TUNISIE
02/01/2018 09h:31 CET

Soumaya Ghannouchi tacle les Émirats arabes unis et reproche à Ennahdha d'être clémente face à leurs agissements

Tunisian Islamist Ennahda Party leader and founder, Rached Ghannouchi (C) poses with his wife (R) and daugther Soumaya (L) as they arrive to vote in the country's first post-revolution parliamentary election at Kairouan primary school turned into a polling station on October 26, 2014 in the Tunis suburb of Ben Arous. Tunisians were voting in an election seen as pivotal to establishing democracy in the cradle of the Arab Spring uprisings, with security forces deploying heavily to avert extremist
FETHI BELAID via Getty Images
Tunisian Islamist Ennahda Party leader and founder, Rached Ghannouchi (C) poses with his wife (R) and daugther Soumaya (L) as they arrive to vote in the country's first post-revolution parliamentary election at Kairouan primary school turned into a polling station on October 26, 2014 in the Tunis suburb of Ben Arous. Tunisians were voting in an election seen as pivotal to establishing democracy in the cradle of the Arab Spring uprisings, with security forces deploying heavily to avert extremist

Dans une interview accordée le 31 décembre 2017 au journal qatari "Al Sharq" ("L'Orient"), Soumaya Ghannouchi, la fille du leader du mouvement Ennahdha Rached Ghannouchi et présentée par le journal comme étant une spécialiste du Moyen-Orient et de la cause palestinienne, n’a pas mâché ses mots pour critiquer la politique des Emirats arabes Unis et condamner leur comportement offensif envers la femme tunisienne.

Qualifiant d’injuste la décision d’interdire les Tunisiennes de monter à bord de la compagnie aérienne émiratie, Soumaya Ghannouchi a souligné que cet incident est inacceptable, touchant à la dignité de la femme tunisienne. Selon elle, rien n’explique un tel agissement. Elle a noté que même en présence de menaces sécuritaires accrues, il est important de respecter les traités et les accords conclus entre les deux parties et d’alerter au moins les autorités concernées avant d’agir.

Pour elle, cette affaire est exclusivement politique. Elle a estimé que contrairement aux apparences, cette affaire est plus politique que sécuritaire. Elle a expliqué qu’avec son expérience démocratique réussie, la Tunisie représente une réelle menace pour les dirigeants des Emirats. En effet, la réussite de l’expérience tunisienne met à nu la défaillance de leurs politiques et dévoile leurs échecs. Ils tentent, ainsi, par tous les moyens, d’avorter les acquis de la révolution et de couper les chemins de la démocratie, selon ses dires: "Ils veulent prouver que la démocratie n’est pas valable pour les Arabes" a-t-elle martelé.

D’après elle, les dirigeants des Emirats font tout leur possible pour nourrir les conflits dans la région et ranimer la tension afin de montrer l’efficacité de leur politique. Elle a abordé, par ailleurs, le cas de la Libye qui en est un parfait exemple témoignant de leur stratégie "machiavélique". Ces derniers ne cessent de fournir les armes et les munitions aux Libyens au lieu de trouver une solution pacifique, basée sur le dialogue et l’entente, pour mettre fin à la crise libyenne, a-t-elle indiqué.

Elle a évoqué, par ailleurs, le fait que les Emirats veulent prouver que l’anarchie est la seule alternative aux régimes dictateurs tels que celui de Ben Ali, Moubarak et Kadhafi. "La Tunisie veut leur dire qu’il existe une troisième alternative entre la dictature et le désordre. C’est la démocratie consensuelle" a-t-elle répliqué.

Pourquoi autant de rivalité entre Ennahdha et les Emirats?

"Ce n’est plus un secret! Les Emirats veulent à tout prix contrecarrer Ennahdha et l’affaiblir" a signalé Soumaya Ghannouchi. Elle a précisé que l’ambassadeur émirati en Tunisie a tenté, durant ces derniers jours, de créer un nouveau front politique pour entraver le mouvement. "Ceci est une ingérence flagrante dans les affaires internes du pays" a-t-elle persuadé.

Selon elle, le gouvernement d’Abu Dhabi essaie par tous les moyens d’anéantir Ennahdha. En effet, après avoir joué la carte de terrorisme à l’encontre du mouvement, les émiratis se sont penchés vers une nouvelle stratégie basée sur la provocation médiatique et la surenchère pour affaiblir le parti, a-t-elle constaté, dans le sens où les dirigeants considèrent l’alimentation des dissensions et de la discorde comme étant une réussite de leur politique étrangère.

"Personnellement, je reproche à Ennahdha d'être aussi clémente et de ne pas exprimer ses positions avec plus d’audace notamment en ce qui concerne la politique des Emirats Arabes Unis en Tunisie" a-t-elle renchéri en précisant qu’elle n’occupe aucun poste officiel au sein du parti Ennahdha. "Je m’exprime en tant que journaliste" a-t-elle souligné. "Le fait d’être la fille de Rached Ghannouchi ne signifie pas que je partage les mêmes avis que lui. D’ailleurs, il a critiqué certaines de mes positions" a-t-elle dit.

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