TUNISIE
29/12/2017 11h:27 CET

Tout ce qu'il faut savoir sur la note de conjoncture économique publiée par la Banque centrale de Tunisie

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La Banque centrale de Tunisie a publié jeudi une note de conjoncture économique dans laquelle elle revient sur plusieurs indicateurs économiques clés.

Le déficit commercial se creuse pour atteindre un niveau historique

Le déficit commercial s'est creusé, au terme des 11 mois de 2017, pour atteindre un niveau historique le plus élevé, soit 14.362MDT contre 11.628MDT, une année auparavant, a indiqué la BCT, jeudi, dans une note de conjoncture économique.

Les importations totales se sont accrues à un rythme plus accentué que celui des exportations, soit 19,2% et 17,3%, respectivement se traduisant par une détérioration du taux de couverture (68,3 points de pourcentage contre 69,4 points à fin novembre 2016).

"Le déficit commercial record porte la marque, essentiellement, du maintien des déficits de la balance énergétique et celui de la balance alimentaire à des niveaux élevés, soit -3,829MDT et -1,338MDT respectivement", lit-on dans cette note.

La BCT a fait état, dans ce contexte, d'une bonne tenue des exportations du secteur des industries mécaniques et électriques (+19,7% à fin novembre 2017 contre +15,6%) qui semble profiter de la reprise de la demande de la zone Euro, principal partenaire commercial de la Tunisie.

En revanche, la contreperformance du secteur des mine, phosphates et dérivés s'est poursuivie avec une baisse des ventes de 3% à fin novembre 2017 contre un rebond technique (+42,3%) au cours de la même période 2016, et ce en dépit de la reprise de la production dans le bassin minier.

Le Taux d'inflation atteint 6,3% en novembre 2017

Le taux d'inflation s'est aggravé, en novembre 2017, pour atteindre 6,3% en glissement annuel contre 5,8% en octobre 2017 selon la BCT.

La hausse de l’inflation a concerné aussi bien les prix libres qu’administrés, qui se sont accrus respectivement de 7,2% et 3,6% en G.A au cours du mois de novembre 2017 contre 6,8% et 2,6% un moins auparavant, niveaux nettement plus élevés que ceux enregistrés en novembre 2016 (4,8% et 1,2% respectivement). La progression notable des prix libres a été soutenue par ceux des produits alimentaires (+10,2% en novembre, en G.A contre +8,4% en octobre), surtout pour leur composante transformée (11,5% en novembre contre 10,8% en octobre 2017 et seulement 3,1% en novembre 2016).

Quant à l’affermissement de l’inflation des produits à prix administrés (+3,6% en novembre 2017 contre +2,6% le mois précédent), il est dû à la forte progression de l’inflation des produits manufacturés, en relation avec un effet de base engendré par la baisse des prix du tabac en novembre 2016.

L’analyse par branche d’activité montre que les principales composantes de l’IPC ont connu des évolutions contrastées. En effet, alors que l’inflation des produits alimentaires a connu une forte accélération, celle des produits manufacturés a progressé modérément. Quant à l’inflation des services, elle a plutôt enregistré une quasi-stabilité dans son rythme d’évolution.

La hausse conséquente des prix des produits alimentaires (+8,7% en novembre en G.A contre +7,2% en octobre), a été principalement tirée par l’accélération de l’inflation des produits alimentaires frais (+9,4% en G.A contre +7,1%) due à la diminution de l’offre sur le marché domestique de certains produits.

Concernant l’inflation des produits manufacturés, elle a enregistré, en novembre 2017, une hausse de 6,3% en G.A contre 6,1% un mois auparavant.

Cette accélération se traduit au niveau des prix des produits manufacturés (équipements ménagers (+3,6% en G.A contre +3,2%), matériaux de construction et d’entretien de logement (+10,3% en G.A contre +8,4%), produits d’entretien (+4,7% en G.A contre +4,2%) et autres produits manufacturés (+6,8% en G.A contre +5,9%). En revanche, les prix de l’habillement et chaussures ont connu une relative détente par rapport au mois précédent (+6,6% en G.A contre +7,9%).

