TUNISIE
15/12/2017 11h:33 CET | Actualisé 08/03/2018 13h:30 CET

"La fuite" de Ghazi Zaghbani: L'incroyable mise à nu d'une prostituée et d'un extrémiste religieux dans un bordel (INTERVIEW)

Affiche

Le lieu: un bordel. L'époque: indéterminée. Les personnages: une jolie femme légèrement vêtue, et un homme barbu.

Voici l'ossature de la pièce de théâtre "La fuite" de Ghazi Zaghbani présentée à l'espace l'artisto à partir du mois de janvier.

La pièce est une adaptation du roman "La p... savante" de l'écrivain tunisien Hassen Mili. Elle met à nu deux personnages -apparemment totalement opposés- une prostituée et un extrémiste religieux. Cette rencontre, à priori improbable, se déroule dans l'intimité de la chambre de la prostituée où l'extrémiste religieux trouve refuge pour échapper aux policiers. Le troisième personnage est le client de la prostituée, joué par Mohamed Houcine Grayaa. Son rôle illustre les us et les codes, et à bien des égards, le sinistre univers de la prostitution.

Entre la fille de joie, jouée par Nadia Boussetta et l'homme de foi et des dogmes, joué par Ghazi Zaghbani, le contact est foireux.

La prostituée est subversive et vraie, ne cache rien; ni son corps, ni son être. Elle est habillée en chemisier rouge, laissant entrevoir son intimité au sens propre et figuré. Maladroite parfois dans son langage, mais pas idiote, au contraire, elle est crue et cruelle envers son visiteur, n'hésitant pas à le bousculer. Lui, tout habillé, la barbe fournie, ne porte pas de couleurs, le visage terne, et l'air effrayé. ll a fait des études en informatique, mais ignore les plaisirs de la chair et de la vie et n'a de paroles que pour prêcher l'interdit.

Une pièce portée par l'audace du jeu de Nadia Boussetta et des mots de son metteur en scène Ghazi Zaghbani, qui en parle au HuffPost Tunisie.

HuffPost Tunisie: Vous avez déjà adapté des pièces de théâtre françaises et anglaises comme "Sway", "Attention Travaux!" et tant d'autres; mais quelle est la spécificité de cette adaptation?

Ghazi Zaghbani: Pour la première fois, j'adapte un livre en français d'un auteur tunisien. "La p... savante" de l'écrivain tunisien Hassen Mili est un coup de foudre, qui a eu lieu totalement par hasard. Hassen m'a envoyé son livre pour le lire, c'est ainsi que je l'ai découvert. Le défi était de "tunisifier" un texte en français. D'ailleurs, on va republier bientôt le roman avec la version originale de Hassen Mili et la version adaptée au théâtre en dialecte tunisien.

Pourquoi avez-vous changé le titre?

Le titre "La p... savante" dévoile trop la pièce. J'ai voulu un titre plus énigmatique. "La fuite" était un titre approprié, en reflétant la fuite du personnage principal non seulement de la police mais aussi de son corps, de ses instincts...

La pièce ne détermine pas de quelle époque il s'agit, est-ce voulu?

Oui, la pièce est intemporelle et c'est un choix car ça aurait pu être la Tunisie des années 80 -comme dans "La p... savante"- ou aujourd'hui ou demain. L'extrémisme religieux marque l'histoire de la Tunisie depuis des années, ses formes diffèrent certes, mais il était et il est toujours là.

L'extrémiste dans la pièce est d'ailleurs un maîtrisard, comme beaucoup d'extrémistes aujourd'hui. Il est l'incarnation de gens qui ont du potentiel mais choisissent de le mettre au service de leurs dogmes. Ce personnage est aussi le fruit de cette société castratrice, minée par les tabous et qui enfante la frustration, l'ignorance.

On rit beaucoup dans la pièce, l'humour dans cette pièce était-il un choix ou s'est-il imposé par lui-même?

La situation est en elle-même ironique. L'humour reflète le mieux le coté tragi-comique de la pièce. Je ne voulais pas aussi trop de discours directs.

Le rôle de Nadia Boussetta exige de l'audace. Le choix de l'actrice a-t-il était facile?

Oui le rôle demande de l'aplomb et de l'aisance, ce qui n'est pas à la portée de tous. Au-delà de son rôle d'actrice, Nadia Boussetta est un quelqu'un qui sait et assume ce qu'elle fait. Elle est consciente et totalement engagée dans le message que véhicule son personnage. Je suis content qu'elle revienne au théâtre avec ce rôle.

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