MAROC
27/12/2017 09h:43 CET

Procès des détenus du Hirak : Les avocats de la défense réfléchissent à "une éventuelle récusation du juge"

Youssef Boudlal / Reuters
Relatives of the leaders of Morocco's Hirak protest movement shout slogan outside the court in Casablanca, Morocco September 12, 2017. REUTERS/Youssef Boudlal

PROCÈS - Alors que le procès des détenus du Hirak se déroulait dans de meilleures conditions, au cours des dernières audiences passées les trois dernières semaines, celle d’hier a été marquée par un rebondissement sans précédent. Entre les avocats de la défense et le juge présidant l’audience un conflit a éclaté. "Nous ne pouvons plus faire confiance au tribunal", déclare au HuffPost Maroc, l’un des avocats de la défense, Mohamed Aghnaj.

Ce dernier ainsi qu’une cinquantaine de ses confrères présents à l’audience d’hier à la Cour d’appel de Casablanca se sont retirés quelques heures après son début. "Nous nous sommes retirés vers midi de l’audience, mais pas du dossier. Nous l’avons fait parce que le tribunal n’a pas interagi avec notre requête de faire la lumière sur les mauvais traitements que subissent les détenus du Hirak à Oukacha", explique Mohamed Aghnaj, précisant que les séquelles de ces mauvais traitements sont bien apparentes sur le corps d’un détenu en particulier, Mouhcine Atari. "Un procès ne peut se tenir si les détenus ne sont pas en sécurité", plaide l’avocat.

A l'audience, les avocats de la défense ont dénoncé les conditions de détention jugées "déplorables" des détenus et souligné que ces derniers ont entamé une grève de la faim pour protester contre celles-ci. Adhérant à la protestation, l'avocat Abdessadak Elbouchattaoui, membre du comité de défense, a préféré boycotter l'audience.

Dans un communiqué, publié hier, le comité des avocats de la défense explique son retrait et "appelle le tribunal et le parquet à assumer leur responsabilité vis-à-vis des détenus préventifs". "Nous avons interpellé le président de l’audience à ce propos. Il s’est retiré un moment avant de revenir pour poursuivre l’audience comme si de rien n’était. Nous avons alors décidé de contester ce silence face à notre requête en quittant l’audience", explique Mohamed Aghnaj.

Seuls les quatre avocats représentants la partie civile sont restés, mais pas pour longtemps. En l’absence des avocats de la défense, ceux de la partie civile ont mis en garde le tribunal contre le risque d’aboutir à "un procès nul". La Cour a fini donc par décider la désignation de deux avocats commis d’office pour permettre à l’audience de se poursuivre dans les règles juridiques qu’elle impose.

Entre temps, les détenus Nasser Zefzafi et Hamid El Mahdaoui ont été renvoyés par le juge pour avoir perturbé le déroulement de l’audience en demandant à prendre la parole. "La tension est montée d’un cran au cours de cette audience. Le juge aurait pu simplement faire appel au détenu ayant subi des maltraitances pour que ce dernier les lui montre. Il portait des traces flagrantes notamment sur ses mains. Mais il ne l’a pas fait", fustige Mohamed Aghnaj, estimant que, pour les avocats de la défense, "le juge n’est plus impartial" dans ce cas. "Nous sommes en train de discuter la possibilité de déposer une demande de récusation du juge", confie Mohamed Aghnaj, précisant que ce genre de demande implique une procédure complexe et que la décision reste du ressort de la Cour de cassation. La prochaine audience prévue le mardi 2 janvier risque donc d’être houleuse.

Dans un communiqué, le procureur général du roi près cette Cour d’appel de Casablanca a relayé le constat des avocats sur les conditions de détention des prisonniers et leur demande adressée à la Cour "pour prendre toutes les mesures juridiques nécessaires pour faire face à cette situation". Et d’ajouter qu’un représentant du ministère public est intervenu "pour affirmer que la grève de la faim observée par les accusés intervient en réaction aux mesures disciplinaires prises à l’encontre de l’un d’entre eux, par l’administration de cet établissement, après avoir violé les normes et les règlements en vigueur au sein des prisons. Les accusés avancent également qu’une partie de leurs revendications n’a pas été satisfaite".

Le parquet précise, par ailleurs, que le tribunal a décidé de rejeter les requêtes de la défense et de donner la parole au procureur général pour répondre aux requêtes préliminaires présentées par la défense et aux vices de forme.

Le procureur général indique aussi que "certains avocats de la défense ont annoncé leur retrait de l’audience, ce qui a contraint le tribunal à appliquer les dispositions de l’article 317 du code pénal pour la désignation de deux avocats dans la cadre de l’assistance judiciaire aux accusés".

Pour sa part, le parquet a chargé l’un de ses représentants d’'écouter et de connaitre les raisons poussant les détenus à observer la grève de la faim".

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