MAROC
20/12/2017 14h:18 CET

Un nouveau projet de loi pour améliorer l'efficacité de la Police des Eaux

HuffPost Maroc

EAU - "Des soldats qui agissent dans l'ombre". C'est ainsi que la secrétaire d'État de l’Eau Charafat Afailal, décrit les agents de la "Police des Eaux". C'est à l'occasion d'une journée d'étude tenue ce mercredi à Rabat, que la secrétaire d'État a présenté le nouveau projet de loi visant à valoriser ces hommes et femmes qui veillent à la protection de l'eau.

"À travers cette journée, nous voulons définir et démystifier le métier de la police des eaux, mais aussi motiver les agents, les encadrer et renforcer leurs capacités pour qu'ils puissent jouer pleinement leur rôle", a déclaré Charafat Afailal à la presse.

secrétaire état eau maroc

La secrétaire d'État de l’Eau, Charafat Afailal.

Cette "Police des eaux" est ainsi chargée de "renforcer le contrôle de l'exploitation et l'utilisation du domaine public hydraulique pour qu'il soit préservé et exploité d'une manière durable", comme l'explique la secrétaire d'État.

Dans un contexte marqué cette année par les manifestations de la soif à Zagora, le retard des pluies et les agriculteurs qui s'inquiètent pour leur récoltes, l'initiative ne pouvait pas mieux tomber. Pourtant, la Police des Eaux ne date pas d'hier.

Le corps de la police avait été créé en 1925, durant le protectorat français, sous un Dahir sur le régime des eaux qui a ensuite été renouvelé en 1995 dans la loi 10-95. Il figurera encore une fois en 2016 dans le texte de loi 36-15 relative à l'eau.

Malgré ces amendements, les lacunes ont persisté et les conditions de travail de ces agents ont perduré. "Nous travaillons sur le terrain mais aussi dans l'administration", explique au HuffPost Maroc Mohammed El Hachimi, agent assermenté qui travaille au service de cet organe depuis plus de 20 ans. "Notre mission fondamentale consiste en premier lieu à sensibiliser le public afin que le contrôle soit fait de manière automatique et autonome", déclare, optimiste, Mohammed El Hachimi.

Ils ne sont aujourd'hui que 221 déployés dans 10 bassins différents du royaume couvrant une surface totale de 720.000 mètres carrés, à jongler entre les tâches administratives et le contrôle sur le terrain. Un manque d'effectif en ressources humaines auquel ce projet de loi veut remédier. "On espère atteindre 500 personnes d'ici 2018", confie Mohammed El Hachimi.

"Il n'y avait pas de logistique avant ce projet de loi, nous n'avions pas de véhicules avec le signe de la Police des Eaux, pas de carte professionnelle, pas d'uniformes, pas de programme concret... Les outils juridiques étaient là mais nous n'avions rien pour les appliquer", souligne pour sa part Naziha Chekroun, chef de service au sein de la police des eaux.

police des eaux 3

Cette situation persistante depuis quelques décennies a probablement écorné la crédibilité de ces agents. Au point de s'être retrouvés à plusieurs reprises victimes de coups et blessures ou de menaces par les personnes ayant commis des infractions.

"Nous ne disposons pas d'une force publique dans l'exercice de notre métier, mais nous travaillons en coordination avec eux", relève Mohammed El Hachimi. "Nous pouvons saisir le matériel utilisé dans l'infraction, rédiger des PV mais nous devons bien sûr attendre la réponse du procureur du roi", explique-t-il.

Plusieurs infractions se sont retrouvées ainsi sans réelles sanctions, signalera le représentant du ministère de l'Agriculture et de la pêche maritime durant cette journée d'étude. Ce qui expliquerait sans doute que les infractions se multiplient. La région d'Al Haouz a ainsi enregistré a elle seule près de 200 infractions pendant cette année.

Une formation continue des agents sera par ailleurs mise en place pour dispenser aux agents de la Police des Eaux le savoir juridique nécessaire pour appliquer la procédure adéquate et mener à bien leur rôle en tant que protecteur de cette source qui manque parfois cruellement à nos terres.

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