L’inflation des services a évolué au même rythme que celui du mois d’octobre 2017 soit 4,3% en G.A. Cette hausse a résulté des évolutions disparates des principales composantes. En effet, alors que l’inflation du service de loyer et celle des autres services se sont maintenues au même niveau du mois précédent, soit respectivement 4,5% et 6,4% en G.A, l’inflation des tarifs publics a connu un léger ralentissement (+1,7% en G.A contre +1,8% un mois auparavant).

Quant à l’inflation des services de santé et d’hygiène, elle a enregistré une hausse plus soutenue (6,0% en G.A contre 5,5% un mois auparavant).

Par ailleurs, les deux principaux indicateurs de l’inflation sous-jacente sont demeurés sur un palier relativement élevé. L’inflation " hors produits administrés et alimentaires frais ", bien qu’ayant accusé un léger recul en GA, s’est établie à 6,6% en novembre contre 6,7% un mois auparavant. Par contre, l’inflation " hors produits alimentaires et énergie " s’est inscrite en hausse pour atteindre 5,5% contre 5,3% en octobre 2017.

En moyenne, les deux indices sous-jacents se sont établis en moyenne à 6,3% et 5,4% respectivement, au cours des 11 premiers mois de 2017, contre 5,1% et 4,7% durant la même période de 2016, dénotant du caractère persistant de l’inflation.

Progression de 12% des ressources propres de l’État, à fin octobre 2017

Les résultats provisoires de l’exécution du budget de l’Etat, à fin octobre 2017, font état d’une progression soutenue des ressources propres de 12% par rapport à leur niveau, une année auparavant, contre 3,5% en octobre 2016, pour atteindre 19,4 milliards de dinars.

  • Amélioration de 14,8% de la collecte des impôts directs et de 13,5% de celle des impôts indirects

Les recettes fiscales, qui représentent 90% des ressources propres du budget, ont atteint 17,6 milliards de dinars, à fin octobre 2017, contre 15,4 milliards durant la même période en 2016, en augmentation de 14% après un repli de 0,1% l’année précédente. La progression des recettes fiscales est due à une amélioration de la collecte des impôts aussi bien directs (+14,8% contre -5%) qu’indirects (+13,5% contre 3,7%).

En détail, les recettes d’impôts directs ont totalisé 7,3 milliards de dinars, au terme des dix premiers mois de 2017, en hausse de 935 MDT par rapport aux réalisations d’octobre 2016. La hausse susmentionnée est essentiellement imputable à celle des impôts sur les sociétés (+653 MDT ou 45,1%) soutenue par la contribution exceptionnelle au budget de l’Etat, prévue dans la Loi des finances pour la gestion 2017, tandis que les impôts sur le revenu n’ont augmenté que de 281 MDT ou 5,8%, affectés par le repli de 0,7% de leur principale composante, à savoir " les rémunérations et salaires " après une hausse de 15,3% enregistrée une année auparavant.

Quant aux recettes d’impôts indirects, elles ont totalisé 10,3 milliards de dinars, au terme du mois d’octobre 2017, contre 9,1 milliards en octobre 2016, en hausse de 13,5% contre seulement 3,7% une année auparavant. La ventilation par type d’impôt indirect montre que cette progression a résulté de la bonne performance de la TVA, qui a atteint 4,9 milliards de dinars (+18,1%), après une quasi-stagnation autour de 4,2 milliards durant les trois dernières années. Graph. 19 : Recettes d’impôts indirects en MDT.

Par ailleurs, les recettes non fiscales se sont établies à près de 1,9 milliards de dinars au cours des dix premiers mois de 2017, et ce, pour la deuxième année consécutive. Faut-il préciser qu’en excluant le montant de la cession de la licence 4G par les 3 opérateurs téléphoniques, en 2016 (soit 471 MDT), les recettes non fiscales auraient augmenté de 26,6%, d’une année à l’autre, tirées par une augmentation exceptionnelle de la redevance-gaz (+127%) et l’encaissement d’une enveloppe de 440 MDT au titre de revenus de commercialisation des carburants , et ce, en dépit de l’absence de revenus de privatisation.

  • Hausse de 22,1% des dépenses totales cumulées

Parallèlement, les dépenses totales cumulées se sont affermies, enregistrant une hausse de 22,1% contre 10,8% l’année précédente, pour s’établir à 28 milliards de dinars. Par conséquent, les ressources d’emprunt ont augmenté de 50%, pour se situer à 8,6 milliards de dinars, contre 5,7 milliards à fin octobre 2016.

