TUNISIE
02/01/2018 11h:19 CET

Selon l'expert en économie Ezzeddine Saïdane, l'augmentation des prix était inévitable, et ça ne va pas s'arranger

L'expert en économie, Ezzeddine Saïdane a tiré la sonnette d'alarme sur la situation économique du pays dans une interview sur les ondes de Shems FM.

Selon lui, la politique économique et financière adoptée dans la loi de Finances, impliquera forcément un changement de prix dans tous les produits de consommation.

Les répercussions sur le consommateur

"L’État, qui représente le tiers de l'économie tunisienne à travers la loi de Finances, influence directement tous les secteurs économiques, et impacte la vie quotidienne du Tunisien, d'une manière plus générale" a-t-il déclaré.

Saïdane estime que, du fait des nouvelles taxes, et des ajustements en temps réel des prix des hydrocarbures, tous les produits de consommation, sans exception, verront leurs prix changer.

"À cause de la quasi-absence de croissance économique, l’État est contraint d'avoir recours à de nouvelles impositions, à l'augmentation des prix des produits de consommation, ainsi qu'à l'emprunt. L'inflation cause donc une diminution du pouvoir d'achat, tandis que les prix ne cessent d'augmenter" ajoute-t-il.

Saïdane a également soulevé une inégalité entre les Tunisiens, face à cette diminution du pouvoir d'achat. Selon lui, les Tunisiens sont égaux face à la loi, mais pas face à l'inflation.

"Il existe deux catégories de citoyens; les salariés qui vivent d'un salaire fixe et qui ne peuvent rien face à l'inflation puisqu'ils ne sont pas en mesure d'ajuster ou d'augmenter leurs pensions de retraite, et ceux qui appartiennent à la profession libérale, qui eux, ajustent leurs prix en fonction du taux d'inflation. Ceci conduit à une mauvaise répartition des richesses" a-t-il ajouté.

Selon lui, tous ces facteurs ont pour résultat, la dissolution progressive de la classe moyenne et de la propagation de la pauvreté. En d'autres termes, le fossé se creuserait de plus en plus entre la classe financièrement aisée, et la classe pauvre.

"S'ajoute à cela, la chute du dinar, qui profite à ceux qui réalisent des revenus en devises, et pénalise ceux dont les revenus sont en dinar, notamment à travers l'augmentation des prix des produits d'importation" souligne-t-il.

S'agissant des affirmations récentes concernant la non-augmentation des prix des produits de base, Saïdane estime que ces contradictions engendrent un problème de crédibilité entre la société et le gouvernement.

"Il faut qu'on soit clair, ni la valeur du dinar, ni les prix, ne se stabiliseront, tant qu'une opération sérieuse de sauvetage de l'économie, n'est pas entreprise" a-t-il ajouté.

Les répercussions sur les entreprises

Saïdane estime que le problème des entreprises se résume dans la diminution de la demande, du fait de la régression du pouvoir d'achat. S'ajoute à cela, le problème que pose le marché parallèle, et les difficultés à accéder aux financements bancaires.

"La capacité des entreprises à produire, investir, et créer des emplois, a diminué avec ces facteurs combinés, en plus des nouvelles taxes venues dans la loi de Finances 2018" déclare-t-il.

"De la désinformation"

Ezzeddine Saïdane est également revenu sur les déclarations du chef du gouvernement Youssef Chahed lundi, qui avait, entre autres choses, annoncé une hausse de la croissance économique en 2017, soulignant que celui-ci n'a pas précisé le "coût colossal" qu'il a fallu pour réaliser cette hausse, notamment l'augmentation de l'endettement, l'inflation, le déficit budgétaire de l’État, le déficit de la balance commerciale, ou encore l'augmentation du déficit courant.

"Nous avons certes réalisé une croissance économique cette année, mais nous avons en contrepartie détruit tous les autres indicateurs économiques" a-t-il souligné.

Quant à la reprise du secteur touristique, Saïdane nie fermement une reprise considérable, appelant à consulter le communiqué de la Banque Centrale qui parle d'une hausse de seulement 1,9% dans les recettes en devises, en dépit de l'augmentation du nombre de touristes et des nuits passées.

Même chose pour le secteur agricole, selon Saïdane, la Tunisie n'a pas réussi à couvrir le déficit de 8,1% enregistré en 2016, réalisant un gain de 2,7% seulement en 2017.

Les investissements étrangers directs sont eux aussi sujet à controverse selon Saïdane, qui a salué la hausse de 11,4% réalisée en 2017, mais qui selon lui, représente une régression de 10% si l'on prend en compte la chute du dinar tunisien.

"Tous ces chiffres annoncés constituent un ensemble de désinformations, qui ne peuvent que porter préjudice" a-t-il conclu.

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