MAROC
29/12/2017 09h:12 CET | Actualisé 29/12/2017 09h:20 CET

Une photo de mineurs marocains se protégeant du froid dans des tambours de sèche-linge choque la toile

MIGRANTS - La photo a rapidement fait le tour de la toile en France. Postée sur Twitter, elle montre des jeunes migrants marocains qui, pour se chauffer, s'installent dans des tambours de sèche-linge, dans une laverie du quartier de la goutte d'or.

La photo, postée sur le compte Spy-de-Paris, a été partagée plus de 400 fois depuis sa mise en ligne le 22 décembre dernier:

"Les enfants des rues du quartier de la Goutte d'or à Paris à la recherche de chaleur et de repos dans une laverie. Paris 18e"

Selon Le Parisien, la photo a été prise par une habitante du quartier Christine S. "C’est la première fois que je voyais ça en douze ans", déclare la quinquagénaire au journal français. "Ça m’a touchée (...) Quand j’ai montré cette photo à mon entourage, on m’a conseillé de la diffuser sur les réseaux sociaux car elle est frappante".

Si l'image a ému sur les réseaux sociaux, du côté des gérants de la laverie en question, c'est le ras-le-bol qui prend le dessus: "Ils sniffent de la colle et agressent nos employés", déclare au Parisien Nathalie Humbert, propriétaire des lieux et directrice générale de Self Blanc Drug". Cette dernière affirme que la présence de ces jeunes garçons éloigne les clients qui n'osent plus pénétrer dans la laverie. "On a appelé la police un nombre incalculable de fois, mais ils disent qu’ils ne peuvent rien faire contre eux".

La Mairie de Paris à la recherche de réponses

Il faut dire que la situation de ces jeunes est un casse-tête inédit pour les autorités françaises. Cela fait plusieurs mois déjà que la Mairie de Paris tente de trouver un accompagnement adéquat pour ces jeunes garçons, souvent toxicomanes et ayant peu ou pas du tout confiance dans les autorités.

Début décembre, la mairie débloquait pas moins de 700.000 euros pour venir à bout de ce problème. "Pour ces jeunes qui ont des parcours très spécifiques et qui ont vécu longtemps à la rue, il faut inventer des réponses nouvelles, transversales et coordonnées", déclarait Dominique Versini, adjointe à la Maire de Paris en charge des solidarités, dans un communiqué. "Nous y travaillons en étroit partenariat avec l’État et les acteurs sociaux, médicaux, éducatifs et de la prévention spécialisée".

Ainsi la Mairie de la capitale s'est tournée vers le Centre d’Action Social Protestant (CASP) pour "continuer le travail de rue avec une maraude spécifique, mais aussi un accueil de jour avec une mission d’accompagnement social et une mise à l’abri de nuit pour les mineurs plus vulnérables", continue le communiqué. Des acteurs associatifs du quartier seront également mis à contribution.

La Mairie insiste également sur le rôle de la diplomatie pour trouver une solution à ce phénomène: "Il paraît également nécessaire que les services de la Préfecture de Police et du Ministère de la Justice poursuivent les contacts diplomatiques avec l’Ambassade du Maroc afin de retrouver les familles des jeunes en situation d’errance, en lien avec les associations marocaines spécialisées dans l’accompagnement de rue".

L'AMESIP à la rescousse

La Marie collabore également dans ce sens avec l'AMESIP (Association Marocaine d'aide aux Enfants en Situation Précaire) pour trouver des solutions pour ces jeunes et, éventuellement, rechercher leurs familles au Maroc. "On est actuellement dans les diagnostics", explique au HuffPost Maroc Touraya Bouabid, présidente de l'association. Cette dernière a effectué plusieurs aller-retour dans la capitale pour discuter avec ces jeunes.

Selon elle, en plus de la toxicomanie pour certains, les mineurs sont également sujets à des maladies contagieuses comme la galle et la tuberculose. "Ils doivent d'abord retrouver l'estime de soi et cela passe d'abord par la santé", explique Touraya Bouabid. "Nous travaillons avec le CASP pour tisser un lien avec eux, mais cela reste compliqué car ils ne sont pas du tout disposés à coopérer". Pour la présidente de l'AMESIP, ces jeunes sont actuellement en "errance". "Ils sont passés par Melilla ou Sebta très jeunes, parfois à 12 ans. Ils y ont fait des "bêtises" et pour fuir la justice, ils font le tour de l'Europe, sans aucuns projets constructifs", éclaire-t-elle.

Pour l'instant les associations ont décidé de tester un nouveau dispositif en les laissant en groupe. "Ces groupes, ce sont leurs seules familles. Quand on les sépare, ils fuient les centres dans lesquels ils sont placés. Désormais, on les laisse donc rester en groupe dans les refuges et les hébergements de nuit. Mais une fois le jour levé, ils sont de nouveau livrés à eux mêmes".

Reste que la solution doit désormais émaner en partie de ces jeunes. "Tout le monde donne le meilleur de lui-même", tranche Touraya Bouabid. "Les éducateurs sont présents, la police est là pour les protéger des prédateurs et protéger la population du quartier. Maintenant, tout dépend d'eux et de leur collaboration".

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