ALGÉRIE
23/12/2017 06h:27 CET | Actualisé 23/12/2017 06h:28 CET

Catalogne, et après?

Eric Gaillard / Reuters
Spanish and Catalan flags are displayed in the main press center for tomorrow's regional elections in Barcelona, Spain December 20, 2017. REUTERS/Eric Gaillard

La victoire du camp indépendantiste en Catalogne, qui coïncide avec le succès d'un parti anti-sécession, prolonge l'incertitude économique et politique dans une région plus divisée que jamais, soulignent des analystes.

Dissension

Les électeurs catalans ont accordé jeudi aux trois listes indépendantistes une majorité absolue en sièges au parlement régional, comme ils l'avaient fait en 2015.

Les électeurs indépendantistes n'ont pas été découragés par la fuite de plus de 3.100 entreprises qui ont déménagé leur siège social hors de Catalogne ni le refus de l'Union européenne d'intervenir dans le conflit.

En parallèle, le parti anti-sécession Ciudadanos est devenu, pour la première fois, la formation la plus votée dans la région, (37 sièges sur 135), confirmant qu'une large part des Catalans veut rester en Espagne.

"Nous sommes maintenant dans une société plus polarisée, plus marquée par l'antagonisme, où la possibilité d'une solution consensuelle est plus réduite qu'il y a un an", a déclaré à l'AFP le politologue catalan Oriol Bartomeus.

Puigdemont, le retour?

Ciudadanos a remporté le plus grand nombre de voix et de sièges mais manque d'alliés pour former une coalition de gouvernement.

Il incombe donc de nouveau aux trois forces indépendantistes de tenter de former un gouvernement en surmontant leurs différends, et les obstacles de l'exil et la prison.

La liste emmenée par le président catalan destitué par Madrid, Carles Puigdemont, a devancé celle de son vice-président Oriol Junqueras avec 34 sièges contre 32. La CUP, d'extrême gauche, a remporté quatre sièges.

Mais M. Puigdemont, qui s'était exilé en Belgique pour échapper aux poursuites judiciaires, serait arrêté s'il revenait en Espagne.

M. Junqueras lui, est en détention provisoire. Cinq autres indépendantistes élus jeudi sont également en prison ou en exil.

Les élus détenus pourraient être autorisés à participer à l'investiture au parlement mais ils ne pourraient de toutes façons pas assister au quotidien aux sessions parlementaires, souligne le professeur de droit à l'Université autonome de Barcelone Rafael Arenas.

Cela aggraverait le ressentiment de leurs militants, déjà indignés par le sort des "prisonniers politiques". En d'autres termes, une stratégie de "confrontation" et de "scandale", dit Arenas.

M. Puigdemont pourrait choisir de rester en Belgique, en renonçant à son poste et en endossant le costume de "président en exil".

Les élus détenus aussi pourraient céder leur siège et se faire remplacer par le suivant sur la liste, et un gouvernement serait formé tant bien que mal, permettant de mettre fin à la tutelle de la région.

Autre tentative de sécession?

Reste à savoir si les indépendantistes relanceront leur processus vers la sécession. Aucun parti ne l'a clairement écarté durant la campagne.

Mais pour Inès Arrimadas, candidate de Ciudadanos en Catalogne, la division de la société catalane ne les autorise pas à le faire: "si le processus indépendantiste n'avait pas de sens hier, il en a encore moins aujourd'hui", a-t-elle dit.

Il y aura aussi de nouvelles pressions pour pousser Madrid et Barcelone à négocier.

Le gouvernement allemand s'est déjà dit confiant "que tous les acteurs en Espagne (…) vont user des nombreuses opportunités de dialogue et de désescalade".

Conséquences économiques

La tentative de sécession a affecté l'économie catalane. Le tourisme a ralenti, de même que la création d'emplois et la consommation.

"On s'attend à ce que l'économie régionale se détériore encore, avec des répercussions sur l'économie nationale, sauf si la croissance d'autres régions compense", écrit l'agence de notation Moody's.

"Personne ne va investir en Catalogne jusqu'à ce que la situation s'éclaircisse", avertit l'économiste Jose Carlos Diez.

Rajoy affaibli

Le grand perdant de ces élections régionales est le Parti populaire (PP) de M. Rajoy, tombé de 11 à trois sièges.

Premier parti du pays, impopulaire de longue date dans la région, le PP chute au moment où le nouveau parti libéral Ciudadanos triomphe en Catalogne. Et cela pourrait entraîner une redistribution de l'électorat de droite au niveau national.

"La victoire de Ciudadanos en Catalogne donnera probablement au parti un élan supplémentaire dans les sondages au niveau national", estime Antonio Barroso, directeur de recherches adjoint de Teneo Intelligence.

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