TUNISIE
15/12/2017 10h:00 CET

L'économiste Hakim Ben Hammouda appelle le gouvernement à ne pas "céder à la pression du FMI pour passer à une politique monétaire plus restrictive"

Hakim Ben Hammouda /FB

La récente visite d'une délégation du FMI en Tunisie est-elle vraiment fructueuse? Que cache son dernier communiqué relatif à l'accord sur le programme économique du pays?

Ancien ministre des Finances, Hakim Ben Hammouda est revenu sur ces questions épineuses en décortiquant le communiqué et les déclarations à la presse du chef de cette mission Björn Rother.

Intervenant vendredi sur les ondes d'Express Fm, l'économiste a évoqué trois points essentiels. Il a indiqué que l'accord qui a été conclu -même s'il n'était pas acquis d'avance- est d'une importance majeure. Il a expliqué qu'au delà du volet économique qui se traduit par l'obtention du feu vert pour le déblocage de la troisième tranche du crédit, cet accord a un impact politique. En effet, il représente un signal positif exprimant l'engagement du gouvernement et des autorités tunisiennes à faire avancer le pays. "La non-conclusion de cet accord aurait transmis des signaux flous et d'instabilité" a-t-il précisé.

Deuxièmement, la non fixation d'une date précise pour la prochaine réunion ainsi que l'émission de nouvelles recommandations indiquent que le travail du gouvernement tunisien n’est pas fini et doit poursuivre les réformes pour compléter les conditions formulées par le FMI afin d'obtenir l’accord du conseil.

De plus, Ben Hammouda a estimé que le FMI est en train de pousser le pays à adopter une politique monétaire restrictive, et ce en relevant le taux d’intérêt et en continuant la politique de libéralisation du dinar. Selon lui, cette démarche s'explique principalement par l'intention du fonds de réguler l'inflation qui a dépassé les 6%. "C'est une démarche classique de faire augmenter les taux d'intérêts et de libérer le dinar afin de maitriser l'inflation et booster les exportation" a-t-il précisé en ajoutant qu'il ne partage pas cette vision.

Pour l'économiste, il est plus judicieux de mener une étude qui dévoile les raisons derrière cette inflation. La question de la politique monétaire et de la libéralisation du dinar doit être étudiée attentivement, avant de céder à la pression du FMI pour passer à une politique monétaire plus restrictive et austère, a-t-il signalé. En effet, l'augmentation du taux d'intérêt aura certainement des répercussions négatives sur l'investissement et touchera, par conséquence, la classe moyenne. Tandis que le glissement du dinar aura un impact néfaste sur les importations et le coût de la production ainsi qu'au niveau de la compétitivité des sociétés tunisiennes.

Ben Hammouda a évoqué, d'autre part, la question de la loi de Finances 2018. Ce dernier a estimé que malgré certaines lacunes, l'adoption de ce projet de loi est un pas important qui favorise, notamment, la stabilité politique. Il a, d'autre part, émis certaines réserves relatives à la fragilité des équilibres financiers et l'irréalité des hypothèses selon lesquelles s'est basée la loi.

Concernant la désignation de la Tunisie dans la liste noire des paradis fiscaux, l'économiste a qualifié cette situation de grave en soulignant la nécessité de tout mettre en oeuvre pour en sortir. "La diplomatie tunisienne est en train de jouer un rôle très important" a-t-il ajouté en notant que même un classement dans la liste dite "grise" n’est pas réconfortant et comporte des risques à ne pas négliger.

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