TUNISIE
23/12/2017 16h:58 CET

L'État tunisien a-t-il été défaillant face aux Émirats dans la gestion de l'interdiction de voyager des Tunisiennes?

Les réactions fusent après l'interdiction de voyager des Tunisiennes vers les Émirats arabes unis.

Les autorités émiriennes ont indiqué dans un communiqué publié, vendredi 22 décembre, que cette décision provisoire a été prise pour des raisons sécuritaires. Plus tard, la compagnie Emirates Airlines a levée l'interdiction. Ni l'ambassade des Emirats Arabes Unis en Tunisie, ni le consulat n'ont été prévenus de cette restriction.

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Les commentaires indignés ont submergé les réseaux sociaux et les médias mais pas seulement. Samedi, plusieurs associations et partis politiques ont pris position dans cette affaire.

Côté médias, la chroniqueuse de Mosaïque Fm, Dalila Ben Mbark Msaddak a adressé une critique acerbe aux Émirats arabes unis. Pour elle, cette décision est à l'image de cet État dont la civilisation se résume en "une tente, un chameau et un poème" et "pour qui la femme est un outil de reproduction et l'argent est un moyen pour acheter le sexe, les femmes, les hommes et les identités et qui mesure l'honneur selon la longueur de la abaya (tenue longue noire portée par les femmes)". (vidéo ci-dessous)

La chroniqueuse estime que cette interdiction doit faire réjouir les Tunisiens et notamment les Tunisiennes dont l'aura et le statut exacerbent les pays du golf.

Même son de cloche chez Lotfi Laamari, chroniqueur à la chaine El Hiwar Ettounsi, qui reproche à l'État tunisien son inertie. "Après la Turquie, le Qatar, c'est le tour des Émirats arabes unis et ça va durer", a-t-il alerté, en pointant du doigt "la mollesse" de la politique étrangère de la Tunisie qui favorise le rapetissement et l'affaissement pratiqués par des États comme les Émirats, qui n'oseraient jamais faire cela à d'autres grands pays. (vidéo ci-dessous)

"Qu'est ce que cette politique nous apporte, rien (...) alors que nous traversons une crise économique", a-t-il fustigé. Pour le chroniqueur la Tunisie aurait dû renvoyer l'ambassadeur de ce pays et demander des excuses officielles.

Le leader du parti "Machrou Tounes", Mohsen Marzouk a pointé du doigt, via sa page Facebook, la diplomatie tunisienne "qui n'a pas la capacité de prévenir ces incidents", appelant à ne pas suivre les agendas des forces belligérantes dans le conflit régional. Il a également insisté sur le fait que cette "faute de la compagnie émirienne" ne doit pas entacher les relations "historiques et solides" entre les deux pays.

Le mouvement "Al Irada" a appelé l'État tunisien à réagir fermement, accusant les Émirats de faire obstacle au processus de transition démocratique en Tunisie. Quant au parti Al Massar, il appelle les Tunisiens à boycotter les compagnies aériennes des Émirats et l'État à préserver la dignité de ses citoyens en prenant des mesures fermes.

La société civile tunisienne a également fustigé cette interdiction. La Ligue tunisienne des droits de l'Homme, l'association tunisienne des Femmes Démocrates, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux et Beity ont publié un communiqué commun pour dénoncer l'interdiction contraire aux lois internationales, et qui porte atteinte à la souveraineté de la Tunisie et bafoue la dignité des Tunisiennes. Le communiqué explique cette mesure discriminatoire contre les femmes comme une réaction des Émirats contre la décision des autorités tunisiennes de renvoyer des chasseurs d'oiseaux émiratis.

L'ONG Aswat Nissa dénonce une "décision choquante et moyenâgeuse venant d’un pays qui se veut moderne et innovant. Cette restriction ne vise pas seulement les femmes tunisiennes mais tout le peuple tunisien, c’est une insulte envers la Tunisie!"

Ces réactions se succèdent alors qu'une citoyenne tunisienne appelée Maha Jouini a révélé sur son compte Facebook, qu'elle a été empêchée, ce samedi 23 décembre, de voyager de l'aéroport Rafik Al Hariri à Beyrouth à bord d'un avion de la compagnie aérienne "Etihad" Abu Dhabi, à cause de sa nationalité tunisienne (vidéo ci-dessous)

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