En détail, les dépenses de fonctionnement, qui représentent 63% des dépenses totales, ont poursuivi leur tendance haussière, avec une progression de 9,2% après 8,7% à fin octobre 2016, pour atteindre 16 milliards de dinars, dont 12,1 milliards sous forme de charges salariales.

Augmentation de 4,1 milliards de dinars des besoins des banques en liquidité, à fin novembre 2017

Le besoin moyen des banques en liquidité a totalisé, à fin novembre 2017, 10,4 milliards de dinars, soit 4,1 milliards de dinars de plus qu’une année auparavant. D’un mois à l’autre, le besoin des banques a augmenté de 400 MDT, portant la marque de l’effet restrictif exercé par le secteur extérieur, tel qu’en témoignent les achats nets par les banques de devises auprès de la Banque centrale (529 MDT en novembre 2017).

Dans ce contexte, la Banque centrale est intervenue sur le marché monétaire, essentiellement, par voie d’appels d’offres, pour une enveloppe moyenne de 7.000 MDT, en novembre. L’Institut d’émission a plafonné, depuis juillet 2017, ses interventions sous cette forme au montant susmentionné. L’intervention de la BCT a été complétée par des swaps de change, utilisés comme instrument de politique monétaire, pour une enveloppe moyenne de 937 MDT, en novembre, soit 150 MDT de plus qu’en octobre.

Le plafonnement de l’appel d’offres à 7.000 MDT a engendré un recours intensif des banques à la facilité de prêt à 24 heures (1.497 MDT en moyenne, en novembre après 1.275 MDT en octobre 2017), au taux de 5,25%, c’est-à-dire 25 pbs au-dessus du taux directeur. De ce fait, le total des opérations de politique monétaire a culminé à 10,4 milliards de dinars, en moyenne, en novembre 2017, son niveau le plus élevé historiquement.

Le déficit de liquidité sur le marché interbancaire a maintenu le taux d'intérêt quotidien sur le marché monétaire, tout au long du mois de novembre, à un niveau proche du taux de la facilité de prêt à 24 heures, soit 5,23%.

Augmentation historique de 59,1% du service de la dette à fin octobre 2017

Le service de la dette a atteint un niveau historique de 6.349 MD au terme des 10 premiers mois de 2017, contre 3.990 MD à fin octobre 2016, en augmentation de 59,1%.

Cette nette accélération est due, notamment, au remboursement de 500 millions de dollars américains au titre de l’emprunt obligataire qatari contracté en 2012 (Avril 2017) ; de 271 MD au titre de l'échéance de SAMURAI 6 (Août 2017) ; et de trois tranches relatives au crédit STAND-BY octroyé par le FMI en 2013 pour des montants respectifs de 135 MD (Avril 2017), 200 MD (Juillet 2017) et 206 MD (octobre 2017).

Amélioration du taux de croissance au 3ème trimestre de 2017 avec une progression trimestrielle de 0,7%

L’activité économique a connu une nette amélioration au cours du troisième trimestre de l’année 2017. Le taux de croissance du PIB aux prix constants de 2010, a atteint +0,7% en variation trimestrielle (V.T) et +2,1% en glissement annuel (G.A), soit les mêmes taux pour le PIB exprimé aux prix de l’année précédente.

De ce fait, le taux de croissance, pour les neuf premiers mois de l’année, s’est établi à 1,9%.

La croissance du PIB a été tirée principalement par la bonne performance des industries manufacturières (+2,1% en V.T) et des services marchands (+1,3%). Cette évolution positive a, toutefois, été contrebalancée par la contreperformance des industries non manufacturières (-3,5%) et des activités agricoles (-0,9%) qui ont contribué négativement à la croissance.

Du côté de l’activité agricole, la valeur ajoutée (VA) dans le secteur de l’agriculture et de la pêche s’est repliée, revenant de +1,6% au 2ème trimestre à -0,9% au 3ème trimestre. Egalement, la VA, en glissement annuel, a connu une décélération en revenant à 2,0% au cours dudit trimestre contre 3,1% un trimestre auparavant. Il est intéressant de noter, qu’hors agriculture, le PIB aurait connu au troisième trimestre de 2017, un accroissement de 0,9% (en V.T) après avoir baissé de 0,1% au deuxième trimestre.

