ALGÉRIE
01/01/2018 08h:28 CET | Actualisé 01/01/2018 08h:29 CET

Les cancéreux privés de soins: le ministère de la Santé s'enfonce

HuffPost Algérie

Les traitements spécifiques aux cancéreux "sont ou seront disponibles" prochainement. C'est là la seule réponse trouvée ce 31 décembre par le ministère de la Santé pour répondre aux interrogations sur la rupture des traitements prodigués aux malades cancéreux.

A travers les explications du ministère de la Santé, on décèle un certain nombre de dysfonctionnements qui ont conduit à la pénurie de certains médicaments destinés à la lutte contre le cancer ou aux retards des livraisons de certains autres.

Ainsi, on apprendra que l'acide Ibandronique, utilisé par les malades sous une forme injectable a été remplacé par un remède équivalent, à savoir l’acide zoledronique "disponible actuellement". Ce recours, explique-t-on, de même source est dû à un avis d’appel d’offres lancé, "depuis quelques années", resté à ce jour "infructueux".

L'acide Ibandronique n'est pas la seule qui fait défaut à la pharmacie des hôpitaux algériens. Le Crisantaspase, médicament destiné au traitement de la leucémie est en rupture de stocks. Le ministère de la Santé explique la pénurie de ce produit par "une tension mondiale" en raison de son rationnement par un unique fabricant. On rassure, cependant, les malades quant à la réception d’une "nouvelle quantité", dès janvier 2018.

Concernant le médicament dénommé Cytarabine, le ministère de la Santé souligne avoir avoir procédé à son importation auprès d'un autre laboratoire, assurant que les premières quantités "actuellement sous douane" pourront couvrir les besoins des soins durant deux mois environ.

Le ministère de la Santé prévient, d’autre part, que le Dacarbazine est quant à lui disponible en raison d’un approvisionnement effectué auprès de deux laboratoires internationaux.

Il signale, en outre, que le Melphalan est actuellement "en rupture" en raison, explique-t-il, du changement du fabricant, dont il précise qu’il a réclamé une augmentation "faramineuse" de prix laquelle a donné lieu à un scandale de dimension internationale.

Affirmant la disponibilité du Mesna, le département de Mokhtar Hasbellaoui informe les malades que le Vincristine est également "en rupture", en raison de problèmes d’ordre technique au niveau des laboratoires qui en assurent la production, les obligeant à en décaler la livraison au mois de février 2018. Il estime, à ce titre, que le Vinblastine, dont la disponibilité est assurée, pourrait constituer une "alternative thérapeutique".

S'agissant du Lapatinib, la même source annonce que son importation a été retardée en raison de contraintes administratives "exogènes" ajoutant, toutefois, qu’une quantité égale à deux mois de stock, est "en cours de libération" précisant que la prochaine expédition de ce médicament est prévue pour début janvier 2018.

Le ministère de la Santé fait également savoir que l’importation du Pazopanib a également été retardée à la suite de contraintes également "exogènes", ajoutant que la commande est en "instance de libération" par le Laboratoire national de Contrôle des Produits pharmaceutiques.

Ces explications du ministère de la Santé ne peuvent être interprétées que comme une incapacité à assurer la continuité des soins. Les différents démentis qui avaient ponctués toutes les informations faisant état de pénuries répétitives de médicaments pour les cancéreux, ne trouvent plus de place dans cet aveu d’échec.

Le souci de baisser drastiquement la facture d'importation des médicaments se fait au mépris de la santé des Algériens. Il est indiscutable que des arbitrages peuvent être faits dans tous les secteurs mais pas au dépend d'une sérieuse prise en charge des malades.

Le Plan national 2015-2019 de lutte contre le cancer montre aujourd'hui ses limites. Pourtant, le Pr Zitouni Messaoud, coordinateur national de ce plan et pionnier de la lutte national contre le cancer, avait, à maintes reprises, attiré l'attention sur l'indispensable prise en charge de la maladie et la nécessité d'assurer un traitement discontinu.

Le Pr Bouzid, autre célèbre oncologue algérien, avait tiré la sonnette d'alarme au mois d'octobre dernier sur cet état des lieux qui assombrissait le tableau des "énormes progrès" enregistrés grâce aux plan quinquennal de lutte contre la maladie.

Appelant à lever les blocages sur les traitements et à libérer l'enregistrement et les autorisations de leurs utilisations qui font défaut depuis plus de 18 mois, l’oncologue avait dénoncé des lenteurs qu'il "ne s’expliquait pas" et qui impactaient directement les malades.

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