TUNISIE
18/12/2017 08h:45 CET

Pourquoi Afek Tounes a choisi de quitter le gouvernement? Le président du parti Yassine Brahim y répond

Zoubeir Souissi / Reuters
Tunisia's Investment Minister Yassine Brahim speaks with Reuters journalists in Tunis, Tunisia, October 28, 2015. Tunisia hopes to double annual inflows of foreign investment over the next five years by pushing through legal reforms and reducing industrial unrest, Brahim said. To match Reuters Summit TUNISIA-INVESTMENT/ Picture taken October 28, 2015. REUTERS/Zoubeir Souissi

Le parti Afek Tounes a décidé de quitter le gouvernement d'Union nationale à l'issue de son Conseil national extraordinaire tenu, samedi 16 décembre 2017. Dans une interview accordée à Express Fm, le président d'Afek, Yassine Brahim, est revenu sur les raisons qui ont poussé le parti à prendre une telle décision et se joindre à l'opposition.

Une décision qui s'explique par le fait que les deux partis au pouvoir Ennahdha et Nidaa Tounes ont dévié des principes de l'accord de Carthage, dans une alliance stratégique, qui ressemble plutôt à une alliance pour couvrir la corruption, a-t-il noté. Et d'ajouter qu'ils se sont ralliés avec un troisième parti qui a déjà rompu avec cet accord. "Ils veulent s'accaparer du pouvoir et diriger seuls le pays" a-t-il martelé.

La loi de finances, "c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase"

Mais c'est surtout la loi de Finance 2018 qui a basculé la situation, a-t-il estimé. Pour lui, c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase du fait qu'elle s'oppose totalement à l'esprit d'union nationale et s'écarte de la vision d'Afek Tounes. "C'était la grande surprise" a-t-il répliqué. Pour Yassine Brahim, le budget de l'Etat et la loi de Finance 2018 sont purement comptables. Ils ne prennent pas en considération la situation réelle du pays et les problèmes auxquels il est confronté. D'après lui, leur seul souci est de renflouer les caisses de l'État et collecter le maximum de ressources. "La loi de Finances 2018 est une loi de 'contrebandiers' "a-t-il renchéri en arguant qu'elle favorise le marché parallèle et la corruption.

Plus de 75% des présents étaient pour la décision de quitter le gouvernement

Par ailleurs, Yassine Brahim a fait savoir que la décision de quitter le gouvernement a été prise par les institutions du parti."Malgré le fait que certaines personnes ont quitté la salle avant le démarrage du vote, 75% ont assisté et ont approuvé cette décision" a-t-il encore précisé en assurant que les ministres d'Afek Tounes approuvent ce choix vont, aujourd'hui, quitter officiellement le gouvernement.

Effectivement, les quatre ministres d'Afek Tounes ont présenté lundi leur démission au chef du gouvernement Youssef Chahed. Une démission qui a été refusée par le chef du gouvernement.

Par ailleurs si Abdelkadous Saâdaoui a annoncé sa démission du parti Afek Tounes, Riadh Mouakher, Faouzi Ben Abderrahmen et Hichem Ben Ahmed ont quant à eux gelé leur adhésion.

Des dirigeants d'Afek Tounes se rebellent contre Yassine Brahim

Pourtant des leaders du parti ont totalement refusé le retrait d'Afek Tounes du gouvernement et ont décidé de geler leur adhésion au parti. Ils ont manifesté leur regret et leur mécontentement quant à ce qu’ils ont qualifié de "pratiques suspectes" au sein de leur parti. Dans un communiqué rendu public, un nombre de dirigeants d’Afek Tounes dont des membres du bureau exécutif, du bureau politique, du conseil national et du bloc parlementaire du parti ont exprimé leur attachement au pacte de Carthage et leur soutien au gouvernement, comme garant de la stabilité politique et sociale.

Ces derniers ont également appelé les adhérents, dirigeants à faire preuve de responsabilité et à mettre l’intérêt national avant tout vu le contexte difficile que connait le pays en imputant la responsabilité des décisions prises par le conseil national et de leurs retombées, au président du parti, Yassine Brahim.

Selon Hager Ben Cheikh Ahmed, Afek Tounes est dans la mauvaise direction

Intervenant ce matin du lundi 18 décembre 2017 sur les ondes de Shems Fm, la députée Hager Ben Cheikh Ahmed qui a gelé son adhésion au sein d'Afek Tounes, samedi le jour de la réunion extraordinaire du conseil national, a estimé que son parti est en train de dévier de sa trajectoire.

"Il y'a eu plusieurs infractions procédurales concernant la réunion du conseil national d’Afek Tounes, notre décision n’est pas venue en réponse au gouvernement ou à la loi de finances" a-t-elle expliqué, et ce contrairement aux déclarations de Yassine Brahim. Elle a également, mis en exergue l'incohérence de certaines décisions prises par le président du parti: "La réunion du conseil national du parti pour décider le retrait ou pas du gouvernement, aurait du avoir lieu avant le vote sur la loi de finances et non pas après pour que toutes les décisions du parti restent cohérentes entre elles et expriment la position de Afek Tounes" a-t-elle souligné.

Ben Cheikh Ahmed a critiqué, d'autre part, la prise de décision unilatérale de la part du président du parti qui "ne respectait pas les règles de la démocratie participative" et "marginalise tous ceux qui ne partagent pas son avis".

La députée de Afek Tounes a exprimé son maintien à Afek Tounes et a appelé à "rectifier la trajectoire du parti" et ce par l’organisation d’une nouvelle réunion du conseil national. "La décision de quitter le gouvernement pourrait éventuellement être révisée" a-t-elle noté.

Le parti Afek Tounes est représenté dans le gouvernement de Youssef Chahed par Riadh Mouakher, ministre des Affaires locales et de l’Environnement, et Faouzi Abderrahmen, ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi.

Le parti est aussi représenté par Hichem Ben Ahmed, secrétaire d’Etat auprès du ministre du Commerce, chargé du Commerce extérieur, et Abdelkoddous Saadaoui, secrétaire d’Etat auprès de la ministre de la Jeunesse et des Sports, chargé de la Jeunesse.

Il est à rappeler qu'à l'issue d'une réunion de concertation entre les mouvements Ennahdha, Nidaa Tounes et l'Union patriotique libre (UPL), un appel a été lancé auprès des formations politiques dont notamment Afek Tounes et Machrou Tounes à quitter la coalition au pouvoir. Une position qui a été formulée suite à l'attitude de ces derniers vis-à-vis de la loi de finance de 2018, explique la porte-parole du parti, Samira Chaouachi, dans une déclaration accordée aux médias. Les trois partis ont critiqué les parties signataires du Document de Carthage qui n’ont pas respecté leur engagement de soutenir le gouvernement en votant la loi de finances 2018.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.