Au niveau des industries manufacturières, la VA a affiché une progression de +2,1% au troisième trimestre, en VT, contre -0,9% au deuxième trimestre, profitant essentiellement de l’accroissement de la V.A des branches des industries agro-alimentaires (+5,8% en V.T.), des industries mécaniques et électriques (+2,6% en V.T.) et des industries diverses (+3,9% en V.T.), lesquels secteurs auraient contribué, respectivement, à raison de +0,2pp, +0,1pp et +0,1pp à la croissance. Cette amélioration porte aussi la marque d’une forte reprise de la VA des industries de raffinage (+20,7% au T3-2017 contre -10,2% au T2-2017). A l’opposé, les VA des industries chimiques (-6,8%) et du textile, habillement et cuir (-1,7%) auraient impacté négativement la croissance dans le secteur des industries manufacturières.

Pour ce qui est des industries non manufacturières, leur V.A a poursuivi sa tendance baissière en reculant de 3,5% au cours du trimestre et contribuant à raison de -0,3pp à la croissance. Cette évolution a été marquée par la poursuite de la contraction des activités d’extraction de pétrole et du gaz naturel (-12,4% en VT, soit -21,6% en GA), liée essentiellement à l’arrêt de la production dans certains champs pétroliers, en relation avec la poursuite des troubles sociaux survenus à Tataouine et Kébili. Faut-il noter que la production du pétrole a connu une reprise durant le mois de septembre 2017 qui s’est d’ailleurs poursuivie en octobre, mais à un rythme moins important.

Les valeurs ajoutées dans les autres branches des industries non manufacturières, à savoir les industries d’électricité et gaz et les industries minières, ont progressé à un rythme relativement modéré, soit de 3,3% et 3,6% (en V.T) respectivement.

En effet, la production du phosphate n’a pas cessé de baisser, revenant de 407,8 mille tonnes en août à 356,5 mille tonnes, en septembre 2017 pour s’établir à 260,6 mille tonnes, en octobre, son niveau le plus bas de toute l’année, suite à l'arrêt de production au niveau de la région de Métlaoui qui a connu des mouvements de protestation et des revendications sociales. On notera, depuis, une amélioration de la production, en novembre (304,1 mille tonnes).

S’agissant de la VA des services marchands, elle s’est accrue de 1,3% au 3ème trimestre, contribuant à raison de +0,5 pp à la croissance globale. Cet accroissement provient, essentiellement, de la reprise de l’activité dans la branche "hôtellerie et restauration" (+5,3% en V.T. avec une contribution de +0,2 pp), la branche " transports " (+3,5% en V.T. avec une contribution de +0,2 pp) et dans la branche " commerce " (+1,6% en V.T. avec une contribution de +0,1 pp). Les indicateurs du secteur touristique, relatifs au 3ème trimestre 2017, montrent une amélioration au niveau du nombre des entrées des non-résidents, des nuitées et des recettes touristiques, en terme de glissement annuel, de l’ordre de 22%, 23% et 27% respectivement.

Progression des crédits aux professionnels présageant une reprise graduelle de l’activité économique

La note de Conjoncture de la Banque centrale de Tunisie, publiée jeudi, fait état d’une augmentation importante de 808MD des crédits à l’économie, en novembre 2017, par rapport au mois précédent (+12,9% contre +11,8% en octobre).

Ce net accroissement porte la marque, essentiellement, de l’accélération des crédits aux professionnels qui présage d’une reprise graduelle de l’activité économique, après une longue période de léthargie.

Selon les données avancées par la BCT, les crédits aux professionnels ont progressé de 61% sur les dix premiers mois de 2017, par rapport à la même période de l’année précédente, tirés principalement par une hausse significative des crédits de court terme. Cette évolution a profité essentiellement aux clients industriels et dans une moindre mesure, au secteur des services.

Quant aux crédits aux particuliers, ils ont progressé à un rythme moins rapide que celui enregistré une année auparavant (+1.823 MD à fin octobre 2017 contre +1.578 MD).

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