MAROC
25/12/2017 16h:19 CET

Incidents de Jerada: Genèse d'une protestation

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REVENDICATIONS - Un vent de tension sociale souffle sur Jerada. Les deux mineurs décédés dans un accident le 22 décembre ont finalement été inhumés aujourd’hui, mais la ville n’a pas retrouvé son calme. Quasi paralysée, Jerada a vécu ce lundi une grève générale suivie par la population. Cette dernière s’est constituée en commissions de quartiers afin de "faire entendre sa voix". Ses revendications? Des alternatives économiques viables à l’extraction clandestine de charbon afin de permettre aux familles de vivre dignement en l’absence de projets et d’initiatives socio-économiques pour le développement de la région.

La mine de tous les dangers

Tout a commencé vendredi dernier par le décès de deux jeunes frères habitant la région. Travaillant dans un puits clandestin d’extraction de charbon, ils sont surpris par un torrent d’eau alors qu’ils sont au fond de la fosse. La force du flot est telle qu’elle ne laisse aucune chance aux jeunes mineurs. Dépêchées sur place, les forces de la Protection civile ne pourront pas repêcher les corps. "Même s’ils étaient présents, les éléments de la Protection civile n’ont rien pu faire tellement c’était dangereux. Ce sont des habitants de la ville qui se sont finalement dévoués pour sortir les dépouilles", nous raconte Ahmed Bousmaha, président de la section locale de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) à Oujda.

jerada cimetière

Une opération de sauvetage périlleuse qui a duré plus de 24 heures. Rompus par la fatigue et le deuil, les esprits se sont vite échauffés lors du repêchage des corps et des protestations ont commencé à se faire entendre dans la foule. "Ce n’est pas la première fois que ça arrive, il ne se passe pas une année sans qu’une famille à Jerada ne pleure un de ses enfants, victimes des 'cendriers' (fosses minières d’où est extrait le charbon NDLR)", déplore Karim Saidi, membre du bureau national de l’Association nationale des diplômés chômeurs et natif de Jerada.

Les dépouilles prisent "en otage"

La situation s’est encore détériorée quand les familles ont refusé de réceptionner les dépouilles qui ont été transférées à la morgue. "Les familles ont voulu faire pression et ont refusé d’inhumer les défunts tant que la situation sociale des veuves et des orphelins n’était pas réglée", précise Ahmed Bousmaha. Les défunts frères étaient, en effet, mariés et avaient deux enfants pour le plus âgé (30 ans) et un seul pour le plus jeune (23 ans). Une "prise d’otage" que la population refuse de commenter arguant que "l’affaire concerne la famille". Les autorités auraient alors tenté "l’inconsidéré": inhumer clandestinement les deux frères la nuit du samedi, à en croire un représentant de la famille.

jerada manif

"C’est une personne du quartier qui a alerté la famille après avoir vu que deux tombes étaient en train d’être creusées au cimetière, juste en face de la morgue", relate au HuffPost Maroc le président de la section locale de l’AMDH. Le frère des victimes s’est immédiatement déplacé sur les lieux et a pu identifier les corps qui étaient encore à la morgue. Mais les doutes sur cette énième "provocation" des autorités auront été suffisants pour qu’une manifestation soit prévue le lendemain.

Des manifestations pacifiques et aucune arrestation n'a été enregistrée

Dimanche 24 décembre, cette localité de plus de 43.000 habitants allait connaître l’une de ses plus imposantes marches de protestation. Plusieurs dizaines de milliers de personnes, à en croire Ahmed Bousmaha qui était présent sur les lieux, se sont déplacées de la morgue au siège de la commune. Il n’est déjà plus question que du drame puisqu’au milieu des revendications des familles se sont ajoutées d’autres d’ordre plus général.

Car le décès des deux frères a attisé une situation déjà tendue dans la ville. Des manifestations avaient déjà eu lieu le jeudi 21 décembre contre des factures d’eau et d’électricité jugées "trop coûteuses". En cause "les agents de l’ONEE qui se sont déplacés pour enlever les compteurs de certains habitants du quartier El Massira en cessation de paiement", déclare au HuffPost Maroc Karim Saidi.

Pour l’instant, les manifestations se sont déroulées de manière pacifique et les autorités n’ont procédé à aucune arrestation de l’aveu même des acteurs associatifs présents. La situation avec les familles des défunts a également pu être réglée grâce à l’intervention du président du Conseil de la région, Abdennabi Bioui resté injoignable malgré nos nombreuses sollicitations.

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