TUNISIE
18/12/2017 09h:19 CET

Pour le magazine britannique The Economist, l'UGTT empêche la Tunisie d'avancer

Secretary General of the Tunisian General Labour Union (UGTT) Noureddine Taboubi gives a speech during a rally to mark International Workers' Day, or Labour Day, in Tunis, Tunisia May 1, 2017. REUTERS/Zoubeir Souissi
Zoubeir Souissi / Reuters
Secretary General of the Tunisian General Labour Union (UGTT) Noureddine Taboubi gives a speech during a rally to mark International Workers' Day, or Labour Day, in Tunis, Tunisia May 1, 2017. REUTERS/Zoubeir Souissi

"L'Union Générale Tunisienne du Travail, prix Nobel de la paix, empêche la Tunisie d'avancer", tel a été le titre d'un article publié par le magazine britannique The Economist.

Dépeignant l'Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) comme un organisme jouant un rôle majeur dans la vie politique tunisienne, notamment par sa participation dans la lutte pour l'indépendance, dans la chute du régime Ben Ali, ou encore par sa médiation lors de la crise de 2013 qui lui a valu le prix Nobel de la paix, The Economist estime néanmoins que l'UGTT est également au cœur des problèmes économiques de la Tunisie.

Selon l'article, elle représenterait l'un des plus grands freins à la croissance du pays, principalement à cause de la bureaucratie qu'elle soutient. The Economist parle d'ailleurs de la vague de recrutement dans la fonction publique, survenue après la révolution, qui avait engendré une masse salariale représentant près de 14% du PIB, parmi les pourcentages les plus élevés au monde.

Toujours selon le magazine britannique, l'UGTT se serait battue contre les tentatives de réduction des dépenses du gouvernement, appelant souvent la privatisation des institutions comme "une ligne rouge" selon The Economist. Il estime également que cette politique aurait nuit au pays souvent en proie à des grèves et des protestations, dans une période où une union nationale s'impose.

Ces appels à la grève, The Economist en cite plus d'un; notamment l'appel en 2013 à des manifestations anti-gouvernementales, la fermeture en 2016 du service postal durant plusieurs jours pour protester contre la façon avec laquelle un fonctionnaire aurait été traité, ou encore les menaces en décembre dernier qui avaient forcé le gouvernement à abandonner le gel des salaires dans le secteur public en 2017.

The Economist estime que les syndicats sont particulièrement puissants dans les régions intérieures de la Tunisie. Il prend l'exemple de la région de Gafsa, centre de l'industrie du phosphate.

"La Tunisie était autrefois le cinquième plus grand exportateur de phosphate. Après la révolution, les syndicats ont appelé à la grève et exigé plus d'emplois. Ainsi, l'usine de Gafsa avait embauché 2500 nouveaux employés en l'espace de 3 ans, ce qui a fait augmenter l'effectif de 51%. Mais les grèves se sont poursuivies et la production est passée de 8 millions de tonnes en 2010 à seulement 3,3 millions en 2013. L'industrie n'a pas encore récupéré" lit-on dans l'article.

Selon The Economist, les dirigeants syndicaux soutiennent les protestations car ils estiment que sans les grèves, le gouvernement continuerait à négliger les régions intérieures, citant le secrétaire général de l'UGTT, Noureddine Tabboubi, qui aurait déclaré: "Nous sommes devenus un exportateur du terrorisme. Quelque 6000 Tunisiens ont rejoint Daesh. Beaucoup d'entre eux viennent des mêmes régions pauvres qui s'étaient sont soulevées contre la dictature de Ben Ali".

S'agissant de l'engagement du gouvernement tunisien envers les exigences du FMI par rapport à la réduction de la masse salariale dans la fonction publique, le magazine revient sur l'échec des réformes entreprises, qualifiant le taux cible qui est de 12% du PIB, de "toujours aussi élevé, et impossible à réaliser".

Mais pour le magazine britannique, l'UGTT a prouvé qu'elle peut faire preuve de pragmatisme. Selon The Economist, l'un des plus gros handicaps budgétaires de la Tunisie est le système de retraite, qui affiche un déficit de 1,1 milliard de dinars, soit 65% de plus qu'il y a deux ans. Des réformes "timides" avaient été effectuées par les différents gouvernements, notamment la proposition de faire passer l'âge de la retraite de 60 à 62 ans, chose que l'UGTT avait toujours refusé. "Mais en octobre, leur résistance à cette réforme a reculé" lit-on dans l'article du magazine, citant par l'occasion le conseiller économique du chef du gouvernement, Lotfi Ben Sassi qui aurait déclaré à propos de l'UGTT: "Quand ils ont l'occasion, ils mettent la pression au gouvernement, mais là, ils reconnaissent le problème que pose le système de retraite. La Tunisie a souvent besoin d'eux".

L'article parle aussi de la persécution régulière dont aurait été victime l'UGTT pendant les 54 ans qui avaient suivi l'indépendance, estimant que celle-ci est néanmoins restée influente dans la politique tunisienne.

Il revient également sur les événements de Tataouine (El-Kamour) et la population locale qui pense que leur ville devrait être "une ville prospère", au lieu d'une ville "poussiéreuse", qui plus est, proche des réserves de pétrole et de gaz du pays.

Le sit-in qui avait duré plusieurs mois et bloqué la production de pétrole, avait pris fin par un accord, grâce à la médiation de l'UGTT qui avait abouti par un accord signé entre le gouvernement et les manifestants.

Le rôle majeur de l'UGTT dans cet accord a beau avoir été salué, The Economist estime toutefois qu'il s'agit d'une mauvaise politique, car "la compagnie pétrolière de l’État a perdu de sa rentabilité. Au cours de la dernière décennie, sa production a chuté de 29%, même si sa main-d'œuvre a augmenté de 14%". Selon l'article, même si l'accord signé avait poussé le gouvernement à demander aux entreprises pétrolières et gazières privées d'embaucher environ 1500 personnes de la région, ces recrutements restent quand même inutiles puisque "ces compagnies n'ont pas vraiment besoin de travailleurs supplémentaires".

"Même Nawara, un projet qui devrait augmenter la production annuelle de gaz de 25% à partir de l'année prochaine, ne nécessite pas plus de 200 employés à plein temps" estime The Economist.

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