MAROC
19/12/2017 14h:00 CET

Les femmes, premières victimes des inégalités en matière de santé dans le monde

UNFPA / David Brunetti

DROITS HUMAINS - Le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) a présenté, hier à Rabat, un rapport annuel sur la population mondiale qui met en exergue une aggravation des inégalités à l'échelle mondiale. Intitulé "Des mondes à part: Santé et droits en matière de reproduction à une époque marquée par les inégalités", l'étude révèle des données et statistiques alarmants.

Le FNUAP a rappelé qu'en 2015, la richesse cumulée des 2473 milliardaires du monde équivaut à 80% du PIB cumulé de tous les pays du monde. Les disparités économiques et l'inégale répartition des richesses nourrissent d'autres inégalités qui fragilisent l'accès aux droits et opportunités dans les pays en voie de développement.

Les femmes, premières victimes

Parmi ces inégalités croissantes, les droits en matière de reproduction et leur impact sur le statut de la femme sont soulevés et constituent la thématique centrale du rapport. Absence de planification familiale, accès limités aux soins prénataux, accouchements sans aide médicale d'un médecin ou d'une sage-femmes... "Dans la plupart des pays en développement, les femmes les plus pauvres ont le moins de pouvoir de décider si, quand et à quelle fréquence tomber enceinte", avance Bérangère Böell-Yousfi, directrice du FNUAP Maroc, dans un discours.

225 millions de femmes qui souhaitent avoir recours à des méthodes de planification familiale efficaces et sans danger n’en ont pas la possibilité, car elles n’ont pas accès aux informations et aux services nécessaires, ou ne sont pas soutenues par leur partenaire ou leur communauté.

Le rapport estime que cette situation entraîne chaque année 89 millions de naissances non planifiées et 48 millions d'avortements à l’échelle mondiale. "La contraception est souvent hors de portée des plus pauvres, en particulier celles qui sont les moins instruites et vivent dans les zones rurales, ce qui les expose à un risque accru de grossesse non désirée", ajoute Bérangère Böell-Yousfi.

Non seulement la santé des femmes est mise en péril, mais leur capacité à entrer sur le marché du travail ou à y rester se trouve également limitée, les freine dans leur émancipation et dans leur participation à la vie économique de la société.

Le Maroc: entre progrès et retards

L'organisme a mis en relief les avancées et progrès du Maroc en matière de réduction de la mortalité infantile. On compte dans le pays, en moyenne, 72,6 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes en 2016 contre 112 en 2010. Cependant, davantage d'efforts doivent être fournis pour éliminer les disparités entre les milieux urbains et ruraux: les derniers chiffres font état d'une mortalité maternelle plus élevée (plus du double) chez les femmes issues de milieux ruraux que chez les citadines.

D’après une enquête récente du ministère de la santé, plus de la moitié des femmes les plus pauvres ne se font pas suivre durant toute leur grossesse et près des deux tiers accouchent à domicile. La fécondité de ces femmes représente le double de celle des plus riches: le risque de mortalité et morbidité maternelles est donc plus élevé parmi les plus démunies au Maroc.

Concernant le taux d’utilisation des méthodes contraceptives modernes, il s’élève à 56.7%. L’utilisation des méthodes contraceptives connait une forte dominance de la pilule au détriment des méthodes de longue durée.

Lors de cette rencontre à Rabat, le ministère de la santé a rappelé les actions dans lequel il s'est engagé à travers la mise en place du programme national "Santé sexuelle et reproductive et violence fondée sur le genre: institutionnalisation du programme national de prise en charge des femmes victimes de violences".

Ce dernier vise à assurer une prise en charge médicale et médico-sociale des femmes et des enfants victimes de violence dans des unités créées à cet effet au niveau des hôpitaux publics et de réseau de soins de santé primaire.

Le FNUAP a souligné l'urgence d'agir et de prendre des mesures pour réduire ces inégalités en matière de reproduction et de santé car "le monde pourrait faire face à des troubles, la paix pourrait être compromise et les objectifs mondiaux de développement risquent de ne pas être atteints".

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