TUNISIE
21/12/2017 08h:57 CET

La capacité d'accueil dans les centres de détention dépasse parfois les 300%, alerte le président de l'Instance nationale pour la prévention de la torture

Soldiers speak in front of the prison on February 7, 2011 in Kef, northern Tunisia. Hundreds of angry protesters gather in front of the Kef police station after the announcement of the death of two individuals kept in their jails on February 7, 2011. The fire departement was mobilised to put out car fires. Four people were killed here when protesters set a police station ablaze amid fresh clashes Sunday.  'There's panic in the town. The district's security forces building is on fire,' said labou
FETHI BELAID via Getty Images
Soldiers speak in front of the prison on February 7, 2011 in Kef, northern Tunisia. Hundreds of angry protesters gather in front of the Kef police station after the announcement of the death of two individuals kept in their jails on February 7, 2011. The fire departement was mobilised to put out car fires. Four people were killed here when protesters set a police station ablaze amid fresh clashes Sunday. 'There's panic in the town. The district's security forces building is on fire,' said labou

"Les conditions de détention en Tunisie sont encore très loin des standards nationaux et internationaux", a martelé Fathi Jarrayprésident de l'Instance nationale pour la prévention de la torture (INPT) lors de son audition par l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) concernant le projet de loi sur l’Instance des droits de l’homme.

Il a indiqué que la capacité d'accueil enregistrée dépasse parfois les 300% dans les centres de détention, ce que constitue un terreau fertile pour des atteintes à la dignité des détenus.

Fathi Jarray souligne également que les cas de mauvais traitement et de torture perdurent dans ces centre "malgrés le fait que l'exécutif affirme clairement que ce sont des cas isolés et pas une politique générale de l'État, mais peu importe le résultat est le même et les dérives existent", a-t-il ajouté, en insistant sur le nécessité de promouvoir la culture du bannissement de la torture et d'une police républicaine.

LIRE AUSSI: Des gardiens de prison impliqués dans des actes de torture? "Des cas isolés" selon le porte-parole de la direction générale des prisons

Cette mise en garde trouve sa justification dans les chiffres avancés par le ministère de la Justice sur l'encombrement dans les prisons tunisiennes. Ces chiffres ont révélé que la capacité d'accueil dans certaines prisons tunisiennes est alarmante. À Kairouan, la surpopulation carcérale avait atteint plus de 113%, plus de 92% à Monastir, plus de 65% à Sousse et plus de 66% à Mornag. Le ministère avait noté que 50% des détenus seulement étaient en état d’arrestation.

Selon un rapport publié par le Centre international d'études pénitentiaires (CIEP), la Tunisie est le deuxième pays du Maghreb qui emprisonne le plus, après le Maroc, en terme de ratio par rapport à la population. Avec 23.686 détenus sur une population estimée à 11,15 millions d'habitants, 0,21% de la population tunisienne se trouve en prison, dévoile le rapport.

Pour pallier à cet encombrement, certains responsables, à l'instar de Leila Jdidi, à la tête de l’établissement pénitentiaire de la Rabta appellent à la construction de plus de prisons. À noter que Jalloul Chelbi, le responsable national du programme de la réforme de la justice, a annoncé récemment qu'un projet de loi visant à changer la nature de certaines peines sera prêt avant la fin de l'année prochaine afin d'être soumis au Conseil des ministres puis à l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) pour adoption.

Chelbi a expliqué par ailleurs que ce projet vise à désengorger les prisons en Tunisie en mettant en place des peines alternatives comme le placement sous surveillance électronique ou encore le système de semi-liberté et le placement à l’extérieur. À noter que ces mesures, mises en place dans de nombreux pays, permettent à la personne condamnée de quitter l’établissement pénitentiaire pour exercer une activité professionnelle, chercher un travail, s'investir dans un projet d'insertion socio- professionnel, et ce, afin de prévenir le risque de récidive.

LIRE AUSSI:

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.