TUNISIE
18/12/2017 13h:22 CET

Dans une interview accordée au journal Le Monde, ce chercheur de l'université de Columbia parle d' "anomalie" tunisienne

Paris, January 2011.<a href="http://www.humanite.fr/monde/la-revolution-tunisienne-est-elle-en-danger-515885" rel="nofollow">www.humanite.fr/monde/la-revolution-tunisienne-est-elle-e...</a><a href="http://lepartidegauche.fr/actualites/actualite/declaration-jean-luc-melenchon-pour-la-deuxieme-fois-on-tue-un-des-notres-24310" rel="nofollow">lepartidegauche.fr/actualites/actualite/declaration-jean-...</a><a href="http://www.iremmo.org/spip/spip.php?article303" rel="nofollow">www.iremmo.org/spip/spi
Gwenaël Piaser/Flickr
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Dans un entretien accordé au journal Le Monde, le chercheur à l'université de Columbia, Safwan Masri, revient sur son livre "Tunisia, An Arab Anomaly" (littéralement, La Tunisie, une anomalie arabe), dans lequel il prend à contre pied l'idée convenue d'une Tunisie qui représente un modèle démocratique pour le monde arabe.

Masri appuie son raisonnement sur le fait que la transition démocratique tunisienne ne peut pas faire office de modèle car elle dépend tout simplement de facteurs "difficilement reproductibles". La complexité, le concours de circonstances et les particularités du pays constituent selon Masri, un déroulement de faits unique, qui ne peut pas être considéré comme un modèle, transposable à d'autres pays arabes.

Selon Masri, "la révolution tunisienne est avant tout le produit d’une histoire singulière et spécifique n’ayant pas de rapport univoque avec l’identité arabe."

Dans son explication, Masri cite l'exemple de la Turquie que l'on avait représenté comme un modèle de réussite économique pour le monde arabe, ce qui n'est, selon lui, pas le cas, car dans ce contexte, l'identité arabe entre en jeu. Selon Masri, il existe, certes, des points communs entre toutes les nations arabes, mais chacune a ses spécificités qui font son unicité. Il est donc impossible, selon Masri, de transposer un processus démocratique ou une réussite économique d'un pays à un autre, quand bien même ces pays soient tous arabes.

Les singularités de la Tunisie

Masri souligne la différence des pays de l'Afrique du Nord, des pays du golfe et du Moyen-Orient, indiquant une singularité de la Tunisie qui, dit-il, "a une identité spécifique".

Soulignant toujours la singularité de la Tunisie, Masri parle d'un "produit d’une longue histoire civilisationnelle, qui a souffert de peu d’interruptions".

Il décrit donc la Tunisie comme un produit de civilisations amalgamées, entre héritage berbère, carthaginois, et arabe, qui définissent ce pays et lui donnent sa propre identité que Masri a choisi de nommer "La Tunisianité". Une identité qui fait à la fois partie du Maghreb, de l'Afrique et de l'Orient. Il estime dans son interview que la Tunisie est plus proche de l'Europe qu'elle ne l'est des pays arabes. "C’est un mélange qui a produit quelque chose de très spécifique. C’est pour cela que j’affirme qu’il est simpliste et réducteur de présenter la transition démocratique en Tunisie comme un modèle pour le reste du monde arabe" déclare-t-il au journal Le Monde.

La Tunisie que Masri qualifie également d'"anomalie", détiendrait selon lui des facteurs environnementaux lui conférant un détachement du monde arabe, notamment grâce à sa position géographique, mais aussi à sa diplomatie.

Le fait que la Tunisie soit dépourvue de richesses naturelles importantes pour attirer les grandes puissances a, selon Masri, également joué en sa faveur.

S'ajoutent à ces atouts, une particularité que Masri juge "clé" et qui est la société civile, et le rôle majeur qu'a joué l'Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) qui a fait que les Tunisiens ont pu constituer une société civile "formée au militantisme."

Safwan Masri souligne d'autre part le rôle crucial de la femme qui a, dit-il, énormément aidé au succès et à la démocratie du pays. Selon lui, le Code du statut personnel et l'éducation bilingue, instaurés après l'indépendance, ont fait la différence par rapport au reste des pays arabes.

L'adaptation d'Ennahdha à la démocratie

Quant aux efforts d'adaptation du parti islamiste Ennahdha à la démocratie, Safwan Masri a encore une fois mis en évidence la singularité de la Tunisie sur le plan sectaire, vu que le pays est à 98% sunnites, et ne fait donc pas face aux problèmes dont souffrent l'Irak, la Syrie, et le Liban. Il estime par ailleurs que le mouvement d'Ennahdha ne peut pas être comparé aux frères musulmans et leur militantisme vieux de plusieurs décennies. De ce fait, au moment du soulèvement populaire de 2011, l'islam politique n'était pas, selon Masri, suffisamment ancré, d'autant plus qu'il a été longtemps réprimé par les gouvernements post-indépendance.

Dans son interview, Masri rapporte que le leader d'Ennahdha, Rached Ghannouchi, lui aurait confié que "la plus grande leçon qu’il ait apprise est venue d’Egypte en 2013 quand Mohamed Morsi, le chef des Frères musulmans, a été renversé", ce qui aurait poussé le parti à se redéfinir en parti démocrate musulman.

Quant à la sincérité de cette réorientation d'Ennahdha, Masri n'a pas vraiment donné un avis clair, estimant par ailleurs que cela ne peut qu'être bénéfique au pays.

"Je pense qu’il est important de relever qu’ils ont évolué et qu’ils se sont démocratisés" a-t-il déclaré.

Safwan Masri est également revenu durant cette interview accordée au journal Le Monde sur la fragilité de la transition démocratique tunisienne qui fait face à autant de dangers intérieurs qu'extérieurs mais également sur le retour au devant de la scène médiatique des figures de l'ancien régime.

Retrouvez l'intégralité de l'Interview de Safwan Masri au journal Le Monde ici.

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