TUNISIE
25/12/2017 12h:25 CET | Actualisé 25/12/2017 12h:33 CET

À Tunis, les chrétiens fêtent Noël en toute discrétion selon RFI

MUMBAI, INDIA - DECEMBER 24: A man dressed as Santa Claus roams around,decorates tree and distribute gifts to people at Bandra  in Mumbai,India, on Sunday ,December 24, 2017. (Photo by Satyabrata Tripathy/Hindustan Times)
Satyabrata Tripathy/Hindustan Times
MUMBAI, INDIA - DECEMBER 24: A man dressed as Santa Claus roams around,decorates tree and distribute gifts to people at Bandra in Mumbai,India, on Sunday ,December 24, 2017. (Photo by Satyabrata Tripathy/Hindustan Times)

Comment fête-t-on Noël en Afrique? C'est la question que se sont posée les journalistes de RFI, et parmi les pays abordés, la Tunisie.

Comment cette fête chrétienne est-elle accueillie dans un pays musulman comme la Tunisie?

Samedi 23 décembre 2017, une quarantaine de personnes se sont réunies à l’église anglicane Saint-Georges de Tunis, pour le repas de Noël. Un Tunisien chrétien, converti depuis cinq ans, a témoigné à RFI des difficultés que rencontrent les Tunisiens de confession chrétienne pour exercer leur foi.

Pour la plupart des familles tunisiennes, la reconversion religieuse est inacceptable allant même jusqu'à rejeter leurs enfants ou leurs proches pour cette décision, "On a créé notre propre famille, on est solidaires", affirme-t-il.

Guirlandes lumineuses sur les murs, couronnes sur les portes, sapins dans tous les coins. Quand les couleurs de Noel habillent les rues et les maisons, un peu partout dans le monde, en Tunisie, les chrétiens se font plutôt discrets.

"Une discrétion qui est même institutionnalisée pour les catholiques qui ont interdiction de faire du prosélytisme depuis la signature, en 1963, d’un modus vivendi entre la Tunisie et le Vatican", explique la journaliste de RFI.

Aucun signe religieux ne doit être à l’extérieur de l’église. Ni cérémonie, ni arbre de Noël, tout ça doit être à l’intérieur de l’église", souligne Ilario Antoniazzi, l’archevêque de Tunis, à RFI

"L’essentiel pour ces croyants est le fait de se réunir pour la traditionnelle messe de Noël. Le dispositif sécuritaire devrait être renforcé pour l’occasion devant les églises tunisiennes", conclut la journaliste.

Au-delà de l'aspect festif, Noël est une occasion qui reflète l'état des lieux de la situation des Tunisiens chrétiens pour lesquels Noël est plus qu'une simple fête.

La conversion à d'autres religions demeure un tabou en Tunisie et un péché suprême pour l'orthodoxie religieuse islamique. Face à cette hostilité comment ces personnes converties y font face? "Notre Constitution consacre la liberté de conscience et de culte mais ces principes restent des lettres mortes. Nous sommes une minorité dans une société musulmane 'par hérédité'. Nous sommes stigmatisés pour ce que nous sommes et dénigrés: certains se moquent de nous et d'autres, les plus dangereux, nous désignent comme étant des mécréants", avait déploré Eric (Pseudonyme), un converti tunisien, dans un entretien avec le HuffPost Tunisie en décembre 2016.

"Noël est pour nous chrétiens tunisiens, un grand moment de communion entre nous les fidèles, de rassemblement pour la dévotion de Dieu, de vie dans l'église", avait aussi souligné Amira (pseudonyme), au HuffPost Tunisie.

Pour Mohamed Elarbi Nsiri, historien des mentalités et des religions en Afrique du Nord, ce rejet des chrétiens convertis ou pas résulte d'une peur et d'une crise identitaire sévissante dans la société tunisienne, "ces personnes dérangent parce qu'elles sont porteuses de la différence dans une société obsédée par l'apparence de l'homogénéité, ce qui la rend peu tolérante avec les minorités qu'elles soient religieuses, raciales ou autres", explique-t-il au HuffPost Tunisie.

Il n'est pourtant pas interdit d'afficher des signes religieux musulmans, ou de fêter librement les fêtes religieuses musulmanes, en Europe ou en Amérique,

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