies, le CES est un événement particulièrement prenant. Entre la gestion des différents rendez-vous pris à l'avance, les rencontres faites sur place, l'animation du stand et les entrevues avec la presse, le participant peut vite être débordé. C'est ce qui ressort des témoignages de plusieurs startups qui se sont retrouvées dépassées et qui, pour certaines d'entre elles, sont rentrées avec un amer goût de déception. Une éventualité à laquelle a paré le CE3M, qui a tenu à former les startups participantes afin qu'elles soient efficaces et ne perdent pas de vue leur objectif.

Objectif? Arriver à transformer les projets en succès commerciaux. "Dans les rangées de l'Eureka Park, il y a énormément d'investisseurs et d'entreprises qui sont là pour dénicher les projets de startups qu'ils vont accompagner", indique Saïd Benhajjou. Il s'agira alors pour nos compétiteurs nationaux de se faire remarquer pour décrocher le fameux sésame. Mais l'éventualité qu'ils n'y parviennent pas est également probable. "L'innovation est un domaine sélectif par nature. Très peu sont sélectionnés. Tout le monde ne peut pas devenir Bill Gates ou Mark Zuckerberg", tempère le président de CE3M.

Les entreprises qui rentreraient bredouilles ne devraient pas pour autant tomber aux oubliettes. "Quand on estime que ces entreprises, même si elles n'ont pas trouvé d'investissements sur place, portent des projets intéressants et qui répondent à des problématiques régionales, il est tout à fait normal de les accompagner", tient ainsi à préciser Saïd Benhajjou. Les pouvoirs publics et les fédérations devraient ainsi entrer en jeu, afin de créer des mécanismes locaux au Maroc qui permettront d'accompagner ces entreprises.

Les 9 projets présentés

  • SmartyPark, une solution intelligente de gestion de parkings qui repose sur la technologie marocaine de l'Internet des objets (IoT) Senstenna©, développée par l’EMSI de Rabat à travers son laboratoire SMARTiLab.
  • SENSKIN, un objet connecté à une application mobile qui teste le taux d’hydratation de la peau, les taches brunes et les rides avec des conseils en hygiène de vie spécialisés et des conseils de crèmes à acheter directement sur l’application développé par la société "SENSKIN".
  • La Marocaine e-service, un identifiant unique biométrique pour les citoyens basé sur la technologie du Blockchain développé par "Algo Consulting".
  • Media TAB, des publicités interactives dans les avions développé par la société "MEDIA TAB"
  • Un système miniature et portable Lab on Card pour la détection de la tuberculose, développé par la fondation "MASCIR".
  • Un analyseur portable de l'huile d'olive, développé par la fondation "MASCIR".
  • Forest Guardian, un système pour prévenir les incendies des forêts par la collecte d’informations utiles à la prise de décision, développé par la Startup "Forest Guardian" issue de l’Université Mohammed V de Rabat.
  • SkyFarm, des dispositifs modulaires intelligents au service du jardiner pour rendre les plantes intelligentes (autonomes et communicantes), le tout développé par la société "Emerging Business Factory".
  • Next IOT, un système d'aide à la conduite intelligente connectée, présenté par la société "Nextronic".

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