MAROC
03/01/2018 13h:59 CET | Actualisé 03/01/2018 14h:07 CET

Chômage, régionalisation, fiscalité... L'année 2018 arrivera-t-elle à rattraper les réformes en retard? (ENTRETIEN)

People attend a protest after two miners died while working in a clandestine coal mine, in Jerada, Morocco December 26, 2017. REUTERS/Youssef Boudlal
Youssef Boudlal / Reuters
People attend a protest after two miners died while working in a clandestine coal mine, in Jerada, Morocco December 26, 2017. REUTERS/Youssef Boudlal

ANALYSE - Elles sont nombreuses, parfois difficiles à hiérarchiser car elles ont un point commun: "toutes des priorités". Certaines réformes feront parler d’elles cette année, avec plus d’acuité, car le contexte politique, la crise sociale et les directives royales l’imposent. Le politologue Mustapha Sehimi estime, dans un entretien au HuffPost Maroc, que le gouvernement souffre d’une hémorragie suite aux événements d’Al Hoceima qui lui ont coûté "un blâme royal très sévère contre son action".

"Jamais un chef d’Etat n’avait privé des ministres de congés", souligne le politologue, rappelant la décision du souverain prise lors du conseil des ministres du 25 juin dernier de priver les ministres de l’Intérieur et des Finances de leurs congés annuels pour assurer le suivi du programme "Al Hoceima-Manarat Al Moutawassit".

Pour Mustapha Sehimi, cette sanction à laquelle s’ajoute le limogeage de trois ministres et d’un secrétaire d’Etat à la tête de départements importants, le 24 octobre dernier, représente "une décrédibilisation".

Pour reconquérir sa crédibilité perdue en 2017, le gouvernement devra avancer sur le chantier des réformes. L’analyste affirme que la régionalisation est la plus "importante des réformes attendues". "Le gouvernement n’a pas progressé dans ce dossier, les lois n’ont pas été adoptées notamment en ce qui concerne le financement et les ressources fiscales", constate Mustapha Sehimi. Et de préciser que "le problème de fond de la régionalisation, à savoir le partage des pouvoirs entre l’autorité centrale et les conseils régionaux, n’a pas été réglé".

Qui fera quoI? Le problème de la déconcentration, pour Mustapha Sehimi n’a pas été résolu. Et pour l’être, il faudra procéder à "une mise en équation des attributions des administrations centrales, notamment celles relevant du ministère de l’Intérieur, avec celles des nouvelles collectivités territoriales. On en est encore à se poser la question, alors que la constitution remonte à 2011", fait-il constater.

Moins de moutons à crédits

Autre urgence sur la liste des réformes: la politique de relance de la croissance et d’emploi. "Le Maroc enregistre un taux de 9,8% de chômage et 45% des chômeurs sont des citadins de 15 à 20 ans, dont la moitié est diplômée. Il faut admettre le fait que c’est un chômage structurel, pour pouvoir avancer afin d'instaurer une croissance qui génère de l’emploi", soutient le politologue. Et de constater que "le bilan de toutes les stratégies sectorielles et des grands investissements publics et privés ne génèrent que peu d’emplois alors que beaucoup d’argent est mobilisé. Il faut s’attaquer au problème de l’employabilité".

à la place de l’assistanat, des programmes sur mesure pour former et reconvertir les jeunes chômeurs est, pour Mustapha Sehimi, la meilleure des résolutions que devrait réaliser le gouvernement cette année.

Dans le secteur économique toujours, le politologue estime qu’il est temps de changer les bases du modèle économique, censé représenter "le moteur du développement". Pour Mustapha Sehimi, le modèle économique actuel est basé sur la relance par la demande, "un schéma qui ne donne pas de résultat". L’analyste propose de le remplacer par un schéma basé sur la relance par l’offre.

"Il faut des efforts et de la volonté pour basculer d’un schéma rentier paresseux donnant des crédits pour le mouton de l’Aïd Al Adha, vers un autre qui impose une grande révolution dans le format de l’appareil productif", assure-t-il.

Le gouvernement, incapable?

Autre réforme qui, aux yeux du politologue, ne mérite plus d’attendre plus longtemps concerne la fiscalité. "Depuis les dernières assises en mars 2013, il n’y a jamais eu de réformes fiscales, mais des petites retouches qui ont touché, entre autres, l’impôt sur les sociétés. Nous n’avons rien fait pour réduire le champ de l’évasion fiscale et la fraude fiscale et pour instaurer une nouvelle politique fiscale plus équitable", fait-il remarquer.

La gouvernance des établissements publics, la compétitivité de l’appareil productif et la poursuite de la politique d’éducation figurent également sur la liste des réformes/défis du gouvernement. Pour Mustapha Sehimi, relever ces défis relève de "l’improbable". Il estime que le gouvernement "n’est pas capable" de mener ces réformes. En cause, "un problème de leadership politique qui serait prêt à sacrifier sa popularité". Saad-Eddine El Othmani relèvera-t-il le défi?

En tout cas, la situation s’annonce difficile. "Le gouvernement, qui n’a pas été conforté dans son action, a terminé l’année avec trois ministres et un secrétaire d’Etat en moins", tient à souligner Mustapha Sehimi. Et de rappeler que le ministère de la Santé n’a ni ministre ni secrétaire général et qu’à celui de l’Education nationale "personne ne peut décider des mesures à prendre dans le cadre de cette rentrée scolaire et de la prochaine, pour le moment. Le nouveau ministre prendra six mois pour connaitre les dossiers…Attentisme!"

LIRE AUSSI: