MAROC
29/12/2017 14h:40 CET | Actualisé 05/01/2018 07h:15 CET

Avec Marokkiates, Sonia Terrab fait descendre les Marocaines dans la rue

Facebook/JawJab

WEB - Permettre aux femmes d'investir des espaces qui ne sont pas toujours tendres envers elles: la rue et le web. C'est l'objectif de l'écrivaine et réalisatrice Sonia Terrab. Cette dernière a lancé au début du mois de décembre une série de capsules baptisée "Marokkiates", en collaboration avec la plateforme de création Jawjab.

"Ce projet est né dans le cadre du programme JawjabT, campagne 100% girl power lancée par la plateforme", explique Sonia Terrab au HuffPost Maroc. Cette dernière a notamment été inspirée par la page Facebook "Humans of New York", qui dresse les portraits de différentes personnes croisées dans la mégalopole.

Des histoires et des femmes

Pour l'instant, cinq capsules ont été mises en ligne par la plateforme. Cinq femmes aux profils variés et aux histoires différentes. Parmi elles, celle de Meriem, une femme élevée par une mère adoptive peu affective, ou encore Zahra, une marchande à l'étalage au caractère bien trempé:

Le but de ce projet: tenter de trouver une réponse à un des grands questionnements de la réalisatrice, "qu'est-ce qu'être une femme marocaine?". Une interrogation qui obsède Sonia Terrab. "Je n'arrive pas à comprendre comment me définir en tant que femme", nous dit-elle.

Autre condition sine qua non: avoir une histoire à raconter. "Il ne s'agit pas de faire de micro-trottoir, ce que je ne trouve pas très intéressant. Je suis à la recherche de la petite anecdote qui dit quelque chose sur notre société". Autre règle auto-imposée: toutes les vidéos doivent être filmées dans la rue. "L'idée est de libérer la parole des femmes mais dans l'espace public", poursuit-elle, "car la femme marocaine appartient à cet espace mais elle souffre, car la rue marocaine ne lui appartient pas".

Un exercice pas forcément facile car si les femmes en ont "gros sur le coeur", pour reprendre les propos de Sonia Terrab, leur faire raconter une histoire devant la caméra n'est pas un exercice évident. "On est passé par plusieurs étapes, en sortant d'abord dans la rue pour parler aux femmes. Mais il est difficile d'arrêter aujourd'hui une femme dans la rue pour lui demander une histoire", explique-t-elle. "On est aussi passé par le bouche à oreille et le post sur Facebook, pour lequel j'ai eu pas mal de retours", ajoute Sonia Terrab qui recherche aujourd'hui de nouveaux témoignages.

Femmes du Maroc

Car pour la conceptrice, cette première aventure casablancaise n'est que le début. Prochaine étape: le reste du Maroc. "L'idée est de diviser le programme en saisons, d'aller dans différentes villes du pays et de dresser une cartographie de la femme marocaine". Et Sonia Terrab insiste, il y a plusieurs "femme marocaine". "Les femmes marocaines sont incroyables diversifiées, je voulais rendre compte du fait qu'il n'y a pas une mais une multitude de femmes. Je suis persuadée que les témoignages que j'ai pu recueillir à Casablanca ne seront pas du tout les mêmes que ceux de femmes de villes comme Meknès ou Marrakech".

Ces vidéos amènent par ailleurs ces femmes sur un autre terrain qui leur est souvent hostile, le web. En effet, chacune des vidéos mises en ligne jusqu'à présent comporte son lot de commentaires, parfois violents. Mais pas de quoi décourager pour autant Sonia Terrab. "Les commentaires sont très intéressants. La video avec Nada en a eu plus de 3000, certains très encourageant, d'autres très violents. Les équipes des "Marokkiates" ont même contacté certaines des personnes ayant laissé des commentaires haineux. L'idée est d'ouvrir le débat. Ce qui nous intéresse est de faire appel aux gens qui ont laissé des commentaires très négatifs, en vue de les inviter à participer à des séances de paroles".

Sonia Terrab envisage même de consacrer un documentaire à ce sujet. "Internet est un vecteur d'excès et on veut donc aussi pousser cette réflexion par rapport à ce moyen d'expression". L'aventure ne fait en somme que commencer.

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