MAROC
19/12/2017 09h:24 CET

Des massacres contre les Rohingyas planifiés par l'armée birmane, selon Human Rights Watch

Rohingya refugees wait for a food distribution at the Balukhali refugee camp near Cox's Bazar, Bangladesh December 15, 2017. REUTERS/Alkis Konstantinidis
Alkis Konstantinidis / Reuters
Rohingya refugees wait for a food distribution at the Balukhali refugee camp near Cox's Bazar, Bangladesh December 15, 2017. REUTERS/Alkis Konstantinidis

BIRMANIE - Des massacres commis contre les minorités Rohingyas, dans l'ouest de la Birmanie, auraient été planifiées par l'armée birmane avec l'aide des populations bouddhistes, selon un rapport publié mardi par Human Rights Watch (HRW). L'ONU dénonçait déjà hier des "opérations planifiées" de la Birmanie contre les Rohingyas, n'excluant pas la possibilité d'un "génocide" organisé.

L'ONG, pour sa part, dénonce un massacre "méthodique" mené dans le cadre d’une campagne de nettoyage ethnique par l'armée, forçant plus de 645.000 Rohingyas à fuir vers le Bangladesh depuis août dernier. Dans son rapport intitulé "Massacre sur les rives du fleuve: crimes contre l’humanité de l’armée birmane à Tula Toli", HRW détaille sur trente pages les procédés utilisés en s'appuyant sur des témoignages recueillis auprès de survivants: exécutions systématiques, persécutions, viols par centaines, incendies, déportations forcées...

Des atrocités préméditées

Le rapport apporte certaine précisions sur ce qui s'est passé dans la matinée du 30 août, lorsque des centaines de soldats birmans en uniforme et des villageois armés de l’ethnie Rakhine (bouddhiste) sont arrivés à Tula Toli pour y perpétrer des violentes attaques. Selon les témoignages, le chef des Rakhine avait demandé à de nombreux villageois de se rassembler sur la plage près de la rivière, prétextant qu'ils y seraient en sécurité. Les forces de sécurité ont alors encerclé la zone et tiré sur la foule de Rohingyas rassemblée et ceux qui tentaient de fuir.

"Les atrocités de l’armée birmane à Tula Toli n’ont pas seulement été brutales, elles ont été systématiques", a déclaré Brad Adams, directeur de Human Rights Watch Asie. Les soldats ont tué et violé des centaines de Rohingyas avec une efficacité particulièrement cruelle et qui n’a pu qu’être planifiée à l’avance."

Parmi les témoignages recueillis, une jeune femme, dont le mari et le beau-père ont été tués sous ses yeux, affirme que les tueries sur la plage ont duré plusieurs heures. "Ils attrapaient les hommes et les forçaient à s’agenouiller puis ils les tuaient. Ensuite ils empilaient leurs corps. D’abord ils les abattaient et s’ils étaient encore vivants, ils les achevaient à coups de machettes ... Il leur a fallu une heure et demie pour transporter tous les corps."

Les soldats et villageois Rakhine auraient par la suite brûlé les corps dans de profondes fosses creusées dans le sable pour détruire les preuves du massacre.

Témoignages recueillis par HRW sur le massacre perpétré par l’armée birmane dans le village rohingya de Tula Toli, le 30 août 2017

L'ONU évoque un génocide

En septembre dernier, l'ONU qualifiait les persécutions subies par cette minorité musulmane de "nettoyage ethnique". Ce lundi, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a déclaré qu'il est très clair que la Birmanie a "planifié" les attaques violentes à l'encontre de la minorité musulmane Rohingyas, provoquant un exode massif dans ce qui apparaît comme un possible "génocide".

"Pour nous, c'était clair (…) que ces opérations avaient été organisées et planifiées", a affirmé Zeid Ra'ad Al Hussein, haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme dans une interview accordée à l'AFP. "Vous ne pouvez pas exclure la possibilité d'actes de génocide," a-t-il ajouté. L'organisme n'a toujours pas pu se rendre sur place mais aurait établi un rapport sur cette crise faisant part de "crimes horribles, d’enfants pourchassés et égorgés", toujours selon le haut-commissaire.

Jusqu'ici, l'armée birmane a toujours nié toutes attaques contre les civils, assurant que seules 400 personnes avaient été tuées parmi lesquelles "aucun innocent". Mais Zeid Ra'ad Al Hussein ne croit pas à la thèse de la répression contre des rebelles et affirme que les civils étaient la cible visée.

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